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Concert «Jazz et musiques improvisées» de la Fondation Hasdrubal : Croiser les regards pour construire ensemble

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  • 30 mars 20:15
  • 6 min de lecture
Concert «Jazz et musiques improvisées» de  la Fondation Hasdrubal : Croiser les regards pour construire ensemble

La Presse —Le Théâtre des Régions à la Cité de la culture de Tunis a accueilli lors de la soirée du 28 mars un concert inédit de «Jazz et musiques improvisées». Cette rencontre musicale exceptionnelle  a été coordonnée par la Fondation Hasdrubal, en partenariat avec le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (Cnsmdp), le Théâtre de l’Opéra de Tunis et la Télévision Nationale Tunisienne, avec le soutien de l’Institut français de Tunisie (IFT) et de l’ambassade de France.

Une résidence artistique en amont

Le spectacle a été précédé d’une résidence artistique encadrée par Laurent Jost, directeur musical de la Fondation Hasdrubal. Cette expérience qu’il a décrite comme «intense, exigeante et profondément humaine» a été entamée le 22 mars et marque une nouvelle étape dans le développement de leurs collaborations artistiques et pédagogiques  avec les prestigieuses institutions musicales européennes.

En effet, la fondation organise régulièrement, depuis quelques années, des rencontres musicales basées sur le brassage culturel, l’exploration et la création collective. Pour ce concert, le violoniste de renom Zied Zouari a convié 22 musiciennes et musiciens tunisiens. De son côté, Stéphane Payen, directeur du département Jazz et musiques improvisées du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, a fait appel à 11 membres de cet illustre établissement.

Durant une semaine, les artistes ont partagé leur savoir, leurs expériences et leurs sensibilités autour d’un large éventail d’esthétiques, de styles et de spécialités vocales et instrumentales. Le concert de sortie de résidence est ainsi le fruit d’une « expérience unique faite d’écoute, de partage culturel et émotionnel», comme l’a indiqué Laurent Jost. Il a également souligné dans son mot de bienvenue que «il ne s’agit pas seulement d’un programme mais d’une œuvre vivante née de l’instant, de l’improvisation et de la confiance mutuelle».

Toujours selon Laurent Jost, «dans un monde en quête de repères, la musique demeure un lieu de paix, un espace où les différences s’accordent dans une harmonie partagée». Ce projet artistique se veut alors un espace de rencontre, un langage commun qui permet de «faire dialoguer les cultures, de croiser les regards et de construire ensemble des horizons nouveaux». Laurent Jost a rappelé au final que ce concert est dédié à la mémoire de M. Mohamed Laamouri, un des initiateurs de la Fondation Hasdrubal qui nous a quittés il y a quelques mois.

Un programme entre continuité et innovation    

Un public nombreux a été au rendez-vous. La Fondation a également offert un accès gratuit aux étudiants, comme pour l’ensemble de ses événements. La soirée a été entamée avec une reprise de «Les moulins de mon cœur», un titre célèbre de Michel Legrand qui remonte à 1954.

Comme le concert est sous le signe de l’interculturalité, la chanson a croisé les belles voix de Yasmine Ben Braham et Romane Leuleu pour une interprétation qui allie à la fois la version originale et celle de Hiba Tawaji, sortie il y a quelques années en langue arabe. Pour ce début en douceur, seules les notes du piano ont accompagné le chant. La suite du programme a été bien plus rythmée. Le second titre a été une célèbre chanson de la hadhra tunisienne «Mak Chaykh elkamel».

La chanteuse Farah Zribi a rejoint la scène aux côtés de ses deux autres partenaires vocales. Ce morceau a été réarrangé de manière à y intégrer des instruments et des notes de jazz. Pourtant, la transition d’un répertoire à l’autre a été tellement fluide que les sonorités ont fusionné en toute harmonie. Les bois et les cuivres emblématiques du jazz ont ainsi été au service de la musique traditionnelle tunisienne et le public s’est réjoui de voir les artistes français jouer un air de hadhra avec autant d’enthousiasme.

C’était pareil pour une chanson de malouf andalou, très connue «Belladhi askara men aadhbi ellama» et le fameux tube de Nabiha Karaouli «Choftek marra metaddia». Le quanoun et le oud  ont partagé la scène avec les instruments occidentaux,  créant une fusion originale et d’une grande beauté. L’ensemble musical a également repris un classique de jazz, «All of me» de Belle Baker qui remonte à 1931 et qui est plus connue avec la voix de Billie Holiday.

Pour cette chanson, comme pour les autres morceaux, les improvisations des artistes et les dialogues instrumentaux spontanés et inspirants ont enchanté l’audience. En effet, cette liberté qui marque le décloisonnement des pratiques artistiques est l’essence même du jazz. Sans s’opposer à l’exigence de qualité, elle l’enrichit et  met en lumière ses plus belles expressions.

Le rythme est monté crescendo, jusqu’à devenir dansant à la fin. L’énergie et l’enthousiasme de l’ensemble des musiciens, du chef d’orchestre Antonin Puyo et de Stéphane Payen lui-même ne laissent pas indifférent. Ils ont réussi à captiver le public, à le faire participer par le chant et les applaudissements qui raccompagnaient les notes et ont bien mérité les ovations chaleureuses qui ont suivi chaque morceau.

Le Trio Junior, coup de cœur du concert

Plusieurs générations de musiciens ont été sur scène pour cette soirée où se mêlent traditions musicales et approches contemporaines. Le Trio Junior a particulièrement fasciné le public. Il s’agit de Gahlia Ben Halima au oud et qui multiplie depuis quelque temps les collaborations de haut niveau. Aouss Ben Halima était au qanoun et il maîtrise son instrument comme un grand.

Au piano, Mehdi Dhen a tenu l’audience en haleine. Il n’a que 12 ans, mais possède déjà le charisme et la virtuosité d’un musicien chevronné. Ces enfants, au talent éclatant, ont fait leur entrée ensemble pour un morceau instrumental qui a mis en lumière leur savoir-faire, avant de se fondre harmonieusement dans le groupe dans une parfaite symbiose avec les plus expérimentés.

Ce concert leur permettra certainement de se faire connaître davantage auprès du public et des professionnels et leur ouvrira la porte pour d’autres propositions artistiques. Pensé comme un espace de liberté et de découverte, ce spectacle dédié aux jazz et musiques improvisées a permis de découvrir des univers singuliers.

Les musiciens engagés dans une démarche de recherche et d’innovation musicale ont fait émerger un répertoire original qui témoigne de la richesse de cette collaboration. Le résultat est un public conquis, parti émerveillé. Le concert a été filmé par la télévision nationale et sera prochainement diffusé sur écran.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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