gradient blue
gradient blue
A la une Autres Société

Mohamed Ali Ben Zina : « Le bénévolat incarne les valeurs que l’individualisme érode »

  • 2 avril 21:53
  • 4 min de lecture
Mohamed Ali Ben Zina : « Le bénévolat incarne les valeurs que l’individualisme érode »

Face à la montée de l’individualisme et à l’affaiblissement des liens sociaux, Mohamed Ali Ben Zina, enseignant-chercheur en sociologie à l’Université de Tunis, analyse le rôle structurant du bénévolat.

Dans cet entretien accordé à la Radio nationale tunisienne le 2 avril 2026, il en examine les fonctions éducatives, les mécanismes de transmission intergénérationnelle et la capacité à suppléer aux insuffisances de l’État en période de crise.

Mohamed Ali Ben Zina estime que l’État est structurellement dans l’incapacité d’être présent partout et en toutes circonstances. Cette limite devient particulièrement visible lors de pandémies ou de catastrophes naturelles.

C’est alors que les individus, portés par la socialisation qui a cultivé en eux les valeurs de solidarité, sont appelés à prendre le relais. Il cite en exemple le rôle des Scouts tunisiens durant la pandémie de Covid-19 : ces derniers ont assuré un rôle organisationnel déterminant dans les campagnes de vaccination, intervenant là où les dispositifs officiels ne pouvaient suffire.

Pour le sociologue, le bénévolat est avant tout un acte civique de terrain, et chaque membre de la société devrait être naturellement mobilisé pour tout ce qui contribue à l’intérêt général et à l’amélioration des conditions de vie collective.

Une double fonction éducative, pour le bénévole comme pour le bénéficiaire

Le professeur universitaire identifie une pluralité de rôles, au-delà de la seule assistance d’urgence. Il met en avant une fonction éducative qui concerne à la fois les bénévoles et les bénéficiaires.

Pour le bénévole, l’engagement constitue une école de vie : il apprend à partir des situations rencontrées, contribue à leur résolution, construit sa personnalité et renforce son estime de soi.

Pour les bénéficiaires, notamment les personnes âgées exposées à l’isolement, le bénévolat permet de renouer des liens sociaux et de retrouver une place dans la vie collective. Le chercheur rappelle par ailleurs que le bénévolat est transversal et peut couvrir pratiquement tous les domaines de la société.

Ben Zina indique que la transmission des valeurs bénévoles entre générations constitue le mécanisme naturel de leur pérennisation. Lorsque le bénévolat s’exerce entre générations, par exemple lorsque des jeunes s’engagent auprès de personnes âgées ou d’enfants, il devient un vecteur d’ancrage culturel.

Il repose sur un principe fondamental : la coopération va de celui qui dispose de capacités et de savoirs vers celui qui en a besoin. Le sociologue souligne cependant que cette transmission ne va pas de soi.

Les pressions économiques, les exigences scolaires et les impératifs d’insertion professionnelle poussent les individus à se concentrer sur leur réussite personnelle, au détriment du collectif.

La transmission s’opère donc par la socialisation, au sein de la famille, de l’école et des espaces associatifs, et le rôle des organisations comme le Croissant-Rouge tunisien ou les Scouts tunisiens est, à ce titre, déterminant.

Mohamed Ali Ben Zina cite la JICA, l’agence japonaise de coopération internationale, qu’il présente comme un modèle d’institutionnalisation du bénévolat à l’échelle mondiale.

Cette structure permet aux jeunes Japonais de mettre leurs compétences techniques et scientifiques au service de pays en développement.

Pour le chercheur, cet exemple illustre la façon dont les principes de solidarité peuvent non seulement dépasser les frontières nationales, mais devenir une stratégie à part entière, pour un État comme sur le plan international.

Un phénomène social sous-estimé, aux ressorts profondément collectifs

Mohamed Ali Ben Zina observe que le bénévolat est peu abordé dans les médias audiovisuels, alors qu’il est directement lié aux rôles que l’individu peut jouer au sein de la société.

Il rappelle que tout groupe humain est composé d’individus liés par des relations sociales, mais que ces liens s’affaiblissent à l’échelle mondiale sous l’effet de la montée des valeurs individualistes.

L’isolement social est devenu, selon lui, un phénomène de plus en plus répandu. Le bénévolat incarne précisément les valeurs susceptibles de contrebalancer cette tendance et de maintenir la cohésion collective.

Il note que ces valeurs de solidarité demeurent présentes à un niveau relativement élevé dans la société tunisienne, ce qui constitue un atout à préserver et à entretenir activement.

 

Auteur

S. M.

You cannot copy content of this page