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Economie

Tribune – Un nouveau choc pétrolier mondial en perspective : Quel impact sur la Tunisie ?

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  • 23 mars 17:45
  • 7 min de lecture
Tribune – Un nouveau choc pétrolier mondial en perspective : Quel impact sur la Tunisie ?

Par Ali Gaaya, consultant en géosciences de l’E&P pétrolières

Le 28 février 2026, une guerre surprise a été déclenchée contre l’Iran. L’iran, de son côté, riposte  et bloque le détroit d’Ormuz par où transitent environ 20% du pétrole mondial. Les prix du pétrole (et du GNL)ont flambé passant d’environ 70 dollars/b avant cette guerre à 92 dollars/b en une semaine et à 102 dollars/b en 10 jours ! Certains analystes pensent que le prix du baril du Brent pourrait atteindre les 200 dollars si le conflit se prolongeait et que le détroit d’Ormuz reste longtemps  interdit au passage des pétroliers et autres navires marchands.

Comparaison avec les précédents « chocs pétroliers »

En quoi cette crise de l’énergie est-elle différente des précédents chocs pétroliers de 1973. 1979-1981 ou même ceux de de 2008, 2014 ou 2020 (Fig.1)

* Le premier choc pétrolier fait suite à la guerre en 1973, qui avait opposé l’Egypte et la Syrie à l’occupant sioniste. Les pays arabes, membres de l’Opep, avaient alors décrété un embargo sur l’exportation du pétrole aux USA et certains pays européens, solidaires inconditionnels de l’occupant sioniste durant cette guerre. Les prix du baril avaient flambé, passant d’environ  3/b à 11.5/b (environ de 12 à 48 dollars/b en dollars constants en 2010, Fig.1) soit un bond d’environ 400% en quelques mois ! Ceci a généré une crise économique mondiale et une inflation galopante!

* Le 2e choc pétrolier se situe en 1979 à la révolution en Iran, et l’instauration d’une république islamique, suivi en 1981 par la guerre entre l’Irak et l’Iran, 2 grands pays pétroliers, ce qui a entraîné une diminution  notable de l’approvisionnement des marchés pétroliers, et une pénurie de l’offre. Le prix du baril de pétrole  (type Brent) est passé d’environ 40 dollars à 80 dollars, soit une augmentation de 100% !

Fig.1 : Évolution du prix du baril (Brent, 1970-2025)

* D’autres crises pétrolières ont marqué l’histoire énergétique du monde, elles sont essentiellement liées, soit à la politique énergétique de l’Opep en diminuant ou en augmentant leur production (ex : 2009 et 2014), soit à une crise sanitaire mondiale (2020-Covid 19).

* La crise pétrolière en cours est certes impressionnante par son évolution, (+50% en deux jours), dépassant les 100 dollars b au bout de 10 jours seulement, mais la flambée des prix est provoquée largement par la spéculation, alimentée par la « peur » justifiée que la guerre se prolonge et affecte sérieusement la production du pétrole et du gaz, surtout que quelques champs pétroliers ou gaziers ont été fermés et certains stocks ont été bombardés.

Fig.2 Evolution du prix du baril  de pétrole Brent en 2026

* En fait tout laisse à penser que cette crise ne se transformera pas en un véritable choc pétrolier majeur :

– La plupart des pays producteurs de pétrole ou de gaz du MO ne sont pas impliqués directement dans la guerre. Ce sont essentiellement les bases militaires américaines ou leurs intérêts dans ces pays qui font l’objet d’attaques par l’Iran.

– Pratiquement tous les pays du MO sont des « amis » des USA, et certains ont, soit signé un accord de paix, soit « normalisé » leurs relations diplomatiques et commerciales avec l’occupant.

– Les Etats-Unis possèdent les « réserves stratégiques » de pétrole les plus élevées au monde, soit environ 416 millions de barils (Mb) pour une capacité de 714 Mb. Quant à l’Europe, les 27 pays sont tenus de constituer au moins 90 jours de leurs besoins comme « réserves stratégiques ». Ce stockage géologique profond permet donc à ces pays d’être à l’abri des fluctuations du prix du pétrole ou du gaz, en cas de crise ! Ce sont donc surtout les pays qui ne disposent pas de « réserves stratégiques », qui seront affectés par les augmentations du prix du pétrole ou du gaz.

Quel est l’impact de cette crise énergétique sur la Tunisie ?  

Répondre à cette question importante, et proposer des solutions pour minimiser l’impact de telles crises sur notre économie et le pouvoir d’achat de nos concitoyens nécessitent tout un article, qui sera publié sous peu. On peut néanmoins en évoquer quelques éléments -clés.

* La publication de l’Observatoire national de l’énergie et des mines (ONEM) sur la  situation énergétique du pays à la fin 2025 montre que tous les paramètres sont « au rouge »

– Le déficit en énergie primaire de la Tunisie est de 6.3 millions de tonnes (Mt), soit environ 40 Mb

– Notre indépendance énergétique (rapport de la production sur la consommation) n’est que de 35% et se dégrade chaque année

– La loi des finances pour 2026, est basée sur un prix du baril de 70 dollars/b, ce qui est bien loin  des prix actuels, sachant qu’une augmentation de 10 dollars/b entraînerait un déficit  supplémentaire d’environ 400 M dollars. Il est facile d’imaginer l’énorme déficit et son  impact sur le budget de l’Etat, l’inflation, et notre pouvoir d’achat, si la flambée du prix du baril  dépasse largement les 70 dollars/b !

*Les solutions existent et certaines ont été publiées à maintes reprises par divers experts dont l’auteur (voir références):

– Développer le stockage géologique profond pour le pétrole, le gaz, les produits pétroliers, y compris d’autres produits chimiques (H2,  CO2, etc.).

– Accélérer le développement des énergies renouvelables, qui sont actuellement bien loin des objectifs fixés

– Initier et développer rapidement le pétrole et le gaz de « roches-mères » (populairement « Gaz de Schiste »).

Conclusions    

La guerre que subit l’Iran, sans la légitimité de l’ONU, risque d’avoir un impact négatif sur le monde entier, en particulier sur le plan économique et social, dont le facteur prix du pétrole et du gaz va jouer un rôle majeur, surtout si cette guerre se prolonge, comme semble être l’intention stratégique de l’Iran.

Certains pays qui se sont préparés à ce genre de crises, en développant massivement les énergies renouvelables, leurs ressources pétrolières et gazières, ainsi que le stockage d’importantes quantités de ces produits, seront moins impactés que ceux qui « vivent « au jour-le-jour » en matière de politique énergétique. D’ailleurs, les USA, certains pays européens, ainsi que le Japon ont décidé de débloquer plusieurs millions de barils, l’annonce a permis d’atténuer légèrement le prix du pétrole.

La Tunisie, encore peu préparée à faire face à de telles crises, reste vulnérable sur le plan énergétique et économique. Les solutions existent depuis longtemps, et ne demandent qu’à être appliquées, en faisant confiance à nos experts et hauts cadres.

A.G.

Références : https://www.leaders.com.tn/article/29789-le-stockage-souterrain-des-hydrocarbures-situation-dans-le-monde-opportunites-pour-la-tunisie

 https://www.leconomistemaghrebin.com/2020/05/20/gaz-de-schiste-et-hydrocarbures-non-conventionnels-y-aller-ou-ne-pas-y-aller/

 https://www.leaders.com.tn/article/36468-petrole-et-gaz-comment-eviter-un-deficit-energetique-inquietant

N.B. : L’opinion émise dans cette tribune n’engage que son auteur. Elle est l’expression d’un point de vue personnel.

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Auteur

La Presse

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