Grands chantiers : Relance stratégique des entreprises publiques
Au cœur de la vision économique du Président de la République, Kaïs Saïed, une ambition prend de plus en plus forme et tend à se concrétiser. Il s’agit de donner un nouveau souffle aux entreprises publiques et raviver leur éclat d’antan dans le paysage national.
Cimenteries, sidérurgie, industrie sucrière ou encore du papier, ces piliers qui faisaient autrefois la fierté de l’industrie tunisienne semblent aujourd’hui à l’aube d’une renaissance, portés par une même aspiration, celle d’un pays qui compte sur lui-même.
La Presse —Cette volonté de renouveau prend tout son sens au regard de la réalité du terrain. En effet, lors de visites inopinées dans plusieurs unités industrielles, ces dernières années, le Président de la République a découvert des sites en déclin avancé, avec des équipements obsolètes, des structures fragilisées et des installations qui ressemblent parfois plus à des tas de ferraille abandonnés qu’à de véritables moyens de production. Cette réalité contraste fortement avec le passé de ces entreprises, qui faisaient autrefois la fierté et la force de l’économie tunisienne.
Pour le Chef de l’État, cette situation n’est autre que le résultat d’années de mauvaise gestion, mais aussi de choix politiques ayant fragilisé progressivement ces entreprises. Il faut dire que certaines stratégies auraient visé à les affaiblir pour les brader et faciliter leur cession à bas prix, dans un contexte où la corruption et les dérives administratives ont souvent accompagné leur déclin.
C’est dans ce contexte qu’il a appelé, depuis 2024, à «l’élaboration de programmes de sauvetage» dédiés à plusieurs entreprises publiques, dont «El Fouladh» et la Société nationale de cellulose et de papier Alfa. Une orientation qui marque une volonté de rupture avec les politiques de privatisation menées durant des décennies.
Cette impulsion initiale trouve aujourd’hui un prolongement concret au sein des instances gouvernementales, qui ont commencé à définir les contours précis des programmes de redressement. En point de mire, la transformation de la vision stratégique du Président en actions opérationnelles, en préparant les plans d’investissement nécessaires pour relancer leur production, moderniser leurs infrastructures et renforcer leur rôle dans l’économie nationale.
«El Fouladh» : répondre aux besoins locaux en acier et réduire les importations
C’est ainsi que lors d’un Conseil ministériel restreint(CMR) présidé le 17 mars par la Cheffe du gouvernement, Sara Zaâfrani Zenzri, il a été décidé d’engager la restructuration de la société «El Fouladh» et de mettre en œuvre son programme d’investissement pour en faire le cœur d’un pôle industriel dédié aux mines et aux activités connexes.
Le plan prévoit de porter la production de billettes d’acier à 600.000 tonnes et de créer 6.600 emplois, tout en recentrant l’activité de l’entreprise sur la fabrication de billettes et la production de poteaux électriques et fils tréfilés. L’initiative vise à répondre aux besoins locaux en acier, réduire les importations évaluées à plus de 300 millions de dollars par an et valoriser la ferraille nationale.
Un programme national de fabrication de billettes d’acier accompagnera cette restructuration, en modernisant les unités de production et en renforçant la compétitivité du secteur sidérurgique tunisien.
Fondée en 1962, et entrée en production en 1965, «El Fouladh» a longtemps été un pilier de l’industrie nationale, fournissant rails, poteaux électriques et composants industriels, avant de connaître un déclin lié notamment à une mauvaise gestion et à des politiques de privatisation successives.
Les Ciments de Bizerte: un programme de restructuration en trois phases
Lors de ce CMR, la Cheffe du gouvernement a aussi souligné le rôle stratégique de la société «Les Ciments de Bizerte» entreprise nationale historique, dans le secteur tunisien du ciment. Elle a insisté sur l’urgence de soutenir l’entreprise, relancer sa production et la sortir de ses difficultés pour assurer sa continuité et renforcer sa compétitivité sur les marchés national et international. Le secteur du ciment, qui compte neuf entreprises et une capacité de production totale d’environ 12 millions de tonnes, emploie plus de 4.000 personnes et contribue significativement à l’exportation et à la création de devises pour le pays.
Un exposé détaillé présenté lors du Conseil a fait le point de la situation de la société «Les Ciments de Bizerte», ainsi que sur le programme de restructuration en trois phases. La première vise la reprise de la production et le contrôle des coûts, la deuxième, l’augmentation de la capacité via la modernisation des équipements, et la troisième, le développement global de l’entreprise, incluant l’efficacité énergétique, le respect de l’environnement et le renforcement de la compétitivité. Les atouts logistiques de l’entreprise, tels que son quai portuaire méditerranéen, son accès ferroviaire, la proximité des matières premières et la notoriété de sa marque, ont également été mis en avant.
A ce titre, le Conseil a recommandé de lancer rapidement les réformes structurelles et le programme d’investissement, en veillant à maintenir l’approvisionnement en clinker, à contrôler les coûts et à préserver la rentabilité. Le développement du transport ferroviaire et de la commercialisation dans le nord-ouest et à Tunis a été encouragé, tandis que les activités portuaires seront exploitées pour renforcer les exportations et diversifier les produits vers de nouveaux marchés. Un soutien financier a été jugé nécessaire pour permettre à la société de financer son cycle d’exploitation, ses investissements prioritaires et retrouver sa place sur le marché local.
S’inscrivant dans cette approche globale de redressement et de valorisation des entreprises publiques stratégiques, l’investissement et la restructuration des deux sociétés «El Fouladh» et «Les Ciments de Bizerte» traduisent un choix stratégique visant à renforcer la souveraineté industrielle, promouvoir les exportations et assurer la pérennité de ces entreprises comme moteurs de l’économie tunisienne.
Modernisation et redressement de l’industrie sucrière
Ces efforts ne se limitent pas aux industries lourdes. En effet, la Société tunisienne du sucre (STS), visitée par le Président Kaïs Saïed en décembre 2023, illustre, à son échelle, les défis structurels auxquels font face les entreprises publiques. Au lendemain de cette visite, une réunion tenue au Palais de Carthage a été consacrée à l’examen de sa situation. Le Chef de l’État y a appelé à des mesures urgentes pour sauver l’entreprise, plaidant pour une restructuration globale et une meilleure coordination entre les différents intervenants.
En présence de la ministre du Commerce et du PDG de la STS, il a également pointé les dérives passées, notamment la cession de biens publics dans les années 1990, qu’il a attribuée à des intérêts particuliers. Réaffirmant l’engagement de l’État à préserver et réformer les entreprises publiques, il a insisté sur la nécessité de mobiliser l’ensemble des efforts dans une même direction afin d’assurer leur redressement
Chose promise, chose due. Après plusieurs mois d’interruption, l’usine de Béja a repris en février 2026 ses activités grâce à une injection de 16 millions de dinars destinés à la maintenance, à l’acquisition d’équipements et au fonds de roulement. Unique raffinerie publique du pays, elle assurait auparavant près de 40 % de l’approvisionnement national.
Un plan d’investissement de 56 millions de dinars sur trois ans a été mis en place. Il vise à porter la production de cette société à 1.000 tonnes par jour d’ici à 2027, réduire les coûts et intégrer des normes environnementales.
Au-delà de ces mesures concrètes, c’est une véritable orientation stratégique qui se dessine et se précise. Il s’agit de reconstruire un tissu industriel bien solide, capable de répondre aux besoins du pays, créer de la valeur et restaurer une souveraineté économique mise à l’épreuve ces dernières décennies.



