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A la une Société

Prestations administratives : Loin de satisfaire le citoyen

  • 27 mars 18:45
  • 6 min de lecture
Prestations administratives : Loin de satisfaire le citoyen

Ce mastodonte qu’est notre administration tant décriée est, en fait, une institution solide qui résiste à toutes les épreuves. Elle l’a démontré à plusieurs occasions.

Accusée de tous les travers et de tous les défauts, elle ne cesse de progresser. Mais lourdement.

Son grand tort est de ne pas vouloir se réformer à la vitesse escomptée et de se mettre au diapason de l’évolution des différentes techniques et méthodes.

La Presse — Nos fonctionnaires continuent de traîner, comme un boulet, l’héritage de l’administration coloniale et, avant celle-ci, l’administration ottomane, 

Il faut le reconnaître, il y a bien eu de nombreuses tentatives de modernisation après l’indépendance. Mais les réticences sont toujours là et empêchent toute avancée réelle.

Les maux

Il est, vraiment, très rare de rencontrer un Tunisien pleinement satisfait des prestations des différentes administrations. Bien, précisément, des agents et des responsables qui sont chargés de veiller au bon fonctionnement des structures administratives.

L’administré vit au rythme des humeurs de chaque employé ou de chaque «responsable» si tant il est vrai qu’il existe, aujourd’hui, des responsables au plein sens du terme.

On veut parler de responsables qui maîtrisent la gestion du personnel et savent s’imposer et imposer un respect au sein de l’administration. Ce qu’on remarque, de plus en plus, c’est la peur des responsables face à leurs subordonnés.

Ils n’osent plus exercer le rôle qui leur incombe et que leur confère leur poste de crainte de se confronter à une levée de boucliers au sein du personnel et même à un «sabotage» du travail.

C’est, alors, que la plupart des responsables se contentent de gérer le quotidien avec le moins de fictions et de confrontations.

Ils se complaisent dans leur zone de confort sans chercher à sortir du marasme dans lequel s’empêtrent, chaque jour, les prestations administratives et les rapports citoyens-administration.

Chacun, en somme, se dérobe à la tâche qui est la sienne et renvoie la balle à une tierce partie. De fait, c’est le citoyen qui «trinque», lui qui se voit trimballé d’un service à l’autre et d’un bureau à l’autre sans certitude d’obtenir l’objet de sa quête.

Et, le tout dans une atmosphère de totale indifférence de la part des employés ou de leurs responsables.

Très souvent, un citoyen est entraîné, malgré lui, dans des circuits labyrinthiques dont il est impossible de sortir.

Quelques aberrations

Au cas où l’on chercherait à passer en revue les tares de notre administration, on aurait besoin d’un dictionnaire tellement le fonctionnement d’une administration à l’autre est bizarre et indéchiffrable.

Les démarches ne sont pas, nécessairement, les mêmes d’un agent à l’autre au sein d’un même service. Chaque employé est un électron libre ! Il a son propre règlement, ses propres documents et ses propres décisions.

Il n’y a pas à discuter. Il faut, tout simplement, s’exécuter ! En somme, il est maître à bord. Si on cherche l’aide d’un supérieur hiérarchique, il faut vite déchanter. Soit parce que le responsable en question est introuvable soit qu’il est incapable de désavouer son subordonné.

Les dysfonctionnements ne se comptent plus et augmentent au lieu de diminuer. Car ce qui prédomine, c’est le confort de l’administration et de ses agents. C’est pourquoi tout est fait de manière à obliger le citoyen à fournir le maximum de paperasse pour leur faciliter le travail.

Cette administration s’affirme comme un monstre papivore. Aussi assiste-t-on à des ballets incessants de la part des Tunisiens d’une administration à l’autre pour extraire une masse de papier le tout pour obtenir un seul document !

On les voit faire le tour de plusieurs services et courir d’un lieu à un autre ou, même d’un gouvernorat à l’autre rien que pour satisfaire l’appétit de paperasse de nos services administratifs.

Les exemples abondent 

Qui, parmi nous, n’a pas été confronté à des cas similaires ? Qui n’a pas eu, un jour, à déposer des dizaines de documents pour constituer un dossier (demande de raccordement à la Sonede ou à la Steg, demande d’autorisation de bâtir, demande de bourse et on en passe) ? Le comble, aussi, c’est lorsque vous avez affaire avec le fameux appareil judiciaire. Là, c’est une autre paire de manches.

Supposons que vous soyez obligés d’obtenir n’importe quel document. Bien sûr, l’administration qui l’a exigé doit y trouver tous les critères. Sans cela, il y a de fortes chances d’être refusé. Il n’y a pas plus simple.

En effet, de nombreux services peuvent vous remettre un document très important mais illisible parce que l’imprimante utilisée manque d’encre. Et bien soyez sûr que le document en question  ne sera pas accepté. Où que vous le présentiez, vous serez  en butte à toutes les difficultés.

Pire encore, certaines administrations exigent les mêmes papiers pour la constitution d’un dossier. Celui d’une demande de bourse, par exemple, en est la parfaite illustration.

Dans le cas où un parent a plusieurs enfants en instance de demande de bourse, il est aberrant qu’on lui demande de présenter les mêmes papiers pour chaque enfant. Soit plusieurs dizaines.

Plus grave encore: certains services refusent de remettre plus d’un exemplaire du même document (exemple de la déclaration d’impôt).

Ce n’est là qu’une remarque parmi tant d’autres.

Ici, on pense à la coordination et à la synchronisation entre les services de l’Etat grâce, notamment, à la numérisation et au réseautage.

Où en est-on de la numérisation ? Ou est-ce qu’on privilégie les supports papiers parce qu’ils permettent, encore, à l’État de réaliser des recettes ?  

En tout cas, il nous semble qu’il est temps que nos fonctionnaires se débarrassent de cette mentalité qui consiste à adopter une attitude méprisante à l’égard de leurs concitoyens. On n’est plus sous l’ère ottomane ou coloniale.

Les fonctionnaires de l’État doivent savoir qu’ils ne sont là que pour servir. Ce qu’ils font est un devoir et non une faveur.

Il est inadmissible qu’en 2026, une demande de service oblige un citoyen à attendre jusqu’à … 3 heures pour y accéder ! Ou faire la queue devant un guichet parce que le distributeur de tickets de priorité est en panne.

On peut constater ce phénomène dans de nombreuses administrations (recettes des finances, Postes, municipalités …). Et on ne daigne même  pas bouger le petit doigt pour réparer ces machines.

Les longues files d’attente devant les guichets ne font broncher ni les agents ni leurs chefs. Une preuve incontestable de l’immobilisme de notre chère administration.

Auteur

Amor CHRAIET

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