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La propreté : Une priorité nationale

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  • 5 avril 18:00
  • 8 min de lecture
La propreté : Une priorité nationale

Finies les campagnes ponctuelles de nettoyage. Le Président exige des actions de propreté continues, responsabilise les municipalités et prévient que tout manquement sera sanctionné.

La Presse — De vastes campagnes de propreté ont été lancées à travers la quasi-totalité des gouvernorats, dans la foulée des récentes instructions du Président Kaïs Saïed. Lors d’un entretien au Palais de Carthage avec le ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, le Chef de l’État a insisté sur la nécessité d’une action «pérenne et continue» pour freiner l’accumulation des déchets.

Absence de suivi rigoureux et de mécanismes durables

Néanmoins, sur le terrain, le scepticisme reste bien ancré. Nombreux sont ceux qui redoutent la répétition d’un scénario désormais familier sur fond d’opérations de nettoyage ponctuelles, souvent médiatisées, mais dont les effets s’évanouissent aussi vite qu’ils apparaissent. L’expérience passée nourrit cette méfiance.

De la campagne «Nos médinas sans plastique» lancée en 2024 à «Nadhef Bledek» en 2019, en passant par les initiatives de «Week-ends propres» organisées dans certaines régions, les appellations évoluent, les slogans se renouvellent, mais la réalité, elle, change peu. En quelques jours à peine, les amas d’ordures réapparaissent, souvent aux mêmes endroits, et les villes replongent dans la même situation, donnant le sentiment d’un sempiternel recommencement.

Autre illustration de cette persistance du problème, et ce, malgré les plus hautes directives de l’État, en novembre 2025, le Président Kaïs Saïed a appelé, lors d’un entretien avec le ministre de l’Intérieur Khaled Nouri, à intensifier les opérations de collecte des déchets, dénonçant une situation «anormale» liée à un défaut d’exécution malgré les moyens disponibles.

Il a également pointé la responsabilité de lobbies accusés d’avoir saboté l’élan citoyen né après 2019 et de continuer à entretenir le désordre, promettant de mettre un terme à ces pratiques, qu’il s’agisse des déchets ménagers ou des gravats envahissant l’espace public. Des responsables municipaux ont été limogés suite à ces directives, d’autres sont venus prendre la place, mais avec les mêmes équipes. Rien n’a changé ou presque.  

Faute de suivi rigoureux et de mécanismes durables, ces campagnes ont fini par s’essouffler avant de disparaître des priorités. Dans ce contexte, la gestion de la propreté reste souvent cantonnée à une approche administrative, où certains responsables municipaux privilégient le traitement ponctuel du problème plutôt qu’une vision stratégique à long terme. Pourtant, la question dépasse largement le simple cadre esthétique.

Il faut bien préciser que la propreté urbaine conditionne la santé publique, l’attractivité économique et touristique, ainsi que la qualité de vie des citoyens. Une ville propre inspire confiance, favorise l’investissement et renforce le sentiment d’appartenance, tandis qu’un environnement dégradé alimente le désengagement et fragilise les dynamiques locales. En ce sens, négliger ce dossier revient à sous-estimer un levier fondamental du développement durable et de la gouvernance territoriale.

L’obligation de résultat et la responsabilisation face à la culture de l’excuse

«Les opérations de propreté ne sauraient se limiter à des campagnes ponctuelles, mais doivent être menées sans interruption», a martelé le Président de la République lors de la récente réunion avec le ministre de l’Intérieur, dénonçant une situation qu’il juge inacceptable. Il a rejeté les justifications inhérentes au manque de matériel pour expliquer l’arrêt de la collecte des déchets, s’interrogeant sur la disponibilité de ces équipements au début des campagnes puis sur leur disparition. Qualifiant la situation d’«anormale».

Kaïs Saïed a appelé les responsables à assumer pleinement leurs fonctions, avertissant que toute défaillance sera sanctionnée. Il a par ailleurs refusé de faire porter la responsabilité de l’insalubrité aux seuls citoyens, saluant au contraire les initiatives de nombreux Tunisiens en faveur de la propreté. Les responsables municipaux se sont habitués à faire porter le chapeau au citoyen et à se réfugier derrière l’incivisme pour masquer leurs propres défaillances, une dérobade désormais inacceptable.

