Chiens errants : La menace grandit…
A l’instar de la prolifération des déchets en ville, malgré des efforts de la société civile pour endiguer le fléau environnemental, comme on l’a souligné dans nos colonnes, un travail qui reste pourtant du premier ressort des municipalités pour le nettoyage, il y a celui des chiens errants qui suit la même cadence… Au grand désarroi des riverains et des citadins.
La Presse — La scène, banale en apparence, en dit pourtant long sur une réalité devenue inquiétante suite au témoignage d’une automobiliste : «Hier à 9h du matin, j’ai trouvé une dizaine de chiens allongés près de ma voiture. J’ai été obligée d’attendre une heure entière le temps qu’ils décampent pour démarrer».
Ce témoignage, partagé par une citoyenne, illustre une situation qui ne cesse de se dégrader dans plusieurs villes tunisiennes, où les chiens errants ne se contentent plus d’occuper les marges… mais investissent désormais pleinement l’espace urbain.
Ils côtoient quotidiennement les piétons où qu’ils soient, souvent surpris de leur compagnie.
L’agression de trop
Le phénomène a pris une tournure particulièrement alarmante ces derniers jours avec l’agression choquante d’une femme au niveau de la corniche de Hammam-Lif, mordue par des chiens errants alors qu’elle circulait normalement, seulement suivie par son animal de compagnie.
Cet incident, loin d’être isolé, vient s’ajouter à une longue série d’attaques recensées ces derniers mois à travers le pays, touchant aussi bien des adultes que des enfants.
Dans plusieurs régions, des passants, des élèves ou encore des travailleurs matinaux vivent désormais avec la peur d’être pris pour cible par des meutes parfois agressives, notamment aux premières heures de la journée ou tard le soir.
Des chiens devenus «piétons parmi les piétons»
Aujourd’hui, la frontière entre l’espace humain et animal semble s’effacer. Dans de nombreuses villes, les chiens errants circulent librement au milieu des habitants, s’allongent sur les trottoirs, occupent les parkings et traversent les routes comme de véritables usagers.
Des images devenues virales montrent des meutes entières — parfois une dizaine de chiens — installées à proximité de voitures ou au cœur de quartiers résidentiels. Une présence qui n’est plus exceptionnelle, mais quasi quotidienne, au point de transformer profondément le paysage urbain.
Cette cohabitation forcée crée des situations absurdes et perturbantes : des automobilistes contraints d’attendre, des piétons changeant d’itinéraire, des familles inquiètes pour leurs enfants.
Une prolifération hors de contrôle
Le problème est loin d’être nouveau, mais il atteint aujourd’hui un seuil critique. La prolifération des chiens errants est décrite comme «inquiétante» par plusieurs observateurs, avec une présence généralisée «dans tous les quartiers résidentiels» et des déplacements en meutes qui renforcent leur dangerosité.
Au-delà des attaques, la question sanitaire est également centrale. Les chiens errants sont identifiés comme des vecteurs potentiels de maladies telles que la rage ou encore la leishmaniose, ce qui en fait un véritable enjeu de santé publique.
Entre impuissance et solutions controversées
Face à cette situation, les autorités oscillent entre différentes stratégies, souvent jugées insuffisantes ou temporaires. L’abattage, parfois pratiqué en urgence, est largement critiqué pour son inefficacité à long terme, car il ne traite pas les causes profondes du phénomène.
À l’inverse, des solutions durables — stérilisation, vaccination, création de refuges — existent, mais peinent à être généralisées à l’échelle nationale.
Un impact direct sur l’image du pays
Au-delà du quotidien des Tunisiens, cette situation pose également un problème d’image. À l’heure où la Tunisie cherche à relancer son secteur touristique, ces scènes de chiens errants omniprésents dans les rues, aux abords des plages ou des sites fréquentés, envoient un signal négatif.
Pour les visiteurs étrangers, ces «spectacles» peuvent être perçus comme le signe d’un manque de gestion urbaine et sanitaire, contrastant avec les ambitions affichées du pays.
Une urgence devenue évidente
Ce qui relevait autrefois d’un phénomène marginal est désormais une réalité structurelle : les chiens errants sont devenus des acteurs visibles et permanents de la vie urbaine tunisienne.
Entre peur, insécurité et banalisation du phénomène, la situation est aujourd’hui jugée intenable par une large partie de la population. Et sans une stratégie globale, cohérente et durable, le risque est grand de voir ces incidents se multiplier… jusqu’au drame de trop.



