La Banque centrale de Tunisie (BCT) a publié le 26 mars 2026 une circulaire encadrant strictement le financement bancaire des importations de produits considérés comme “non prioritaires” dans un contexte de pression sur les réserves de change et le déficit commercial. Cette décision concerne 196 produits de consommation et biens similaires, allant des fruits secs, fromages et alcools aux vêtements, produits cosmétiques, équipements domestiques et scolaires.
Selon la circulaire, le financement de ces importations par les banques et institutions financières est désormais interdit, sauf si le fournisseur couvre intégralement la valeur de ses marchandises avec ses propres fonds. Cette règle s’applique à toutes les méthodes de paiement, y compris le crédit documentaire, le virement bancaire, la collecte documentaire ou toute autre modalité, qu’elle soit garantie ou non. Tous les types de financement, prêts, avances, crédits documentaires ou garanties bancaires, sont inclus.
Avant toute importation, l’intermédiaire agréé doit vérifier la conformité de l’opération avec la législation en vigueur et contrôler la validité des codes produits selon la classification officielle des produits importés afin d’assurer le respect des normes douanières et commerciales.
La liste des produits non prioritaires comprend notamment les fruits secs tels que les amandes, pistaches, noix de cajou et raisins secs, les fromages, les confiseries et chocolats, ainsi que certains alcools et boissons sucrées. Elle inclut également les vêtements et accessoires comme les chaussures, sacs, ceintures et bijoux fantaisie, ainsi que les produits cosmétiques et de soins corporels, parfums et articles d’hygiène. Sont aussi concernés les équipements domestiques et électroménagers tels que la vaisselle en porcelaine, le mobilier léger, les équipements sanitaires pour salles de bain, ainsi que les fournitures scolaires et produits d’entretien ménager. La liste couvre enfin d’autres biens de consommation, y compris les jouets, décorations et gadgets.
Cette classification vise à prioriser les financements bancaires sur les importations essentielles et à réduire la pression sur les réserves de change, qui au 27 mars 2026 s’élevaient à 25 112,9 millions de dinars, soit l’équivalent de 106 jours d’importations.
La circulaire prévoit toutefois plusieurs exceptions. Les importations réalisées dans le cadre de marchés publics pour l’État, les établissements publics et les collectivités locales sont exclues, de même que celles contractées avant l’entrée en vigueur de la circulaire et dont la livraison a déjà commencé. Les entreprises industrielles peuvent également continuer à importer certains produits nécessaires à leur activité, à condition de fournir aux banques une fiche technique certifiée par le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, confirmant le lien direct entre le produit importé et l’activité industrielle. Les importations réalisées dans le cadre du régime de transformation active restent également autorisées, sous réserve de présenter l’autorisation douanière correspondante.
Selon les experts économiques, cette mesure vise principalement à réduire le déficit commercial, protéger les réserves de change et encourager le développement de la production locale en substituant certaines importations par des produits tunisiens. Toutefois, ils avertissent que la limitation de l’offre sur le marché pourrait temporairement entraîner une hausse des prix, notamment pour les biens de consommation non essentiels.
La BCT souligne que ces mesures font partie d’une stratégie prudente et proactive pour sécuriser les finances nationales, préserver l’équilibre économique, garantir l’approvisionnement en produits essentiels et soutenir l’industrie nationale, tout en incitant les importateurs et intermédiaires à se conformer strictement aux nouvelles règles afin de garantir une circulation légale et transparente des marchandises.



