Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, Raoua Tlili, athlète handisport spécialisée dans le lancer du poids et du disque et membre de la sélection nationale tunisienne, a pris la parole pour dénoncer publiquement l’absence de soutien financier, les contrats non honorés et les obstacles administratifs qui paralysent les sportifs de haut niveau dans les disciplines individuelles. Un témoignage accablant qui intervient alors que la championne se prépare pour les Jeux méditerranéens de 2026.
Treize mois sans percevoir le moindre salaire ni bénéficier d’un contrat en bonne et due forme : c’est la situation que décrit Raoua Tlili. L’athlète affirme avoir travaillé tout au long de l’année 2025 sans rémunération, et que l’année 2026 se déroule dans les mêmes conditions.
Cette situation survient pourtant alors qu’elle venait de décrocher une médaille de bronze lors des Championnats du monde de para-athlétisme en Inde, une compétition dont elle dit avoir elle-même assumé les frais d’inscription.
La sportive s’est dite épuisée psychologiquement au point d’avoir envisagé de renoncer aux Championnats du monde, avant de se raviser. Elle confie avoir disputé la compétition dans un état de santé dégradé, sans que les responsables ne s’en préoccupent.
À son retour en Tunisie, face à ses interlocuteurs institutionnels, elle dit n’avoir obtenu aucune réponse sur le traitement de son contrat ni sur le versement de ses indemnités.
« J’ai demandé au ministre ce qui avait été fait concernant mon contrat et mes indemnités. On m’a répondu que le dossier était en cours de révision. Je suis engagée depuis 2025 et je n’ai toujours pas été payée, alors que j’ai des obligations familiales et sportives. », lance-t-elle.
Un programme amputé, un entraîneur sans financement
Tlili indique avoir soumis aux autorités un programme d’entraînement raisonnable, conçu en tenant compte des contraintes budgétaires de l’État, et que ce programme lui a néanmoins été réduit unilatéralement.
Actuellement basée à Londres pour s’entraîner avec un nouvel entraîneur dont elle avait obtenu la validation du ministère, elle signale que cet entraîneur travaille depuis plus de trois semaines sans être rémunéré, faute de versements de la part des autorités tunisiennes.
Elle précise avoir elle-même rencontré le ministre de la Jeunesse et des Sports, qui lui aurait donné son accord pour ce dispositif d’encadrement. L’exécution administrative n’aurait toutefois pas suivi, laissant l’entraîneur dans l’incapacité de planifier son propre programme de travail.
Raoua Tlili élargit son propos à l’ensemble du sport individuel tunisien. Elle évoque les cas de plusieurs athlètes : certains contraints à l’abandon, d’autres incapables de s’exprimer sans éclater en larmes, d’autres encore dont l’état psychologique s’est sévèrement dégradé.
Elle mentionne notamment le cas médiatisé du taekwondoïste Khalil Jendoubi qui avait pris la parole publiquement pour alerter sur leurs situations respectives, sans qu’aucun changement concret n’ait suivi.
Elle dénonce également ce qu’elle perçoit comme une tentative de pression visant à la pousser à représenter un autre pays, suggestion qu’elle dit avoir catégoriquement refusée, réaffirmant son attachement à la Tunisie.
Un appel direct au président de la République
L’athlète s’adresse directement au président Kaïs Saïed, lui rappelant qu’il avait lui-même érigé le sport en priorité nationale. Elle déclare avoir rencontré un conseiller présidentiel à qui elle aurait confié que sa passion sportive s’éteignait progressivement sous le poids des obstacles institutionnels.
Elle précise que ses griefs ne portent pas sur le montant de la prime de médaille, qu’elle dit ne pas avoir touchée après le Championnat du monde, ni sur une quelconque revendication financière excessive, mais bien sur l’absence totale d’activité sportive institutionnelle financée et sur les blocages administratifs qui entravent sa progression.
Tlili alerte sur l’imminence des Jeux méditerranéens de 2026, soulignant que la Tunisie ne dispose d’aucune qualification en Championnat du monde dans sa discipline et que les conditions actuelles rendent la préparation impossible pour les athlètes concernés.
Elle appelle les responsables sportifs à saisir cette période sans compétition mondiale comme une opportunité pour régulariser les situations des athlètes et résoudre les conflits en suspens, en vue des Championnats du monde 2027 et des Jeux paralympiques de 2028.
Elle interpelle également les médias, les exhortant à ne pas étouffer ce type de témoignages et à maintenir la pression jusqu’à ce que des changements concrets se produisent.
Un message de résistance adressé aux sportifs
En conclusion, Raoua Tlili s’adresse directement à ses homologues des disciplines individuelles, les encourageant à ne pas abandonner leurs ambitions malgré les difficultés institutionnelles.
Elle affirme poursuivre son entraînement et rester concentrée sur ses objectifs, ajoutant qu’elle a passé les fêtes loin de sa famille, dans un pays étranger, évoquant les larmes de sa mère comme image du sacrifice consenti.
Réaffirmant son engagement envers la Tunisie et sa foi en une issue favorable, elle appelle l’ensemble des acteurs, dirigeants, médias et citoyens, à prendre leurs responsabilités envers les athlètes qui portent le drapeau national.



