Les ministres de l’Agriculture et du Commerce ont officialisé, à travers un arrêté conjoint publié le 3 avril 2026 au Journal Officiel, la révision du taux de trituration des céréales ainsi que des modalités d’extraction de la semoule et de la farine, donnant, ainsi, le coup d’envoi de la fabrication d’un nouveau pain subventionné plus riche en fibres.
Longtemps restée à l’état de projet, cette mesure avait été défendue à maintes reprises par le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et l’Office des Céréales. L’objectif était clair : introduire un pain subventionné plus nutritif, tout en optimisant l’utilisation des ressources céréalières. Malgré plusieurs validations successives, la réforme n’avait jusqu’ici jamais été appliquée.Cette proposition n’a, en effet, jamais dépassé le stade de projet et est restée dans les tiroirs sans être appliquée.
Avec la publication de cet arrêté, le cap est désormais franchi. Intervenant ce matin sur les ondes de la radio, l’expert agricole Aniss Ben Rayana, salue une décision « historique » et « courageuse », estimant qu’elle marque un tournant à la fois sanitaire et économique. Concrètement, cette nouvelle orientation permettra la mise sur le marché d’un pain subventionné plus riche en fibres, tout en maintenant le même prix pour le consommateur.
Au-delà d’une meilleure qualité nutritionnelle, l’usage de cette nouvelle farine dont le taux d’extraction est plus élevé que celui de l’ancienne farine devrait contribuer à la réduction du gaspillage du pain, un phénomène courant en Tunisie, tout en générant des gains pour l’État, en plus d’avoir un impact positif sur les revenus des moulins et des boulangers, grâce à une meilleure gestion des céréales.
Sur le plan technique, l’application de cet arrêté introduira une distinction plus nette entre la farine destinée aux boulangeries classées catégorie A et catégorie C qui fabriquent la baguette et le gros pain subventionnés — et celle de qualité supérieure réservée à la fabrication des pains spéciaux et des gâteaux.
“Nous allons désormais fabriquer et utiliser une farine qui répond aux mêmes normes et standards que les autres pays”, explique Aniss Ben Rayana. Jusqu’avant la publication de l’arrêté commun dans le Journal Officiel, la farine issue du blé tendre était écoulée à trois tarifs différents, auprès des catégories de boulangeries classées..
Ainsi, le sac de 100 kg de farine était cédé à 6,089 dinars aux boulangeries de catégorie A, spécialisées dans la fabrication du gros pain. De leur côté, les boulangeries de catégorie C, qui produisent la baguette subventionnée, s’approvisionnaient en farine extraite à un taux de 78 %, commercialisée à 22,668 dinars le sac de 100 kg. Enfin, la farine dite PS-7, caractérisée par un taux d’extraction de 71 % et considérée comme une farine spéciale de qualité supérieure, était destinée aux boulangeries-pâtisseries pour la confection de gâteaux et de pains spéciaux, à un prix nettement plus élevé de 65,500 dinars le sac de 100 kg.
La coexistence de ces trois tarifs a favorisé les pratiques illicites, notamment la multiplication de fraudes et d’arnaques de certains professionnels du secteur qui ont exploité les écarts tarifaires à leur profit, en détournant des fins frauduleuses, l’usage de la farine destinée initialement à la fabrication des pains subventionnées pour la fabrication de gâteaux et de pains spéciaux. Selon des experts de la Banque Mondiale, ces dérives observées au niveau de l’usage de la farine extraite du blé tendre pour la fabrication de pains subventionnés se sont traduites par des pertes de 70 millions de dollars, soit l’équivalent de 200 millions de dinars en 2023.
L’application du nouvel arrêté du ministère de l’agriculture et du commerce va permettre d’augmenter le taux d’extraction en produisant 85% de farine à partir du blé tendre au lieu de 78%, ce qui devra permettre la réalisation d’un gain de 7% tout en se répercutant positivement sur les importations de blé tendre qui devront diminuer sensiblement.
Cette différenciation de ces types de farine permettra surtout de faciliter et de renforcer les opérations de contrôle dans les différentes catégories de boulangeries grâce à la couleur plus sombre de la nouvelle farine, ce qui devrait décourager les boulangeries pâtisseries à l’utiliser pour la fabrication des gâteaux et des différents produits.



