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Culture

« Mémoire en poudre» au Musée archéologique de Sousse : Regarder autrement les collections du musée

  • 1 avril 18:00
  • 4 min de lecture
« Mémoire en poudre» au Musée archéologique de Sousse : Regarder autrement les collections du musée

L’implication des étudiants en arts plastiques a transformé l’intervention en une expérience partagée, où le geste de dispersion de la matière devient un acte de réflexion sur le temps, la transformation et la transmission.

La Presse —Le Musée archéologique de Sousse a abrité, le 24 mars 2026, une intervention artistique collaborative, intitulée « Mémoire en poudre », portée par les artistes Sofia Guerfal (enseignante à l’Institut supérieur des beaux-arts de Sousse et doctorante en esthétique et pratiques des arts) et Helmi Bouteraa (docteur en esthétique et pratiques des arts, spécialité théorie de l’art), avec la participation des étudiants de l’Institut supérieur des beaux-arts de Sousse.

Dans ce cadre exceptionnel du musée, cette intervention-installation s’est déployée comme une méditation plastique sur la vulnérabilité de la forme sculptée. C’est moins la monumentalité attendue qui s’est imposée que la fragilité elle‑même, déjouant les habitudes perceptives du visiteur.

Ce projet in situ, que le public a pu découvrir jusqu’au 29 mars, interrogeait ce que signifie « être statue » à l’heure où la mémoire du monde vacille. Réduit ici à l’état de poudre, le marbre, ciment des civilisations et symbole de permanence, se fait fracture ouverte, rappelant que toute forme, même la plus rigide, porte en elle la possibilité de se défaire. On pense alors au geste radical de déconstruire la pierre pour révéler ce qu’elle porte de secret, enfoui en elle, mais aussi ce qu’elle laisse inexorablement disparaître.

L’installation s’est déployée en deux temps complémentaires. D’un côté, des silhouettes esquissées au sol à l’aide de poudre de marbre évoquaient des œuvres disparues, détruites ou fragmentées, comme autant de fantômes qui laissaient le visiteur suspendu entre un manque et une présence implicite. De l’autre, cette même poudre, déposée au pied de sculptures conservées, installait un dialogue délicat entre présence et disparition. Ce contraste a créé une tension sensible où la stabilité apparente de la pierre s’est trouvée constamment remise en question.

Il ne s’agissait pas là simplement d’un geste conceptuel, mais d’une poétique lente du devenir et de l’effacement. La poudre devient trace, matière et métaphore d’une mémoire en constante transformation. « Mémoire en poudre » ne s’est pas contenté d’interroger le patrimoine, mais a tenté de nous confronter à la condition même de l’existence sculpturale, à ce que signifie garder trace.

Cette intervention collective aspirait, aussi, à recomposer les liens entre transmission et création. L’implication des étudiants a transformé l’œuvre en expérience partagée, où l’acte de disperser la matière se fait acte de pensée sur le temps, l’histoire et la transmission. Ici, l’art n’est pas seulement ce qui se voit, mais ce qui s’éprouve dans le geste, dans l’intervalle fragile entre ce qui demeure et ce qui s’évanouit.

Ainsi, au-delà de sa portée conceptuelle, le projet s’est inscrit dans une dynamique pédagogique et collective (que l’on aimerait voir se développer dans nos institutions !), tout en encourageant le dialogue entre les différentes structures académiques et culturelles. En donnant à voir les collections du musée comme des matières vivantes traversées par l’histoire, « Mémoire en poudre » a pu ouvrir une fenêtre critique sur nos manières d’habiter le passé tout en imaginant l’avenir des formes et du temps.

Auteur

Meysem MARROUKI

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