Asphyxié par les retards de paiement, freiné par un accès difficile au financement et entravé par des lourdeurs administratives, le secteur du BTP en Tunisie s’enfonce dans une crise durable.
Pilier historique de l’économie, il peine aujourd’hui à maintenir son activité, au risque de fragiliser davantage l’investissement et l’emploi.
La Presse — Le secteur du Bâtiment et des Travaux publics (BTP) en Tunisie traverse une crise profonde et durable, marquée par une accumulation de difficultés structurelles qui fragilisent l’ensemble de la filière.
Depuis la révolution, les entreprises du secteur peinent, en effet, à se relever, confrontées à un environnement économique et administratif de plus en plus contraignant.
Des blocages financiers qui paralysent l’activité
Selon Abdelfatteh Brahem, membre du bureau exécutif de la Fédération nationale des entrepreneurs de bâtiment et de travaux publics (Fnebtp), ces dernières années ont été particulièrement éprouvantes.
Parmi les principaux obstacles figure le retard chronique des paiements de la part de l’Etat. Ces retards, accumulés notamment depuis 2016 et aggravés durant la période du Covid-19, ont entraîné la faillite de nombreuses entreprises et plongé d’autres dans de graves difficultés financières.
A cela s’ajoute un accès de plus en plus restreint au financement. Les entrepreneurs se heurtent à des conditions bancaires strictes, notamment en matière de garanties, ce qui limite leur capacité à lancer de nouveaux projets ou même à poursuivre ceux en cours.
Ce blocage financier constitue aujourd’hui un frein majeur à l’activité du secteur. Le manque de matières premières représente un autre défi de taille.
Loin d’être uniquement lié à une pénurie, ce problème découle en grande partie de lourdeurs administratives et de procédures complexes qui ralentissent l’exploitation et l’approvisionnement.
Résultat : de nombreux chantiers, en particulier dans les zones éloignées des carrières, subissent des retards importants, perturbant la planification des travaux et allongeant les délais de réalisation.
Un impact économique et social alarmant
Ces difficultés multiples ont eu des répercussions directes sur l’emploi. Autrefois pilier de l’économie nationale, le secteur du BTP a vu son effectif chuter drastiquement, passant d’environ 150.000 emplois avant la révolution à seulement 70.000 aujourd’hui.
Cette baisse significative reflète l’ampleur de la crise et son impact social.
Le recul du secteur se manifeste également dans sa contribution à l’économie. Alors qu’il représentait entre 20 et 25 % du PIB avant la révolution, le BTP ne pèse aujourd’hui plus que 4,5 à 6 %. Parallèlement, le nombre d’entreprises a diminué, passant d’environ 4.500 à près de 3.000, toutes spécialités confondues.
Par ailleurs, le cadre réglementaire, notamment la loi des marchés publics, est perçu comme un facteur supplémentaire de blocage.
Les procédures longues et complexes compliquent l’accès aux marchés et ralentissent l’exécution des projets, accentuant les difficultés déjà existantes.
Dans ce sens, Abdelfatteh Brahem a également insisté sur la nécessité urgente de réviser le code des marchés publics afin de le rendre plus flexible et adapté aux réalités du terrain.
Des réformes encore insuffisantes face à l’urgence
Il a, en outre, souligné l’importance de mettre à jour les plans d’aménagement, souvent obsolètes, afin d’éviter les retards et les difficultés rencontrées lors de l’exécution des projets.
Selon lui, une meilleure anticipation et une planification plus réaliste permettraient de limiter les blocages techniques et administratifs qui entravent aujourd’hui l’avancement des chantiers.
Malgré quelques signes d’amélioration récents, notamment grâce aux mesures d’allègement et aux ajustements introduits par la loi de finances 2025, la situation reste fragile. Si ces dispositions apportent un certain répit, elles demeurent insuffisantes face à l’ampleur des défis.
Dans ce contexte, les professionnels du secteur appellent à une réforme en profondeur et à la mise en place de mesures complémentaires.
L’enjeu est de taille : préserver un tissu économique essentiel, relancer l’investissement et soutenir un secteur stratégique pour le développement des infrastructures et la croissance en Tunisie.



