Couverture sociale, stock stratégique et qualité des soins : Les priorités du système de santé
Face à des dysfonctionnements persistants et à des pénuries récurrentes de médicaments, le Président Kaïs Saïed affiche une volonté claire de réformer en profondeur le service public de santé
La Presse —Lorsqu’on évoque le service de santé publique, les mêmes critiques reviennent systématiquement, une qualité de prestations souvent jugée insuffisante, marquée par des délais d’attente prolongés, un manque de moyens humains et logistiques, ainsi que des pénuries récurrentes de médicaments.
Cette situation, qui pèse lourdement sur le quotidien des patients comme du personnel soignant d’ailleurs, traduit des dysfonctionnements structurels persistants. Un constat préoccupant, mais largement partagé depuis des années, et qui continue d’alimenter le débat sur l’urgence d’une réforme en profondeur du système de santé.
Une nouvelle approche rigoureuse, scientifique et prospective
Dans le prolongement de ce diagnostic largement partagé, les plus hautes autorités de l’État affichent désormais leur volonté d’opérer un véritable tournant. Ainsi le Président de la République, Kaïs Saïed, a-t-il plaidé pour une reconstruction en profondeur du service public de la santé, fondée sur une vision renouvelée et en phase avec les attentes des citoyens lors d’une réunion tenue au palais de Carthage au début de cette nouvelle année.
Cette rencontre a réuni plusieurs responsables du secteur, notamment la directrice générale de la Pharmacie centrale, la présidente du Conseil national de l’Ordre des médecins, la directrice générale de l’Agence nationale du médicament et des produits de santé, ainsi que les représentants des Ordres des pharmaciens et du syndicat des propriétaires de pharmacies privées.
Au cœur des priorités évoquées figurent la refonte des régimes de couverture sociale, la constitution d’un stock stratégique de médicaments et l’amélioration de la qualité des prestations sur l’ensemble du territoire. Le Chef de l’État a également mis en avant la nécessité de lever, dans les plus brefs délais, les obstacles structurels qui entravent le secteur, en privilégiant une approche à la fois rigoureuse, scientifique et prospective. Une feuille de route ambitieuse, censée rompre avec des décennies de dysfonctionnements et amorcer une véritable remise à niveau du système de santé publique.
Améliorer l’accès au soin
Alternant réunions et visites de terrain dans le cadre d’un suivi permanent de ces objectifs et de leur concrétisation, le Président de la République, Kaïs Saïed, s’est rendu le 25 mars à la policlinique d’El Omrane, dans la capitale, un établissement relevant de la Caisse nationale de sécurité sociale.
Lors de sa visite, le Président de la République, Kaïs Saïed, a constaté des défaillances dans la distribution des médicaments et la qualité des prestations de santé, malgré l’importance de cette institution pour les traitements spécialisés et la dialyse. Il a échangé avec des citoyens, soulignant que certaines difficultés individuelles nécessitent des réponses globales. Insistant par la même occasion sur l’accès équitable aux soins, il a proposé des solutions alternatives, comme la distribution mobile de médicaments, et a rappelé que le droit à la santé et la couverture sociale doivent être garantis à tous les citoyens.
Par la suite, le Chef de l’État s’est rendu au siège de la Pharmacie centrale à El Menzah, où il s’est entretenu avec plusieurs responsables et a été à l’écoute des doléances des citoyens. Il a donné ses instructions en vue de constituer un stock stratégique de médicaments, en particulier les plus vitaux, afin d’éviter les pénuries enregistrées récemment, notamment pour les traitements du diabète, de l’hypertension artérielle et des troubles de la thyroïde, ainsi que pour certains médicaments spécifiques et essentiels.
Renforcer la gouvernance et restaurer la confiance
Il va sans dire que la réussite de ce secteur vital reste étroitement conditionnée par la capacité à s’attaquer aux causes structurelles des dysfonctionnements. Cela passe, en premier lieu, par un renforcement de la gouvernance du secteur, une gestion plus efficiente des ressources et une rationalisation des circuits d’approvisionnement en médicaments. D’autant que le secteur de la santé a, ces dernières années, figuré parmi les plus exposés aux risques de corruption et de mauvaise gestion.
D’ailleurs, cette vulnérabilité s’est traduite dans un passé très proche par des dérives graves, dénoncées dès février 2023 par le Président de la République, Kaïs Saïed, notamment à propos de médicaments périmés et de pratiques de lobbies nuisibles à la santé publique. Dans cette dynamique, des actions judiciaires ont été engagées. le ministre de la Santé, Moustapha Ferjani, a saisi la justice en 2024 concernant des dysfonctionnements majeurs dans un hôpital régional, tandis que des responsables de la Pharmacie centrale ont été incarcérés pour des faits de corruption, illustrant un durcissement du contrôle dans le secteur.
En toile de fond, c’est bien la confiance des citoyens envers le service public qui est en jeu, dans un contexte où les attentes sont grandes et où chaque amélioration, même modeste, peut faire une réelle différence dans le quotidien des usagers.



