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Bach « Ombres et lumières » à la Cathédrale de Tunis : Une musique intemporelle qui unit

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  • 31 mars 19:00
  • 5 min de lecture
Bach « Ombres et lumières » à la Cathédrale de Tunis : Une musique intemporelle qui unit

Les œuvres de Bach, souvent associées à la puissance dramatique de l’orgue et à une atmosphère immédiatement saisissante, continuent de résonner aujourd’hui avec autant de puissance qu’à son époque.

La Presse— La musique a résonné sous les voûtés de la Cathédrale Saint-Vincent-de-Paul de Tunis qui a accueillis dimanche 29 mars un concert dédié à Johann Sebastian Bach. C’est le Goethe-Institut Tunis qui a organisé cet événement musical inédit intitulé «Ombres et lumières». Ce concert de haut niveau a été ouvert à tous et gratuit.

Il a réuni les musiciens de Tūnez Ensemble avec de célèbres chanteurs lyriques tunisiens sous la baguette du maestro Fadi Ben Othman. Aux violons, il y avait Tarek Zouari et Younès Wertani, à l’alto Seifeddine Bouraoui, au violoncelle Ahmed Bij et à la contrebasse Sofien Saâdeoui. Le public a également applaudi le flûtiste  Youssef Ben Othman et le pianiste Ilyes Blagui. L’organiste allemand installé en Tunisie, Klaus C. Van Den Kerkhoff, a été présenté en invité d’honneur.

La conception dramaturgique a été assurée par l’artiste syrien résidant en Tunisie, Nabil Asswad. Le spectacle a été porté par les voix des sopranos Nesrine Mahbouli et Oumaima Ben Amar ainsi que le ténor Hatem Nasri et le baryton Haithem Hadhiri. Bâtie il y a plus de 130 ans, la Cathédrale de Tunis est devenue pendant cette expérience hors du temps un écrin d’art vivant où musique, architecture et création visuelle se sont rencontrées.

Dans ce cadre majestueux qui magnifie les nuances artistiques, un hommage a été rendu à l’un des plus grands compositeurs de l’histoire de la  musique classique à travers une sélection de morceaux liturgiques. En effet, Bach n’a jamais écrit d’opéra à la mode, contrairement à tous ses contemporains. En contrepartie, la musique sacrée est un élément central de son héritage musical.

Il a traité musicalement des scènes à la fois savantes, spirituelles et profondément humaines. Le concert a inclus deux interventions majeures sur l’orgue de l’église. La première partie a été entamée par Klaus C. Van Den Kerkhoff  qui a joué la Fantaisie en do mineur BWV 562 pour orgue. Les morceaux suivants ont été  la sinfonia de la cantate «Christ lag in Todesbanden», puis des extraits de la célèbre composition « La Passion selon saint Matthieu».

Le programme a également inclus d’autres cantates connues dont «Christ lag in Todesbanden». Les voix chantées ont accompagné le jeu des musiciens pour restituer la beauté de ces airs saisissants. Le motet «Jesu, meine Freude», interprété a cappella, a clôturé cette première partie. Cette performance vocale réalisée sans accompagnement instrumental allie à la fois simplicité et invitation à la méditation.

Ce sont les chanteurs qui ont défini la dynamique et l’intensité émotionnelle, uniquement avec leur voix. L’interprétation était ainsi bien plus expressive et touchante pour le public. La seconde partie du concert a  débuté avec le prélude de choral «Christ ist erstanden» BWV 627 à l’orgue, suivi d’une sinfonia extraite de l’Oratorio de Noël. Les cantates ont ensuite pris le relais avec des extraits illustrant la richesse dramatique et la diversité des formes musicales chez Bach.

Le spectacle joue sur les contrastes, entre «ombres et lumières», de la tension à la détente, de la douleur à la joie, des voix aux instruments, de l’intellect au sensible, de la majesté à la méditation intérieure, du visible à l’invisible, du matériel au spirituel… Les notes multiséculaires ont véhiculé des nuances émotionnelles et spirituelles diverses qui les rendent toujours actuelles.

Les œuvres de Bach, souvent associées à la puissance dramatique de l’orgue et à une atmosphère immédiatement saisissante, continuent ainsi de résonner aujourd’hui avec autant de puissance qu’à son époque. Sur ce répertoire exigeant et d’une force émotionnelle intense, la prestation du maestro Ben Othman, des musiciens et des chanteurs a fasciné l’audience.

Nombreux étaient ceux qui, n’ayant pu trouver de places assises, sont restés debout jusqu’à la dernière note. Ce qui fait la singularité de ce concert, c’est bien plus que le programme musical en lui-même. Il a attiré autant les passionnés que les curieux à la recherche d’un moment suspendu. Il a ainsi réuni un public d’âges, de nationalités et de convictions religieuses diverses autour de l’art de la méditation.

Entre chefs-d’œuvre sacrés et performances vocales exceptionnelles, ce spectacle a proposé une relecture contemporaine de l’œuvre de Johann Sebastian Bach, à la croisée de l’art et de la méditation spirituelle. La musique a pris une dimension nouvelle, à la fois contemplative et profondément vivante.

Elle a transformé  l’espace en une expérience poétique pour le spectateur. L’architecture a sublimé les pages musicales virtuosement interprétées en direct. Ce voyage raffiné élégant au cœur des émotions universelles est certainement mémorable pour le public. 

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Auteur

Amal BOU OUNI

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