«Tunis–Berlin» de Nidhal Guiga : Jusqu’au bout des rêves
La première mondiale du premier long métrage de Nidhal Guiga « Tunis–Berlin » a eu lieu au « Luxor African Film Festival ».
Le film est retenu en compétition officielle, section « Diaspora » et sera également présenté au Festival du film arabe de Malmö. Le documentaire suit trois parcours en dents de scie de femmes DJ’ tunisiennes.
La Presse — Le titre en dit long sur cette triple percée artistique féminine entre Tunis et Berlin. Pendant quelques années, la réalisatrice Nidhal Guiga a filmé les éclats et les aléas de trois femmes DJ’s tunisiennes, qui entretiennent leur passion pour la musique électronique, déterminées à faire de ce savoir–faire artistique l’œuvre de leur vie. Elles sont combattantes et passionnées, résistantes, dans un univers musical encore masculin, nocturne, avec ses hauts, mais surtout ses bas.
«Tunis-Berlin» est un documentaire autour de la création. Une quête d’émancipation, alternant l’intime et le social. D’une durée de 83 minutes, le film suit les DJ tunisiennes Linda Tounsy, Mariem Kms et NoyÄra.
Elles ont un point commun : rêver de rejoindre Berlin, capitale mondiale de la musique électronique, afin d’y trouver de nouvelles perspectives artistiques et professionnelles. Automne 2023, une des artistes est programmée dans un club berlinois de renom.
La réalisatrice décide alors de l’accompagner, et se heurte aussitôt à des difficultés de taille liées à la production.
Ce voyage rime avec opportunité, mais ne tarde pas à devenir incertain et glissant, notamment à cause du contexte international tendu.
Au-delà du simple portrait de musiciennes, «Tunis-Berlin» dévoile la condition des trois femmes évoluant dans un milieu encore largement rude.
Inégalité de genres, combats féminins, émergence d’une forme d’art contemporaine, de nombreux axes ont fini par se tracer. Pour Nidhal Guiga, il s’agit de comprendre ce que représente aujourd’hui cette scène musicale : un espace de divertissement ou un lieu d’expression des tensions et des frustrations d’une jeunesse désenchantée, broyée dans un monde en ébullition ?
Le titre international du film est «To dream perhaps», emprunté à une variation d’une réplique de William Shakespeare dans Hamlet, souligne cette tension entre hésitation et passage à l’acte.
Loin de l’indécision du personnage shakespearien, les artistes femmes qui font le film choisissent d’agir, portées par leur rêve.
À travers cette traversée géographique et symbolique, «Tunis-Berlin» propose une réflexion sur la libre circulation, le rêve d’un ailleurs et revient sur les tensions identitaires dans le monde. Le dialogue nord / sud est mis en relief.
Entre Tunis et Berlin, le film capte des jeunesses en mouvement, confrontées à la réalité d’un monde où les frontières — artistiques, sociales et politiques — sont plus que jamais érigées.




