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Recomposition mondiale : l’IACE appelle la Tunisie à une diplomatie de « multi-alignement »

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  • 4 avril 09:19
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Recomposition mondiale : l’IACE appelle la Tunisie à une diplomatie de « multi-alignement »

La Tunisie doit adapter sa diplomatie et son modèle de développement à la recomposition en cours de l’ordre mondial, marqué par le recul du multilatéralisme, la montée des rivalités entre grandes puissances et l’émergence d’un système multipolaire fragmenté, estime l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) dans un nouveau Policy Brief consacré à la situation internationale et à ses répercussions sur le pays.

Selon le document, intitulé « Lecture géopolitique et diplomatique de la situation internationale et de son impact sur la Tunisie », l’ordre international issu de l’après-Seconde Guerre mondiale se fissure progressivement sous l’effet de violations répétées du droit international, de l’affaiblissement des institutions multilatérales et du retour assumé des rapports de force. Le rapport souligne également l’intensification de la compétition stratégique entre les États-Unis et la Chine, ainsi que la multiplication des foyers de crise, de l’Ukraine à Gaza, en passant par le Sahel et la Méditerranée centrale.

Pour la Tunisie, cette nouvelle configuration accroît les vulnérabilités liées à la dépendance économique, à l’instabilité régionale et aux pressions migratoires, tout en ouvrant de nouvelles possibilités de diversification diplomatique. L’IACE estime que la position géographique du pays peut constituer un atout stratégique dans un environnement international en mutation.

Le Policy Brief recommande à Tunis d’adopter une diplomatie de « multi-alignement », afin de préserver sa marge de manœuvre entre partenaires concurrents, tout en renforçant son ancrage dans le Sud global. Il ne s’agit ni d’un alignement idéologique ni d’une neutralité passive, mais d’une coopération différenciée avec plusieurs acteurs (UE, États-Unis, Chine, Russie, pays du Golfe) selon les intérêts concrets du pays.

Cette approche vise à éviter les dépendances structurelles, notamment vis-à-vis de l’Europe qui reste le premier partenaire commercial. L’engagement dans le « Sud Global » (Afrique, BRICS+, Zone de libre-échange continentale africaine) est présenté comme un impératif stratégique, permettant de peser collectivement sur les réformes du système financier international, la transition énergétique ou la sécurité alimentaire.

Le document plaide également pour une orientation accrue du développement national vers les secteurs technologiques de pointe. L’IACE identifie deux axes prioritaires pour assurer la souveraineté économique et technologique du pays : la création d’une Agence spatiale tunisienne pour devenir un pôle majeur en Afrique dans l’observation de la Terre et les télécommunications, et l’adoption d’une stratégie nationale pour l’intelligence artificielle, utilisée comme vecteur de compétitivité et de souveraineté numérique. Ces investissements permettraient à la Tunisie de sortir des modèles économiques à faible valeur ajoutée, d’attirer davantage d’investissements et de se positionner comme un hub régional d’excellence.

L’analyse souligne par ailleurs que la Méditerranée est devenue un « nœud de crise », marquée par des interdépendances asymétriques, des flux migratoires intenses et des conflits par procuration, notamment en Libye. Pour la Tunisie, située à l’intersection de trois sphères d’influence que sont l’Europe, le monde arabe et l’Afrique, cette instabilité est structurante. L’IACE met en lumière la position paradoxale de la Tunisie : vulnérable économiquement et dépendante de ses partenaires européens et américains, elle conserve néanmoins une marge diplomatique réelle, fondée sur son positionnement géographique, sa crédibilité historique dans la gestion des crises libyennes et sa capacité à servir de plateforme de dialogue.

L’IACE conclut que la transition vers un monde plus instable et moins hiérarchisé impose à la Tunisie une lecture renouvelée de ses priorités diplomatiques, économiques et sécuritaires. En combinant agilité diplomatique, alliances intelligentes et investissements massifs dans l’économie du savoir, la Tunisie pourrait non seulement défendre ses intérêts nationaux, mais aussi s’imposer comme un acteur influent dans la configuration du nouvel ordre mondial en devenir.

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Auteur

La Presse

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