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TGV Bizerte‑Ben Guerdane : un chantier pharaonique entre ambition et pragmatisme

  • 27 mars 14:31
  • 3 min de lecture
TGV Bizerte‑Ben Guerdane : un chantier pharaonique entre ambition et pragmatisme
Image : illustration IA

Le projet de Train à Grande Vitesse (TGV) reliant Bizerte à Ben Guerdane, inscrit dans le Plan de développement 2026‑2030, soulève autant d’espoirs que de questions. Avec un tracé de 500 kilomètres, ce chantier promet de transformer la mobilité nationale, mais pose également des défis techniques et financiers colossaux.

Pour décrypter cette initiative ambitieuse, le Dr Brahim Soua, expert international en infrastructures ferroviaires et acteur clé du projet marocain Al Boraq, a livré une analyse détaillée sur RTCI. Selon lui, le projet tunisien doit conjuguer vision d’État et réalisme économique pour ne pas transformer un rêve stratégique en fardeau budgétaire.

Un tracé de 500 km : pourquoi le séquençage est indispensable

Le corridor Bizerte‑Ben Guerdane, qui traverse le pays du nord au sud, est techniquement ambitieux. Pour le Dr Soua, tenter de réaliser l’ensemble de la ligne en une seule phase est prématuré. Une approche séquencée est recommandée, en commençant par relier deux pôles économiques majeurs (Tunis à Sousse ou Sfax) afin de générer des revenus dès les premières années, avant d’envisager l’extension vers le nord et le sud profond.

Le coût estimé du projet est colossal, autour de 20 milliards de dinars, avec une moyenne de 66 millions de dinars par kilomètre. L’expert souligne toutefois que l’accessibilité tarifaire pour les usagers n’est pas incompatible avec la grande vitesse. Sur le modèle marocain, un trajet de 230 km pourrait être proposé autour de 30 dinars, sous réserve d’une politique tarifaire étudiée.

Pour atteindre la rentabilité et éviter un déficit public, la ligne devra capter au moins 3 millions de passagers par an, un seuil considéré comme réaliste par Dr Soua si les étapes de construction sont correctement planifiées.

Passagers et fret : deux réseaux distincts

L’une des précisions majeures concerne l’usage de la ligne. Le TGV tunisien est conçu exclusivement pour le transport de passagers, avec des essieux légers de 16 tonnes. Les trains de fret lourd, notamment pour le phosphate, nécessitent 22 tonnes par essieu, rendant impossible la circulation de marchandises sur la même ligne. Une séparation des réseaux est donc incontournable.

Originaire de Gafsa, Dr Soua insiste sur le caractère prioritaire de la réhabilitation du réseau classique pour le phosphate, indépendamment du TGV. Cette mise à niveau ne nécessite pas d’études supplémentaires et constitue selon lui une action urgente pour soutenir l’économie nationale, tout en laissant le temps de planifier la grande vitesse de manière réaliste et progressive.

Ainsi, le projet TGV Bizerte‑Ben Guerdane représente une transformation majeure du transport ferroviaire en Tunisie, mais sa réussite dépendra d’une approche progressive, d’un financement structuré et d’une séparation claire entre passagers et fret. Pour les experts, le défi est double : réaliser un projet emblématique tout en assurant la continuité et la sécurité économique du pays.

Lire aussi:  Tunisie : le TGV et le corridor nord-sud, un projet qui désenclave le pays et crée des emplois
Auteur

R. I

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