Les tensions sécuritaires croissantes au Moyen-Orient pourraient paradoxalement renforcer l’attractivité de la Tunisie en tant que destination d’investissement. Le pays pourrait même s’imposer comme un “refuge stratégique” pour les investisseurs étrangers en quête de stabilité et d’un accès rapide aux marchés européens.
C’est ce qu’a affirmé Jalel Tebib, directeur général de l’Agence de promotion des investissements extérieurs (Fipa), soulignant que les mutations géopolitiques en cours redessinent progressivement la carte des flux d’investissements internationaux, notamment au profit de certaines économies d’Afrique du Nord.
Selon lui, la proximité géographique de la Tunisie avec l’Europe constitue un atout déterminant. Cette position stratégique attire un nombre croissant d’investisseurs internationaux, en particulier en provenance d’Asie du Sud-Est et d’Europe de l’Est, qui multiplient les visites exploratoires. Plusieurs d’entre eux envisagent désormais de relocaliser leurs activités afin de rapprocher leurs chaînes d’approvisionnement des marchés européens.
Ces dynamiques interviennent dans un contexte régional marqué par une montée des tensions, notamment entre l’Iran et les États-Unis, avec des répercussions économiques potentielles à l’échelle mondiale, selon des analyses concordantes d’experts.
Sur le plan énergétique, les autorités tunisiennes anticipent les effets d’une éventuelle hausse des prix du pétrole. Le secrétaire d’État chargé de la transition énergétique, Wael Chouchane, a indiqué que les pouvoirs publics, en coordination avec le ministère des Finances, se tiennent prêts à mobiliser les moyens financiers et logistiques nécessaires pour atténuer l’impact de ces fluctuations sur l’économie nationale.
Malgré ce contexte incertain, la Tunisie affiche des performances solides en matière d’investissements. Les flux d’investissements étrangers ont dépassé 3,5 milliards de dinars à la fin de l’année écoulée, avec un objectif de 4 milliards de dinars pour l’année en cours. Le secteur industriel demeure le principal moteur de cette dynamique, soutenu également par l’essor des projets dans les énergies renouvelables.
Les partenaires traditionnels (France, Allemagne et Italie ) conservent une place prépondérante, tandis que de nouveaux acteurs s’intéressent au marché tunisien, attirés par un environnement offrant efficacité logistique et accès rapide aux marchés internationaux. L’investissement étranger contribue désormais entre 3 et 4 % du PIB, consolidant son rôle dans la croissance économique.
Dans ce cadre, les autorités tunisiennes misent sur un arsenal législatif incitatif pour rassurer les investisseurs. Des garanties juridiques, des incitations fiscales et financières ainsi que la digitalisation des procédures administratives visent à améliorer la compétitivité du climat des affaires et à réduire les délais d’implantation.
Parallèlement, une nouvelle stratégie nationale de promotion des investissements est en cours de déploiement. Elle ambitionne de porter les flux d’investissements à 4 milliards de dinars d’ici 2026, en ciblant des secteurs à forte valeur ajoutée tels que l’industrie automobile, l’aéronautique, le pharmaceutique, le numérique, l’agroalimentaire et les textiles techniques.
Cette stratégie prévoit également d’augmenter le taux d’intégration industrielle, notamment dans l’automobile, de 40 % à 55 % à l’horizon 2026, tout en adoptant une approche ciblée basée sur une matrice “pays/secteur”.
En outre, les autorités entendent améliorer l’expérience des investisseurs à travers le renforcement des services d’accompagnement, la simplification des démarches administratives et un meilleur accès au financement, au foncier industriel et aux partenaires locaux.
Finalement et non moins important, la Tunisie travaille à la mise en place d’une marque économique nationale et au lancement d’une carte d’investissement visant à valoriser les atouts spécifiques de chaque région. L’objectif est de promouvoir un développement équilibré et d’orienter les investissements vers les secteurs porteurs tels que l’agriculture, le tourisme, l’industrie et les services.



