Tunisie-France : les saisons d’un partenariat renouvelé
Les diplomaties choisissent parfois la subtilité de la continuité réinventée. Pourquoi pas du reste ? Sans jeux de mots, c’est de bonne guerre ce genre de diplomatie ! Le premier semestre 2026, tel qu’esquissé par Paris, appartient résolument à cette catégorie de poids : une diplomatie qui tisse, patiemment, les fils d’un monde en recomposition sans prétendre en forcer le dessin… Hubert Védrine disait «En politique internationale, la continuité est souvent la condition de l’efficacité».
Ainsi, quatre échéances majeures rythmeront ce premier semestre 2026 pour Paris : One Health, Africa Forward, Saison Méditerranée et G7, avec la Tunisie comme partenaire central. Le sommet One Health, d’abord, porte une intuition essentielle : celle d’un monde où la santé ne se segmente plus mais se pense dans sa globalité, à la croisée de l’humain, de l’animal et de l’environnement. En saluant cette approche, la France d’Emmanuel Macron inscrit son action dans une temporalité longue, celle de la prévention plutôt que de la réaction, de l’anticipation plutôt que de la réparation.
Puis vient Africa Forward, comme un mouvement vers l’autre rive, non plus dans une logique d’assistance, mais dans une dynamique de coconstruction. L’Afrique n’y est pas convoquée, elle y est attendue, écoutée, associée. Et dans cet espace de dialogue élargi, la Tunisie trouve naturellement sa place, à la fois ancrée dans son continent et ouverte sur la Méditerranée.
La Saison Méditerranée, quant à elle, offre un contrepoint précieux. Elle rappelle que les relations internationales ne se réduisent ni aux chiffres ni aux traités, mais qu’elles vivent aussi de récits, de cultures et de sensibilités partagées. Dans cette géographie «affective», la Tunisie et la France prolongent une histoire commune en lui donnant des accents contemporains, où la jeunesse et les diasporas deviennent des acteurs à part entière.
Enfin, le G7 vient clore cette séquence comme un moment de synthèse. Sous l’impulsion de Paris, il ambitionne de retrouver une vocation régulatrice dans un monde fragmenté, en s’attaquant aux déséquilibres économiques et aux vulnérabilités globales. Là encore, la volonté affichée est celle d’un multilatéralisme ouvert, attentif aux interdépendances et soucieux d’inclusion.
Dans cet ensemble cohérent, la Tunisie apparaît moins comme un partenaire parmi d’autres que comme un trait d’union, une interface vivante entre différentes sphères d’influence. L’échange récent entre Kaïs Saïed et son homologue français en témoigne : au-delà des agendas, c’est une volonté partagée de dialogue et de coopération qui se dessine.
Certes, le monde reste traversé de tensions et d’incertitudes. Mais ces initiatives ont le mérite d’ouvrir des espaces de convergence, de proposer des cadres où les intérêts peuvent se rencontrer sans s’opposer, où les différences peuvent s’articuler sans se heurter.
A notre sens la relation tuniso-française, dans ce contexte, gagnerait à être envisagée non comme un acquis, mais comme une dynamique. Une relation qui avance par ajustements, par approfondissements successifs, en épousant les transformations d’un monde en mutation.
Car au fond, la véritable modernité diplomatique ne réside pas dans la rupture, mais dans la capacité à évoluer ensemble d’égal à égal.



