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Le Mouvement national de lecture invite Youssef Seddik : Le jour où il était reporter de guerre

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  • 2 avril 18:30
  • 6 min de lecture
Le Mouvement national de lecture invite Youssef Seddik : Le jour où il était reporter  de guerre

Il a publié en 2024  chez Med Ali éditions son dernier ouvrage «Liban-Palestine An 82», un livre qui reprend les souvenirs de cette mission, alors que le Liban se préparait au pire.

Truffé de passages poignants, où il raconte les bombardements, décrit les refuges souterrains et les contrôles oppressants aux frontières, «Liban–Palestine an 82» regorge également d’anecdotes des scènes les plus tendues que l’auteur, avec ses talents de conteur, sait tourner en ironie.

La Presse —Après une série d’événements littéraires dans les régions, le Mouvement national de lecture, fondé par des acteurs influents de la scène culturelle tunisienne, est de retour sur Tunis.

Une rencontre avec Youssef Seddik, modérée par Myriam Belkadhi, a été organisée le 28 mars à Tunis. Un public nombreux a été présent à ce rendez-vous inédit.

Philosophe, anthropologue, islamologue, traducteur, Youssef Seddik est un intellectuel à multiples facettes, ce qui lui a valu une forte reconnaissance au-delà des frontières.

C’est un nouvel aspect qu’on lui a découvert lors de cette rencontre, celui  du journaliste et reporter de guerre. Il a, en effet, publié en 2024 chez Med Ali éditions son dernier ouvrage «Liban-Palestine An 82».

Ce livre reprend les souvenirs de ses missions, alors que le Liban se préparait au pire. Il est truffé de passages poignants, comme il a connu les bombardements, les refuges souterrains, les contrôles oppressants aux frontières.

Mais regorge également d’anecdotes, comme il sait tourner en ironie des scènes les plus tendues.

«Le talon d’Achille du correspondant de guerre est son rapport à la mort qui nous guette partout», nous a raconté Youssef Seddik. Or, lui, il aborde le risque avec la sérénité de stoïcien qui garde son calme même dans des situations difficiles, comme il l’a expliqué.

«Je pensais plus au texte à écrire qu’au risque», poursuit-il. Il a également été au Tchad, au Soudan, en Egypte lors de la crise du Canal de Suez et en Algérie.

Ce métier l’a enfermé dans une «solitude étranglante» à l’époque où il se rendait constamment aux zones chaudes, encouragé par sa femme qui est elle aussi journaliste.

Il a appris à gérer les situations de détresse et de terreur avec une présence d’esprit ingénieuse. La phrase «Je suis Phénicien comme vous m’a ouvert bien des portes au Liban», nous a-t-il raconté avec humour.

Il garde tout de même le souvenir de la beauté naturelle de ces zones de guerre, de l’hospitalité de leurs peuples, de l’acceptation de l’autre avec ses différences et des valeurs humaines qui prennent  le dessus sur les calculs politiques et rassemblent les individus au bord du péril.

Il est également revenu sur ses rencontres avec de grandes personnalités politiques à l’échelle mondiale : une interview ratée avec Sadate, un entretien avec Bourguiba qui a causé un incident diplomatique, le jour où il a refusé de saluer Sharon…

Ce rendez-vous autour du livre «Liban-Palestine An 82» fait écho avec la situation atroce actuelle marquée par les guerres qui sévissent dans de nombreux pays.

Youssef Seddik a évoqué avec émotion les journalistes assassinés, «ces martyrs laïques» qui ne demandent pas la célébrité et sacrifient leur vie pour l’information.

Il a précisé qu’il était toujours courant de tuer les journalistes qui voient les choses de l’intérieur, parce qu’ils dérangent ou qu’ils dépassent le seuil de la prudence.

Être reporter de guerre est, selon lui, l’équivalent d’un combattant, avec un risque constant à prendre et un prix à payer.

«À 83 ans, j’aurais voulu aller à Gaza», a souligné Youssef Seddik avec beaucoup d’émotions.

Actuellement, la presse écrite est-elle toujours une batterie lourde en temps de guerre ? Pour lui, les procédures sont de plus en plus compliquées de nos jours et les conditions bien plus difficiles.

Il aurait aimé interviewer Poutine «le seul qui tient le monde en équilibre», mais aussi Netanyahou. «J’aurais souhaité l’affronter en journaliste, l’embarrasser et le confronter à ses contradictions», a expliqué Youssef Seddik.

Myriam Belkadhi lui a posé une question qui est en fait le titre d’un article qu’il a écrit en 1982. La première vraie guerre arabo-israélienne serait-elle la dernière ?

«J’avais tort. Ce n’est que la disparition d’Israël qui nous épargnerait ces bains de sang. On ne sait pas qui est la prochaine victime», a-t-il répondu. «Israël ne peut pas exister sans tuer. C’est un oxymore».

Youssef Seddik pense, en effet, qu’il n’y a aucune marge pour la normalisation et la coexistence. Peut-on parler de troisième guerre mondiale ?

Pour lui, la Deuxième Guerre mondiale est inachevée, reportée. «C’était la Seconde guerre avec autant de bombes. La troisième guerre mondiale n’aura pas lieu».

La raison est, qu’aujourd’hui, les notions ont changé vers la provocation de guerres civiles, la diffusion de drogues et d’autres fléaux.

C’est ainsi qu’on contrôle le pays et ses ressources sans intervention militaire directe. Les guerres civiles sont, selon lui, artificielles, dénuées de sens sociologique et provoquées pour manipuler des régions et liquider des armes.    

Nouri Abid, l’éditeur de Youssef Seddik, a intervenu pour revenir sur la genèse du livre «Liban-Palestine An 82».

Cet ouvrage est basé sur les articles de journaux que l’auteur a écrits il y a des décennies et qu’ils ont collectés dans les archives nationales. Il a été fini en seulement deux mois, en hommage aux journalistes victimes de guerres au Moyen-Orient.

D’ailleurs, la quatrième de couverture porte sa photo avec Yasser Arafat et un poème de Mahmoud Derwich «Assiège ton siège» (Hasser hissaraka).

Traduits par l’écrivain lui-même, ses vers sont clôturés avec la phrase «Te voilà libre ainsi», présentant ainsi l’intégrale du livre comme une ode à la résilience.

À travers ses souvenirs de guerre, Youssef Seddik a ainsi transformé ses expériences d’ex-reporter en un livre marquant.

En puisant dans la violence du réel, entre passé vécu et réflexion sur le présent et le futur, la mémoire devient à la fois témoignage et source d’inspiration.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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