L’eau, la ressource la plus vitale qui soit, reste hors de portée pour des milliards de personnes. Cette année, la Journée mondiale de l’eau (22 mars) est placée sous le signe : « Là où l’eau coule, l’égalité grandit ».
Un message fort, qui dit tout : la crise mondiale de l’eau n’est pas seulement une urgence environnementale, c’est une crise profondément humaine, qui creuse les inégalités.
La Presse — Selon les indicateurs des Nations unies, 2,2 milliards de personnes vivent encore sans accès à une eau potable gérée en toute sécurité. Parmi elles, des millions d’enfants, des millions de femmes et des communautés entières laissées pour compte.
C’est pourquoi la communauté internationale s’est engagée, à travers l’Objectif de développement durable, à garantir un accès universel à l’eau et à l’assainissement d’ici 2030. Mais les progrès restent insuffisants.
Partout sur la planète, la crise climatique perturbe les cycles hydrologiques et intensifie les événements météorologiques extrêmes. Les experts parlent désormais d’un « paradoxe hydrique » : un territoire peut recevoir davantage de pluie sur une courte période, tout en souffrant d’une insécurité hydrique chronique.
Des saisons de pluies plus courtes mais plus violentes provoquent des inondations au lieu de recharger les nappes souterraines. Des périodes de sécheresse plus longues épuisent les réserves.
La pénurie d’eau dans le monde n’est plus une menace lointaine. Elle est déjà là, et elle s’aggrave.
Des défis de taille
En Tunisie, les conditions climatiques en 2024 étaient très défavorables aux ressources hydriques. C’était l’année la plus chaude depuis 1950 avec une croissance notoire de la demande en eau.
Pour la plupart des régions, les précipitations sont inférieures à la moyenne annuelle avec un déficit variant de 7 à 45 %. Les apports aux barrages sont de l’ordre de 36 % de la moyenne.
En 2025, la situation s’est améliorée, enregistrant un taux de remplissage global des barrages de l’ordre de 38,7 %, selon les statistiques de l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri).
Les réserves en eau ont progressé de 13,5 % par rapport à l’année précédente, mais la situation est restée très inégale selon les régions.
Les ressources en eau souterraines en Tunisie jouent un rôle crucial dans le paysage hydrique du pays. Cependant, face au manque de ressources de surface, les eaux souterraines subissent des pressions considérables principalement pour l’irrigation.
La surexploitation des aquifères dans certaines zones ne fait que croître ces dernières années.
Cette surexploitation est à l’origine de la dégradation progressive de la qualité des eaux et de risques sanitaires pour les communautés, de risque d’intrusion marine au niveau des aquifères côtiers.
L’eau verte, qui représente 64 % des eaux de pluie, est le maillon clé du nexus eau-sol-agriculture, 92 % de l’agriculture en dépend. Cette ressource devrait être bien plus valorisée.
Le potentiel des eaux usées traitées, évalué à environ 300 Mm3, est appelé à croître pour atteindre 500 millions en 2050. Quant aux eaux saumâtres et à l’eau de mer dessalée, le potentiel est passé de 160.000 m3/j en 2023 à 310.000 m3/j en 2024.
Il est à rappeler, par ailleurs, que le recours aux eaux non conventionnelles constitue un choix stratégique de la Tunisie pour la sécurité hydrique à l’horizon de 2050. En effet, elles constituent des ressources sûres et pérennes, encore peu exploitées.
La Tunisie fait face à des défis importants. Au niveau de la production comme au niveau des différents usages, des plans d’action pour faire face à cette situation sont mis en place. Le transfert massif des eaux disponibles aux barrages de l’extrême nord est parmi les mesures prises, malgré le coût énergétique engendré.
D’autre part, la réalisation de nouveaux forages permet de mobiliser des ressources supplémentaires pour contribuer à réduire le déficit hydrique dans les régions concernées.
En plus, des efforts sont déployés pour améliorer l’efficacité des infrastructures de distribution d’eau, en réduisant les fuites et en modernisant les réseaux existants.
Pour le moyen terme, d’autres grands projets structurels sont menés dans le cadre des stratégies et plans d’action pour la sécurisation des ressources hydriques à des horizons allant jusqu’à 2050.
Accès à l’eau : une question d’égalité
L’eau est indispensable à la production alimentaire, à la santé, aux moyens de subsistance et aux écosystèmes. Pourtant, l’accès à l’eau et les droits en matière de gestion de l’eau sont caractérisés par des inégalités : les femmes, en particulier dans les zones rurales, se heurtent à de plus grands obstacles qui limitent leur capacité d’accéder aux ressources en eau, de les contrôler et d’en tirer des bénéfices.
Selon l’AFO, « il est impératif de corriger ces inégalités si l’on veut atteindre la sécurité hydrique et alimentaire et concrétiser le développement durable ».
Les femmes et les filles jouent un rôle clé dans la production agricole et la gestion de l’eau, notamment de l’eau pour l’irrigation, l’élevage, l’aquaculture et les usages domestiques. Cependant, elles exercent souvent moins de contrôle sur l’eau et la terre et sont exclues des processus de gouvernance et de prise de décision relatifs à l’eau, comme les associations d’usagers de l’eau ou les comités locaux, car elles ne possèdent pas officiellement de terres ou ne sont pas reconnues comme des chefs de famille.
Ces inégalités ont des conséquences sociales et économiques manifestes. En 2023, les femmes gagnaient en moyenne 18,4 % de moins que les hommes dans les emplois agricoles salariés, ce qui traduit des écarts persistants dans l’accès aux ressources, aux services et aux débouchés. Le changement climatique aggrave encore ces disparités.
« Les femmes doivent influer sur l’avenir de l’eau. Défendre l’égalité femmes-hommes dans la gestion de l’eau agricole n’est pas seulement une question de droits.
C’est aussi un moyen de développement à grande échelle permettant de garantir la sécurité hydrique et alimentaire de toutes et tous », précise l’AFO.
Garantir aux femmes un accès sûr à l’eau et aux terres et veiller à ce qu’elles participent véritablement à la gouvernance de l’eau, c’est augmenter la résilience des ménages et des populations au niveau local.
De même, améliorer l’accès à l’irrigation, aux financements, aux services et aux connaissances permet aux agricultrices d’augmenter leur productivité, de renforcer les moyens de subsistance et de contribuer à la sécurité alimentaire.
Une gouvernance inclusive des ressources en eau conduit également à des résultats plus équitables et durables en matière de gestion de l’eau.
Ces messages méritent particulièrement d’être connus en 2026, qui a été déclarée année internationale des agricultrices, en reconnaissance au rôle vital joué par les femmes dans les systèmes agroalimentaires du monde entier.



