gradient blue
gradient blue
Monde

Blocage du détroit d’Ormuz : Des risques économiques importants et plusieurs secteurs impactés

  • 4 avril 19:40
  • 7 min de lecture
Blocage du détroit d’Ormuz : Des risques économiques importants et plusieurs secteurs impactés

Sur le plan juridique, l’affaire est loin d’être simple même si la crise est close. L’impact ressenti va avoir des conséquences sur le moyen terme, notamment sur les secteurs stratégiques. Le pétrole, le gaz et les engrais chimiques sont au premier plan des secteurs impactés mais l’agriculture et d’autres domaines seront concernés aussi. D’après les prévisions de la Cnuced, les pays en voie de développement seront les plus touchés par les augmentations des prix des hydrocarbures.

La Presse —La guerre actuelle au Moyen-Orient a entraîné dans le détroit d’Ormuz, entre autres, le blocage de la navigation de tout genre de navires dont ceux commerciaux. Une situation qui a impacté plusieurs secteurs stratégiques notamment ceux économiques, et ce, dans le monde entier.

Des marchés mondiaux tels que celui des hydrocarbures, pétrole et gaz, ou des produits dérivés utilisés notamment dans des secteurs comme les engrais chimiques, ont été perturbés. Les prix du pétrole ont notamment augmenté, dépassant même les 115 et 118 dollars américains impactant toutes les prévisions et les budgets.

Les fluctuations du pétrole et du gaz demeureront tant que cette crise n’est pas résolue. Et au-delà des impacts ressentis actuellement, cette crise aura des conséquence sur le prix de certains produits dont les engrais chimiques, outre le pétrole et le gaz, et ce sur le moyen terme puisque plusieurs chaînes de production ont été touchées et les stocks en matières premières ont été bouleversés et des pénuries sont même constatées.

D’après le spécialiste des affaires de la navigation maritime internationale, Faycel Lassoued, la fermeture de la navigation maritime à travers le détroit d’Ormuz par l’Iran a touché en premier lieu les hydrocarbures, le pétrole brut, et raffiné et des produits chimiques et dérivés, ainsi que le trafic des conteneurs. En effet, les chiffres des Nations unies pour l’année 2024 parlent du transit de 14,3 millions de barils de pétrole brut par jour via le détroit, dont 84% destinés à la zone Asie, en plus de quantités importantes de gaz naturel liquéfié, estimées à plus de 20% des exportations mondiales.

Selon Lassoued, qui intervenait hier lors d’une journée d’étude sur les risques touchant la navigation maritime internationale au détroit d’Ormuz et leurs impacts, organisée par la faculté des Sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, cette fermeture a touché aussi les engrais chimique dont le tiers de la production mondiale est accaparée par la région.

«Plusieurs activités seront touchées par ce blocus dont l’agriculture. Aussi, il n’y a pas mal d’autres gaz qui sont utilisés dans l’industrie et ce blocage va perturber l’activité industrielle à travers le monde», a-t-il expliqué. De même, il a évoqué la hausse des prix des hydrocarbures et du fuel pour le transport maritime, mais aussi des assurances dont les primes sont revues à la hausse à cause des risques existants en matière de sécurité de la navigation. D’après lui, et selon les prévisions de la Cnuced, les pays en voie de développement seront ceux qui vont être touchés le plus par les augmentations des prix des hydrocarbures.

Bab El Manden, deuxième point dans la crise

L’OMI s’est activée durant toute cette période pour trouver des solutions techniques aux questions maritimes internationales, notamment la navigation maritime via le détroit d’Ormuz, et ce, en dépit des réactions iraniennes à l’égard des recommandations du Conseil de sécurité des Nations unies, a affirmé Lassoued. D’après ce dernier, la navigation maritime a été aussi perturbée à Bab El Mandeb, qui est une zone critique pour le pétrole saoudien. 

