gradient blue
gradient blue
A la une Economie

Qui contrôle réellement les systèmes bancaires en Tunisie ?

  • 5 avril 16:45
  • 3 min de lecture
Qui contrôle réellement les systèmes bancaires en Tunisie ?

L’Observatoire tunisien des services financiers-OTSF (indépendant) a appelé à l’élaboration urgente d’une stratégie nationale visant à renforcer l’indépendance financière et technologique du secteur bancaire, alertant sur une dépendance croissante à l’étranger dans les domaines des systèmes d’information et des solutions de paiement électronique.

Dans un communiqué, l’Observatoire exprime ses préoccupations face à certaines pratiques et mutations structurelles que connaît le secteur. Il souligne que le contexte international, marqué par des tensions géopolitiques accrues et une accélération des transformations technologiques, impose à la Tunisie de consolider sa souveraineté dans des secteurs stratégiques, notamment les services bancaires et financiers.

Dépendance technologique préoccupante

Selon l’Observatoire, la majorité des banques tunisiennes s’appuient largement sur des solutions informatiques étrangères pour gérer leurs systèmes d’information. Une situation qui soulève, selon lui, des enjeux majeurs liés à la souveraineté des données, à la continuité des services et à la sécurité des infrastructures financières.

En revanche, il met en avant l’expérience de trois banques tunisiennes ayant investi dans des solutions locales, considérant ces initiatives comme une preuve tangible de la capacité nationale à développer des alternatives performantes.

Par ailleurs, l’Observatoire critique la forte dépendance du système de paiement électronique en Tunisie à des technologies étrangères, souvent dans le cadre de contrats de franchise. Cette configuration limiterait la maîtrise des coûts, freinerait l’innovation locale et réduirait l’autonomie dans la gestion des flux financiers numériques.

Normes internationales : une adaptation nécessaire

L’Observatoire insiste également sur la nécessité d’adapter l’application des normes internationales, notamment les accords de Bâle et les normes IFRS, aux spécificités de l’économie tunisienne. S’il reconnaît leur importance pour l’intégration financière mondiale, il estime qu’une application mécanique pourrait avoir des effets négatifs, en particulier sur le financement des petites et moyennes entreprises et sur la dynamique du tissu économique national.

Le communiqué évoque en outre des préoccupations concernant certaines pratiques bancaires imposant aux clients tunisiens, lors de l’ouverture de comptes, de remplir des formulaires liés à des législations étrangères. L’Observatoire considère que ces exigences portent atteinte à la protection des données personnelles, à l’indépendance juridique et à l’équilibre des relations entre États.

“Il est inacceptable d’imposer au citoyen tunisien des obligations déclaratives au profit d’administrations étrangères”, souligne-t-il.

Face à ces constats, l’Observatoire appelle à une révision en profondeur des cadres contractuels et des mécanismes de gouvernance avec les partenaires étrangers. Cette révision devrait inclure les niveaux de rémunération, les coûts de maintenance des systèmes importés, ainsi que la présence de personnalités étrangères au sein des instances de gouvernance des banques.

Il recommande également de renforcer le soutien aux solutions numériques tunisiennes, d’adopter une approche flexible dans l’application des normes internationales et de mettre en place un encadrement rigoureux des relations avec les partenaires étrangers, sous la supervision de la Banque centrale de Tunisie.

L’Observatoire plaide enfin pour l’ouverture d’un débat national élargi sur les implications des engagements transfrontaliers, estimant que l’indépendance financière constitue une condition essentielle à la souveraineté économique du pays.

Auteur

R. I

You cannot copy content of this page