Pour réduire le déficit commercial et protéger ses réserves en devises, la Tunisie renforce le contrôle du financement des importations. La Banque Centrale de Tunisie (BCT) annonce que les banques n’assureront plus le financement des produits non essentiels, obligeant les importateurs à mobiliser leurs propres ressources. Certaines exceptions concernent les produits de première nécessité et les matières premières industrielles.
Dans un contexte de pression croissante sur la balance commerciale et les réserves en devises, la Banque Centrale de Tunisie (BCT) a annoncé un durcissement des règles de financement des importations de produits jugés non essentiels. La mesure, confirmée par la directrice générale des opérations de change à la BCT, Raoudha Boukadida, vise à encourager l’autofinancement des importateurs pour certaines marchandises et à rediriger les crédits bancaires vers l’investissement et la production locale.
Cette décision s’inscrit dans un objectif stratégique : réduire le déficit commercial tunisien, qui a atteint près de 21 milliards de dinars en 2025, tout en limitant la pression sur la monnaie nationale. Selon Boukadida, ce dispositif n’est pas inédit ; il avait déjà été appliqué en 2017 et 2018, entraînant une diminution significative du rythme d’importation des produits concernés, de 20 % à 6 %.
“La mesure ne bloque pas l’importation, mais modifie la manière dont elle est financée”, a précisé la responsable dans une déclaration accordée à Express FM. Concrètement, les banques ne financeront plus les importations de certaines marchandises considérées comme non prioritaires. Les importateurs devront désormais mobiliser leurs propres fonds pour régler l’intégralité de la valeur des importations avant leur acheminement vers le marché tunisien.
Selon la BCT, cette initiative devrait permettre de réorienter le financement bancaire vers les secteurs productifs et l’investissement, plutôt que vers la consommation, tout en contribuant à réduire la demande de devises étrangères et à soutenir la production nationale. Toutefois, Raoudha Boukadida souligne que le maintien de cette mesure dépendra de l’évolution des indicateurs économiques et qu’elle pourra être ajustée si nécessaire.
Les effets attendus et les craintes
La directrice générale a indiqué que la mesure vise également à renforcer la production locale en limitant la concurrence étrangère, à améliorer progressivement la balance commerciale et à encourager le financement des secteurs générateurs de valeur ajoutée. Cependant, certaines inquiétudes demeurent : les petites et moyennes entreprises, dépendantes du crédit bancaire, pourraient ressentir une pression accrue, tandis que la réduction de l’offre pourrait entraîner une hausse des prix. Par ailleurs, un marché parallèle pourrait se développer si le contrôle douanier et bancaire s’avérait insuffisant.
Pour anticiper ces effets négatifs, la BCT compte renforcer la surveillance douanière et fiscale afin d’accompagner cette mesure et d’en limiter les impacts sur l’économie et les consommateurs.
Raoudha Boukadida a précisé que certains produits sont exclus de cette mesure. Il s’agit notamment des biens essentiels tels que les médicaments, le blé, et les matières premières destinées à la production industrielle. Ces exceptions visent à éviter toute perturbation du cycle économique national et à protéger les secteurs vitaux.
La nouvelle circulaire publiée par la BCT la semaine dernière précise que toutes les formes de financement bancaire, y compris les prêts, avances, crédits documentaires et garanties bancaires, sont concernées par l’interdiction de financer les importations non prioritaires. Les importateurs doivent désormais déposer l’intégralité du montant de la transaction sur leurs propres fonds, que ce soit par virement bancaire, crédit documentaire ou tout autre mode de paiement, garanti ou non.
Avant toute opération d’importation, l’intermédiaire financier agréé doit vérifier la conformité de l’opération avec la réglementation en vigueur, notamment l’exactitude des codes produits selon la classification officielle des importations.
Cas particuliers
Certaines opérations restent toutefois exclues de ces restrictions : les importations réalisées dans le cadre de marchés publics pour l’État, les entreprises publiques ou les municipalités, ainsi que les importations engagées avant l’entrée en vigueur de la circulaire. De même, les entreprises industrielles peuvent bénéficier d’une exception si elles présentent une fiche technique attestant que le produit importé est directement lié à leur activité, délivrée par le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie. Le régime de perfectionnement actif constitue également une exception, sous réserve d’une autorisation des services douaniers.
La BCT rappelle que ce type de mesure n’est pas propre à la Tunisie. Plusieurs pays adoptent des restrictions similaires pour protéger leur économie en période de crise mondiale, via la hausse des droits de douane ou l’imposition de limitations sur certaines importations. Selon Boukadida, il s’agit d’un mécanisme visant à mieux gérer les réserves en devises, à soutenir la production locale et à encourager la rationalisation des importations dans le cadre d’un contexte économique mondial incertain.
“Cette décision traduit la volonté des autorités monétaires de préserver la stabilité économique tout en orientant les financements bancaires vers la production et l’investissement, malgré les défis et risques potentiels pour certaines entreprises et consommateurs”, a-t-elle conclu.



