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Pourquoi les entreprises tunisiennes sont-elles absentes des projets de concessions ?

  • 2 avril 19:02
  • 4 min de lecture
Pourquoi les entreprises tunisiennes sont-elles absentes des projets de concessions ?

Pour faire face à un déficit énergétique préoccupant qui pèse lourdement sur le budget de l’État, la Tunisie a lancé une feuille de route ambitieuse pour la période 2026-2030. Objectif : transformer le secteur de l’énergie d’un fardeau financier en moteur de croissance économique durable.

En 2025, le déficit énergétique tunisien a atteint 6,3 millions de tonnes équivalent pétrole, soit environ 65 % des besoins nationaux, soulignant la nécessité d’adopter des solutions stratégiques urgentes et à long terme.

La stratégie tunisienne repose sur deux axes principaux : accélérer les projets d’énergies renouvelables et renforcer les programmes d’efficacité énergétique, en s’appuyant sur les capacités nationales, pour réduire la dépendance aux importations énergétiques.

Parmi les principaux mécanismes retenus figure le système des “concessions”, aux côtés des licences et de la production autonome d’énergie.

Qu’est-ce que la “concession” ?

La concession est un contrat par lequel l’État (concédant) accorde à un investisseur public ou privé (titulaire) le droit, pour une période déterminée, de gérer un service public ou d’exploiter des infrastructures publiques, en contrepartie d’un montant payé par les bénéficiaires selon les termes du contrat.

Le titulaire peut être chargé de construire, modifier ou étendre des installations, ou d’acquérir les biens nécessaires à l’exécution du contrat. Dans le secteur énergétique, le système des concessions permet à l’État de confier à un investisseur privé la construction et l’exploitation de centrales d’énergie renouvelable, telles que l’éolien ou le solaire, pour une période déterminée.

L’électricité produite est vendue exclusivement au réseau national, contribuant à renforcer l’indépendance énergétique et à réduire les émissions de carbone.

Une alternative rentable pour l’État

Le député Mohamed Ali Fenira, rapporteur de la Commission de l’industrie et de l’énergie, a souligné, lors de son passage ce jeudi 2 avril 2026 sur Mosaïque Fm, que la dépendance au gaz importé d’Algérie reste trop élevée, et que la Tunisie doit éviter toute dépendance à un fournisseur unique, même un pays frère.

Selon lui, le système des concessions représente une alternative rentable : produire de l’électricité à partir du gaz importé coûte environ 450 millimes le kilowatt-heure, alors que le recours aux concessions permet de réduire ce coût à 120-150 millimes par kilowatt-heure, même en incluant le raccordement au réseau.

Ce modèle permet également de réduire les importations de gaz, générant une économie estimée à 2,2 % des importations nationales par rapport à 2024.

Fenira note toutefois que si trois entreprises étrangères sont déjà en tête pour obtenir des concessions, les entreprises tunisiennes restent peu présentes, en raison de taux d’intérêt élevés (7 à 8 %), rendant le recours aux investisseurs étrangers souvent inévitable.

Perspectives et impact local

Pour sa part, le spécialiste des énergies renouvelables Omar Ben Hussein Bey rappelle que la Tunisie a lancé son Plan Solaire Tunisien (PST) dès 2000, visant à réduire les émissions, limiter la dépendance au gaz, et attirer de nouveaux investissements dans les énergies propres.

Le système des concessions, accessible aux investisseurs tunisiens et étrangers, repose sur des appels d’offres transparents, complétés par les licences.

Plusieurs projets ont été approuvés, pour des capacités de 1 à 10 MW, mais leur mise en œuvre a été freinée par un manque de garanties initiales, permettant à certains investisseurs de revendre leurs concessions à des tiers, introduisant un rôle d’intermédiaire.

Omar Ben Hussein Bey souligne que le système ne porte pas atteinte à la souveraineté nationale : les investissements restent sur le territoire tunisien et sont soumis au droit national.

Plus de 50 % du budget des projets est consacré à la couverture de factures locales, générant des revenus directs pour les entreprises tunisiennes.

Un projet en cours, d’une capacité de 100 MW sur près de 200 hectares, devrait créer un nombre significatif d’emplois locaux, renforçant l’impact économique positif pour les populations environnantes.

Mohamed Ali Fenira insiste : les concessions restent sur le sol tunisien, et continuent à produire pour l’État même en cas de départ de l’investisseur.

Auteur

R. I

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