gradient blue
gradient blue
A la une Société

Santé – le carnet blanc de soins gratuits : Dépassé et inefficace

  • 28 mars 18:45
  • 4 min de lecture
Santé – le carnet blanc de soins gratuits : Dépassé et inefficace

Longtemps présentée comme l’un des piliers de la solidarité nationale, la carte de soins gratuits communément appelée « carnet blanc » peine aujourd’hui à répondre aux attentes des Tunisiens les plus vulnérables issus des classes sociales précaires.

En 2026, ce dispositif hérité d’une autre époque révèle ses limites face à une réalité sociale et sanitaire profondément transformée.

La Presse — À l’origine, le carnet blanc visait à garantir un accès gratuit aux soins pour les personnes sans ressources ou à faible revenu, leur permettant de bénéficier gracieusement des services des structures publiques de santé.

Encadré par des critères précis liés au revenu et à la situation sociale, ce système s’inscrivait dans une logique de justice sociale. Mais au fil des années, les conditions d’attribution se sont complexifiées.

Les bénéficiaires potentiels doivent fournir une quantité importante de documents administratifs, ce qui constitue un obstacle majeur pour les populations les plus fragiles vivant dans la précarité et socialement vulnérables.

Dans certains cas, des personnes réellement démunies se retrouvent exclues du dispositif, tandis que d’autres, moins nécessiteuses, en bénéficient encore.

Un système inégalitaire qui doit connaître des réajustements pour être plus efficace et en phase avec son temps face aux récentes dérives et « cafouillages » administratifs. 

Dysfonctionnements et dérives

Les autorités ont elles-mêmes reconnu les failles du système. En 2023, plus de 62 000 cartes de soins gratuits ont été retirées après des opérations d’audit visant à corriger les erreurs d’attribution.

Cette opération a mis en lumière un double problème des bénéficiaires indus et, en parallèle, des citoyens éligibles laissés de côté. 

Ce déséquilibre illustre un manque de mise à jour des bases de données sociales et une faiblesse dans le croisement des informations entre administrations.

Une réponse inadaptée aux réalités

Au-delà des problèmes d’éligibilité, c’est l’efficacité même du carnet blanc qui est remise en question.

Dans un contexte de pénurie de médicaments, de surcharge des hôpitaux publics et de dégradation des services, la gratuité théorique ne garantit plus un accès réel aux soins. 

Des témoignages récents évoquent des ruptures de médicaments essentiels ou des soins non disponibles, obligeant les patients à payer de leur poche ou à renoncer aux traitements.

Ainsi, le carnet blanc ne répond plus aux exigences actuelles. Il n’assure pas une couverture effective, il reste limité au secteur public et ne prend pas en compte les nouvelles formes de précarité à l’instar du travail informel, de l’instabilité des revenus et l’inflation.

Vers une refonte nécessaire

Face à ce constat, une réforme en profondeur s’impose. Plusieurs pistes administratives et financières peuvent être envisagées. La digitalisation et l’interconnexion des données sociales sont un début de solution.

La mise en place d’une base de données unifiée, croisant les informations fiscales, sociales et professionnelles, permettrait un ciblage plus juste et dynamique des bénéficiaires. Le passage à une aide personnalisée et modulable en est une deuxième.

Plutôt qu’un système binaire, qu’il soit gratuit ou pas, il serait plus efficace d’instaurer une couverture progressive, adaptée au niveau de revenu réel des ménages. L’intégration partielle du secteur privé peut changer la donne.

Autoriser l’utilisation du carnet ou de son équivalent modernisé dans certaines structures privées conventionnées permettrait de désengorger les hôpitaux publics et d’améliorer l’accès aux soins.

Réduire les pièces exigées et automatiser les procédures d’attribution via des plateformes numériques limiterait l’exclusion administrative. Il y aurait là une simplification administrative et un renforcement du financement et du contrôle.

Une meilleure allocation des ressources, accompagnée de mécanismes de contrôle réguliers, est indispensable pour garantir la transparence et éviter les abus.

La question du carnet blanc dépasse le simple cadre administratif : il touche au cœur du contrat social tunisien. Garantir un accès équitable aux soins n’est pas seulement une politique publique, c’est un impératif de dignité. 

Par les temps qui courent, maintenir un système dépassé revient à creuser les inégalités. À l’inverse, engager une réforme ambitieuse, adaptée aux réalités économiques et sociales actuelles, pourrait redonner sens à la promesse d’un système de santé plus juste et plus efficace.

Auteur

Mohamed Salem Kechiche

You cannot copy content of this page