Cisjordanie : l’ombre grandissante des colonies
Pendant que le flux d’informations sur l’Iran et le Liban inonde les médias et capte l’attention de l’opinion internationale, d’autres réalités, plus sourdes et insidieuses, échappent aux radars de l’actualité : l’accélération de l’expansion des colonies en Cisjordanie. Ce qui s’y joue aujourd’hui dépasse la seule question territoriale. Il s’agit d’un contrôle diffus, quotidien, qui infiltre chaque aspect de la vie palestinienne : accéder à l’eau, se rendre à l’école, recevoir des soins, visiter des proches ou simplement cultiver ses terres.
Rien n’échappe à un maillage de lois, de politiques et de pratiques qui, de fait, instaurent une inégalité structurelle. Deux populations coexistent sous deux régimes distincts, soumis à des droits et à des protections radicalement différentes. Cette dualité n’est pas un accident : elle est devenue un système.
L’engrenage est désormais trop visible pour être nié. En Cisjordanie, la mécanique de dépossession avance avec une régularité implacable, tandis que les efforts internationaux, pourtant réitérés, échouent à en briser le rythme. À mesure que les rapports s’accumulent et que les condamnations se succèdent, une réalité s’impose : la gestion de la colonisation a cédé la place à une forme de normalisation de l’inacceptable.
Depuis 1967, l’occupation de la Cisjordanie s’est accompagnée d’une expansion continue des colonies sionistes, pourtant jugées illégales par le droit international. Plus de 500.000 colons vivent aujourd’hui au cœur d’un territoire où près de trois millions de Palestiniens voient, année après année, leur espace se fragmenter.
La récente création de nouvelles colonies (accentuées depuis octobre 2023) ne fait que confirmer une dynamique déjà bien ancrée : celle d’un fait accompli territorial, construit au mépris des résolutions internationales ; mais qui se soucie aujourd’hui du droit et des résolutions ?
À cette expansion s’ajoute une violence floue et imprécise. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’écrasante majorité des affaires impliquant des violences de colons contre des Palestiniens est classée sans suite. Cette absence de reddition des comptes nourrit un climat où l’impunité devient la règle. Derrière chaque attaque, il y a moins un dérapage qu’un signal : celui d’un territoire où la loi ne protège pas les citoyens de la même manière.
La communauté internationale, quant à elle, semble enfermée dans une rhétorique sans prise réelle sur la situation. Condamner ne suffit plus lorsque, sur le terrain, les faits s’accumulent et redessinent durablement la géographie et les vies. L’absence de mesures contraignantes renforce l’idée que le droit international peut être invoqué sans être appliqué.
Ce qui est en jeu, au fond, dépasse le seul conflit entre colons et Palestiniens. C’est la crédibilité même d’un ordre international fondé sur le droit qui vacille. À force de tolérer l’intolérable, le monde ne se contente pas d’observer une injustice : il en devient le témoin passif, sinon le complice silencieux.



