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Entre réformes et contestations : Le congrès de l’Ugtt en quête d’un nouveau départ

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  • 27 mars 19:15
  • 5 min de lecture
Entre réformes et contestations : Le congrès de l’Ugtt en quête d’un nouveau départ

Inauguré mercredi 25 mars à Monastir sous le slogan « Fidèles à nos principes, vainqueurs pour les droits et les libertés », le 26e congrès ordinaire de l’Ugtt s’achève aujourd’hui avec la participation de 614 délégués venus de tous les secteurs et régions du pays.

A l’issue des travaux, un nouveau Bureau exécutif sera élu, ainsi que deux instances nationales chargées du règlement intérieur et du contrôle financier.

La Presse — Avancé exceptionnellement par rapport à sa tenue initiale en 2027, le congrès de l’Ugtt intervient dans un climat de tensions au sommet de la centrale ouvrière.

Depuis le congrès extraordinaire de Sousse en 2021, marqué par la modification controversée de l’article 20 autorisant des mandats illimités, la crise interne s’est accentuée, opposant direction et membres dissidents.

En décembre 2025, le secrétaire général avait même présenté sa démission, qu’il a finalement retirée un mois plus tard, illustrant l’ampleur et la complexité des dissensions au sein de l’organisation. 

L’article de la discorde supprimé

Lors de la première journée des travaux, les congressistes ont adopté plusieurs réformes majeures de sa loi fondamentale.

L’article 20, jugé controversé et pointé du doigt pour avoir menacé l’unité du syndicat, a été supprimé, rétablissant ainsi l’article 10 qui limite à deux mandats consécutifs l’éligibilité des membres du bureau exécutif, y compris celle du secrétaire général.

Le congrès a également fixé la composition du bureau exécutif national à 13 membres, dont au maximum quatre retraités, avec une représentation féminine minimale de deux femmes et un renouvellement de mandat limité à une seule fois.

Les responsables des unions professionnelles et régionales pourront, eux, se représenter pour trois mandats consécutifs.

Une proposition visant à lever le gel de certains dirigeants syndicaux a été examinée mais reportée. Ces décisions visent à renforcer la cohésion interne et à réorganiser les structures de l’Ugtt face aux défis croissants du syndicat.

Noureddine Taboubi a été élu président et porte-parole officiel du congrès à l’unanimité, tandis que Hafedh Rebai et Mohamed Barakati sont vice-présidents. 

A cette occasion, il a déclaré aux médias que la centrale syndicale traverse une période de turbulences, mais reste solide grâce à l’engagement de ses membres et aux décisions de ses instances.

« Quelle que soit l’intensité des divergences, nous restons unis et continuons de jouer notre rôle national et social », a-t-il déclaré, soulignant que l’opposition interne peut stimuler l’efficacité de l’action syndicale.

Au total, 46 candidatures sont en lice pour le Bureau exécutif, dont neuf femmes et six membres sortants.

Deux listes principales s’affrontent pour remporter les 15 sièges, l’une étant soutenue par quatre membres du bureau actuel, l’autre dirigée par le responsable du règlement intérieur, Farouk Ayari.

Les élections porteront également sur l’instance du règlement intérieur (24 candidats) et l’instance de contrôle financier (21 candidats).

Persistance des tensions

Les travaux du congrès de l’Ugtt ne se déroulent pas toutefois sous les meilleurs auspices, en dépit de la suppression de l’article 20 précité. Ils ont été d’ailleurs marqués par une contestation ouverte d’une partie des délégués issus de l’opposition syndicale.

Plusieurs interventions ont mis en lumière un profond désaccord quant à la légitimité du congrès, à ses orientations et à la gestion actuelle de l’organisation.

Certains ont dénoncé un « congrès putschiste » en rupture avec les principes fondateurs de la centrale syndicale. Pour ces opposants, la crise que traverse l’Ugtt depuis plusieurs années impose un débat de fond sur les orientations, accompagné d’une évaluation rigoureuse et d’une correction des dysfonctionnements, notamment liés à la bureaucratisation de l’appareil syndical.

Au cœur des griefs exprimés figure également la question du traitement réservé aux syndicalistes de l’opposition, certains ayant fait l’objet de mesures de gel en raison de leurs positions. Ces pratiques sont perçues comme des sanctions politiques internes, révélatrices d’un climat de fermeture et de marginalisation des voix dissidentes.  Dans ce même contexte, Taboubi a été apostrophé par l’un des congressistes qui l’a qualifié de « traître » au moment des travaux.

De son coté, Taïeb Bouaïcha, porte-parole de l’opposition syndicale, a dénoncé « l’illégalité de ce congrès », précisant que l’opposition n’avait pas encore saisi la justice, mais que des recours pourraient être envisagés par des membres du syndicat ou d’autres parties estimant que l’activité syndicale est menacée.

Selon lui, les tensions internes concernent la légalité et la composition du bureau du congrès, certains dirigeants contestant la tenue de l’événement à la date prévue.

Si le 26e congrès représente une avancée pour la centrale syndicale après la récente traversée du désert, les contestations et tensions montrent toutefois que l’Ugtt devra encore trouver le bon équilibre entre dialogue interne et respect des principes pour assurer un nouveau départ solide.

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Auteur

Samir DRIDI

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