En effet, «une hausse de l’insécurité dans d’autres détroits, à commencer par Bab El Mandeb, est l’une de nos options», avait indiqué une source militaire iranienne à l’agence de presse iranienne Tasnim, le 21 mars dernier. Le conseil de sécurité des Nations unies avait le 11 mars dernier condamné les actions entreprises par l’Iran dans le but de bloquer totalement ou partiellement le détroit d’Ormuz ainsi que celles qui menacent la sécurité maritime à Bab El Mandeb.

Le Conseil a appelé l’Iran à stopper toutes ses opérations militaires autres qui ont mené au blocage du détroit et à la cessation de la navigation libre dans cette région. Il a, de même, affirmé qu’il suivra de près la situation. 

Le 22 mars, en dépit de la communication sur l’autorisation donnée par l’Iran aux navires qui n’appartiennent pas aux Etats-Unis et à l’occupant sioniste et n’ayant pas d’intérêt commercial ou autres avec eux, les organisations suivant la situation ont rapporté le maintien du blocus iranien au détroit d’Ormuz.

De son côté, le professeur Montassar Ben Salem a évoqué les efforts du conseil de sécurité de l’ONU, dont la résolution 2817 de 2026 condamnant la fermeture du détroit. Il a aussi indiqué que 40 Etats ont, avant-hier via visioconférence, condamné la fermeture du détroit d’Ormuz, et ont exploré des solutions telles que les sanctions pour faire pression sur l’Iran. Une affaire qui est loin d’être finie sur le plan juridique, a-t-il souligné.

Situation humanitaire difficile des marins bloqués

Les incidents survenus et la situation de blocage dans la mer d’Arabie, la mer d’Oman et la région du Golfe, en particulier à l’intérieur et à proximité du détroit d’Ormuz, ont fait réagir les professionnels du secteur des transports maritimes, mais aussi plusieurs pays, organisations, ainsi que l’ONU et en particulier l’Organisation maritime internationale (OMI).

Les Nations unies ont lancé un groupe de travail sur la question du détroit d’Ormuz. Cette nouvelle équipe de travail a été récemment créée par le secrétaire général de l’ONU pour donner des solutions et mécanismes techniques spécifiques afin de répondre aux besoins humanitaires dans le détroit d’Ormuz. Cette équipe comprend, entre autres, des représentants de la Cnuced, de la Chambre de commerce internationale, ainsi que d’autres organismes dont l’OMI.

Les organisations suivant la situation, et dont l’OMI, rapportent que plus de 20 mille marins sont actuellement bloqués dans le golfe Persique, à bord de navires exposés à plusieurs risques et soumis à une pression mentale considérable. L’OMI, via son secrétaire général, Arsenio Dominguez, a estimé que cette situation est inacceptable et ne doit en aucun cas perdurer. Dominguez a exhorté toutes les parties prenantes et les acteurs concernés à «prendre des mesures nécessaires pour assurer la protection des marins, y compris leurs droits et leur bien-être, ainsi que la liberté de navigation, conformément au droit international».   

Les marins ne doivent pas être des cibles, a déclaré le secrétaire général de l’OMI après le décès de marins signalés au Moyen-Orient le 6 mars dernier. On y avait rapporté le décès de quatre marins et la blessure de trois autres.

Risque de famine

Les équipages des bateaux coincés dans le Golfe à cause notamment du blocus imposé au détroit d’Ormuz commencent à s’inquiéter et sont obligés de rationner l’eau et la nourriture à leur disposition. Et avec la pénurie de l’eau potable, on a commencé à faire bouillir de l’eau pour boire, comme l’a affirmé un marin indien à l’AFP.

La situation fait craindre quant à la santé des équipages à l’instar de ce qu’a exprimé un capitaine d’un navire bloqué au large du Qatar, près de la grande usine de gaz naturel liquéfié de Ras Laffan, et qui a été touchée jeudi par une attaque iranienne. «Si le port ferme complètement, alors il ne sera pas possible de débarquer l’équipage. C’est donc un sujet d’inquiétude», a déclaré le capitaine indien qui a requis l’anonymat.

Auteur

Nizar Hajbi

You cannot copy content of this page