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Vers une « Nouvelle Philosophie des Lumières » : Le plaidoyer de Saïed pour un monde plus humain

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  • 22 mars 17:30
  • 7 min de lecture
Vers une « Nouvelle Philosophie des Lumières » : Le plaidoyer de Saïed pour un monde plus humain

Rééquilibrage du partenariat UE‑Tunisie, restitution des fonds spoliés, migration irrégulière et réforme de la légitimité internationale étaient les principaux sujets abordés lors de l’appel téléphonique que Kaïs Saïed a reçu, le 20 mars, de son homologue français Emmanuel Macron à l’occasion du 70e anniversaire de l’indépendance de la Tunisie.

Au-delà des félicitations protocolaires, l’échange a permis notamment de discuter des dossiers majeurs structurant les relations entre Tunis, Paris et l’Union européenne.

La Presse — Au cœur de la discussion, la relation avec l’Union européenne, principal partenaire économique de la Tunisie. Le Chef de l’État a souligné à cet effet la nécessité de réviser l’accord de partenariat en vigueur depuis 1995, jugé déséquilibré par Tunis, notamment en termes d’accès aux marchés et de souveraineté économique afin qu’il soit «plus équilibré, plus juste et plus équitable», selon un communiqué de la présidence de la République.

Soulignons que la France demeure le principal partenaire économique de la Tunisie, avec des échanges de biens atteignant 8,5 milliards d’euros en 2024-2025. Premier client du pays, elle absorbe près d’un quart des exportations tunisiennes, dans le cadre d’une forte intégration industrielle entre les deux économies. Cette position s’inscrit toutefois dans un contexte où les négociations autour de l’Aleca (Accord de libre-échange complet et approfondi) restent gelées depuis plusieurs années.

On rappelle à ce titre qu’en novembre 2025, Kaïs Saïed avait reçu, au palais de Carthage, le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, pour un entretien axé sur la situation des Tunisiens à l’étranger et les orientations de la diplomatie nationale. Le Chef de l’État a mis en avant l’impératif de diversifier les partenariats stratégiques et de réviser certains accords internationaux jugés déséquilibrés et peu bénéfiques pour l’économie nationale.

Fonds spoliés : un dossier toujours en suspens

Lors de cet échange, le Président de la République a de nouveau soulevé la question des avoirs tunisiens détournés à l’étranger après 2011, un dossier qui provoque depuis plus d’une décennie frustrations et incompréhensions du côté tunisien. Cerise sur le gâteau le Journal officiel de l’Union européenne (UE) en date du 28 octobre 2022 avait annoncé que le gel des avoirs de personnalités appartenant au clan Ben Ali a été levé.

De son côté, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a rejeté en novembre 2025 la demande d’extradition de Belhassen Trabelsi, beau-frère de l’ancien président Ben Ali, formulée par la Tunisie. Réfugié en France depuis 2016, l’homme d’affaires et chef du clan Trabelsi est poursuivi par la justice tunisienne pour corruption, blanchiment d’argent et détournement de fonds publics.

Le cas de Belhassen Trabelsi, beau-frère de l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali, est l’illustration la plus marquante des entraves rencontrées quand il s’agit de récupérer les biens mal acquis par la famille Trabelsi. Arrêté au Canada après avoir transité par la France, il a fait l’objet de demandes d’extradition de la part de Tunis qui n’ont jamais abouti, les juridictions étrangères invoquant bizarrement «des garanties insuffisantes quant aux conditions d’un procès équitable», et ce, au moment même où l’Union européenne a officiellement inscrit la Tunisie sur sa première «liste commune des pays d’origine sûrs», adoptée le 8 décembre 2025 !

Selon l’Union européenne, un pays d’origine peut être considéré comme «sûr» lorsqu’il garantit à ses habitants un niveau adéquat de protection des droits fondamentaux, de respect de l’État de droit et d’égalité devant la loi. D’après l’analyse des institutions européennes, ces critères semblent remplis en Tunisie, en l’absence de conflit armé ou de persécutions généralisées. Et pourtant, Belhassen Trabelsi et bien d’autres semblent échapper à cette norme.

Ce type de décisions a contribué à gripper l’ensemble du processus de restitution. En parallèle, plusieurs pays européens, dont la Suisse et l’Union européenne, ont progressivement levé les gels d’avoirs, vidant de leur substance les espoirs de récupération rapide.

Mais au-delà des procédures, il s’agit pour notre pays de rappeler la responsabilité des partenaires occidentaux dans l’aboutissement de ces affaires, et de dénoncer ce qui est perçu comme un double standard dans la lutte contre la corruption internationale.

A ce propos, le Chef de l’Etat a toujours réaffirmé l’attachement de la Tunisie à la récupération des fonds qui lui ont été spoliés, soulignant qu’il s’agit d’un droit légitime du peuple tunisien, qui ne saurait être prescrit ni se perdre dans les méandres de procédures judiciaires qui, à ce jour, n’ont abouti à aucun résultat.

Migration irrégulière : la Tunisie refuse d’être un pays de transit ou d’installation

Sur le dossier migratoire, le Président de la République a appelé à «intensifier les efforts pour favoriser le retour volontaire des migrants en situation irrégulière».

Insistant sur l’importance de redoubler d’efforts pour assurer le retour volontaire des migrants en situation irrégulière, Kaïs Saïed a précisé, dans ce cadre, que «la Tunisie est à la fois victime d’un système économique mondial injuste et de réseaux criminels opérant en Afrique subsaharienne et au nord de la Méditerranée, lesquels exploitent ces migrants».  Il a appelé les organisations internationales concernées ainsi que les pays du Nord à assumer pleinement leurs responsabilités, rappelant que la Tunisie a, dès le départ, refusé d’être un pays de transit ou d’installation.

Dans ce contexte, notre pays rappelle régulièrement son refus d’être un «pays de rétention», tout en soulignant que les accords conclus avec l’Union européenne, notamment le mémorandum d’entente sur un partenariat stratégique, doivent inéluctablement s’accompagner de moyens concrets et d’un partage effectif des responsabilités.

Vers une recomposition de l’ordre international

Dans un autre registre, les deux présidents ont insisté sur l’importance de travailler de concert pour construire une légitimité internationale renouvelée, fondée sur le droit et la justice. Le constat partagé est que l’ordre établi après la Seconde Guerre mondiale semble aujourd’hui caduc, face à une recomposition géopolitique où émergent de nouvelles puissances et où les tensions entre blocs se font plus vives.

Le Président de la République a partagé avec le Président français une série de réflexions, notamment sur la phase de transformation que traverse l’humanité. Il a souligné que celle-ci aspire aujourd’hui non pas à un simple nouvel ordre international, mais à un système véritablement centré sur l’humain, fondé sur la justice et la liberté. «Là où le droit fait défaut, l’injustice et l’agression prospèrent, et lorsque les libertés, qu’elles soient individuelles ou collectives, sont restreintes, l’autoritarisme et l’obscurité prennent le dessus».

Il a exprimé à la fin l’espoir d’une nouvelle philosophie des Lumières à même d’éclairer le monde entier et de faire disparaître toutes les injustices. «L’humanité a beaucoup souffert sous l’érosion de la légitimité internationale, le peuple palestinien en étant l’exemple le plus marquant, et il est désormais temps de mettre fin à ces souffrances et tragédies», a-t-il souligné.

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Auteur

Samir DRIDI

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