Ces directives mettent en lumière un problème structurel marqué par l’absence de volonté de gestion chez certains responsables et secrétaires généraux des municipalités, ce qui a conduit, comme on l’a précédemment évoqué, au limogeage de plusieurs d’entre eux ces derniers mois. Le Président souligne ainsi que la lutte contre l’insalubrité ne peut réussir sans un engagement réel des autorités locales, capables de traduire les initiatives citoyennes en actions concrètes et durables sur le terrain.

En outre, cette exigence de responsabilisation coïncide avec l’annonce d’un important marché de 100 millions de dinars conclu par le ministère de l’Intérieur, destiné à renforcer la propreté et la protection de l’environnement. Le programme prévoit notamment l’acquisition de nouveaux équipements et la suppression des décharges anarchiques dans plusieurs régions du pays.

S’inscrivant dans une stratégie nationale, cette opération vise à appuyer 78 municipalités et à réduire les contraintes auxquelles elles sont confrontées, notamment en remettant en état les équipements défectueux et en renforçant les moyens consacrés aux opérations de nettoyage.

L’enjeu des municipales au cœur du débat

La question de la propreté et du rendement des municipalités ne s’est pas limitée à l’intervention du Président de la République. En parallèle, la Commission de l’investissement et de la coopération internationale à l’ARP a également auditionné des représentants du ministère de l’Intérieur sur l’investissement municipal, mettant en évidence le rôle central des communes dans le développement, en dépit de nombreuses difficultés.

A ce titre, plusieurs chiffres et données ont été avancés, à savoir le nombre de municipalités, qui est passé de 264 en 2010 à 350 aujourd’hui, ce qui renvoie à l’existence de nombreuses problématiques nécessitant un traitement, notamment sur les plans organisationnel et administratif. Il a également été indiqué que le nombre de cadres et d’agents municipaux a diminué, passant de plus de 32.000 en 2010 à 29.000, en raison de l’arrêt des recrutements, une situation touchant toutes les catégories de personnel. Sur le plan financier, les municipalités disposent de moyens limités (1,2 % du budget de l’État), avec des déséquilibres importants.

Face à cet état des lieux préoccupant et au mécontentement croissant des citoyens eu égard aux déchets qui envahissent les rues, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer des élections municipales. Dans ce contexte, et en réaction aux propos du Président de la République sur la propreté lors de sa rencontre avec le ministre de l’Intérieur, Mohamed Amine Ouerghi, membre de la commission des finances de l’Assemblée des représentants du peuple, confirme à son tour que la solution ne réside pas dans des campagnes ponctuelles, mais plutôt dans l’organisation urgente d’élections municipales et la mise en place de conseils élus capables de gérer et de prendre des décisions.

Toutefois, l’expérience des élections municipales depuis 2011 montre que le simple renouvellement des conseils n’a pas suffi à améliorer durablement la gestion des déchets. La politisation marquée de l’action municipale a souvent éclipsé les priorités locales, reléguant au second plan les enjeux de propreté et d’entretien urbain. Les décisions étaient trop fréquemment guidées par des considérations partisanes plutôt que par l’efficacité des services, ce qui a limité l’impact des conseils élus sur la qualité de vie dans les quartiers et alimenté la frustration des citoyens face à l’accumulation persistante des déchets.

Rompre avec l’intermittence

En érigeant la propreté au rang de priorité nationale, le Président Kaïs Saïed met avant tout l’accent sur l’exigence de responsabilité. Le temps des campagnes d’affichage et des opérations ponctuelles semble désormais révolu. Conformément aux orientations présidentielles, l’action municipale est appelée à rompre avec l’intermittence pour s’inscrire dans une logique de continuité, d’efficacité et de résultats mesurables.

Le message adressé aux responsables locaux est sans équivoque. Dorénavant, la propreté ne relèvera plus d’un choix de gestion, mais d’une obligation de service public, dont les défaillances ne sauraient être tolérées. Cette exigence est d’autant plus pressante que Tunis a été désignée Capitale arabe du tourisme pour 2027 lors de la 28e session du Conseil ministériel arabe du Tourisme à Bagdad en décembre 2025.

Autrement dit, au-delà des annonces, c’est la régularité et l’anticipation qui feront la différence, car, comme le rappelle l’adage, rien ne sert de courir, il faut partir à point.

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Auteur

Samir DRIDI

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