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CPG en crise : Néjib Akremi tire la sonnette d’alarme et exige des réformes structurelles immédiates

  • 6 avril 21:59
  • 6 min de lecture
CPG en crise : Néjib Akremi tire la sonnette d’alarme et exige des réformes structurelles immédiates

Le député à l’ARP sur la circonscription de Gafsa Néjib Akremi était l’invité de la Radio nationale ce 6 avril 2026. La Compagnie des phosphates de Gafsa ne produit aujourd’hui que 3,5 millions de tonnes par an, contre un objectif de 8 à 9 millions de tonnes.

Des centaines de wagons sont hors service et abandonnés sur les voies. Les recrutements sont gelés depuis 2015-2016, laissant des milliers de postes vacants. Les créances impayées des partenaires industriels privent la compagnie des liquidités nécessaires à son fonctionnement. Face à ce tableau, le parlementaire a appelé à une mobilisation au plus haut niveau de l’État.

Le parlementaire a expliqué que la CPG fournit des matières premières à ses partenaires industriels, principalement le Groupe chimique tunisien et la société Tifert à Skhira, mais que les paiements tardent à revenir vers la compagnie.

Il en résulte une accumulation de créances impayées qui prive la CPG des liquidités nécessaires à ses investissements et au renouvellement de ses équipements.

Akremi a établi un lien direct entre la crise financière du Groupe chimique tunisien et celle de la compagnie minière, réclamant fermement que ces créances soient remboursées sans délai.

Un appareil de transport à bout de souffle

Le député a souligné que l’un des nœuds les plus critiques de la crise est la défaillance du système de transport du phosphate. La Société nationale des chemins de fer tunisiens, partenaire historique de la CPG, dispose d’un parc de wagons dans un état de dégradation avancée : des centaines d’unités sont hors service et abandonnées sur les voies faute d’entretien.

Akremi a signalé qu’un programme de modernisation du réseau ferroviaire dédié au transport du phosphate a été approuvé, avec une enveloppe d’environ 400 millions de dinars financée par emprunt, tout en insistant sur la nécessité d’en accélérer la mise en œuvre effective, car l’approbation seule ne produit aucun résultat sur le terrain.

La Société de transport des matières minières, autre partenaire logistique, se trouve dans un état similaire : sa flotte de camions est à bout de souffle, privant la CPG d’une capacité suffisante pour acheminer le phosphate brut vers les unités de transformation du Groupe chimique tunisien à Gabès, M’dhilla, Skhira et Sfax.

Des milliers de postes vacants et des concours à assainir

Sur le volet emploi, Akremi a indiqué que les recrutements à la CPG et au Groupe chimique sont pratiquement à l’arrêt depuis 2015-2016, laissant des milliers de postes vacants non pourvus, ce qui pèse à la fois sur la capacité productive de la compagnie et sur l’emploi dans la région.

Il a rappelé que les concours organisés par le passé avaient été entachés de fraudes et de favoritisme, établissant un lien direct entre ces pratiques et la révolte du bassin minier de 2008.

Il a exhorté le directeur général de la CPG et le ministère de l’Industrie à ouvrir rapidement des concours transparents, fondés sur des critères objectifs et accessibles à tous les demandeurs d’emploi de la région.

Le député a précisé que les défaillances de gouvernance sont au cœur du problème. Les nominations à la tête de la CPG et du Groupe chimique ont longtemps obéi à une logique de quotas partisans, chaque formation politique cherchant à placer ses proches aux postes d’encadrement.

Akremi a appelé à une véritable révolution managériale, consistant à confier la gestion de la compagnie à des compétences nationales authentiques, engagées dans le projet de redressement issu du 25 juillet, tout en reconnaissant la valeur du travail accompli par les cadres actuels.

Des mesures d’urgence et une mobilisation politique réclamées

Le parlementaire a structuré ses préconisations autour de plusieurs axes. Il a demandé le recouvrement immédiat des créances dues par les partenaires, le renouvellement du parc de wagons et de camions, l’accélération du programme ferroviaire et l’ouverture de concours de recrutement transparents. Sur le plan institutionnel, Akremi a réclamé la convocation d’une session extraordinaire de la commission de l’industrie au Parlement, ainsi qu’une visite de la cheffe du gouvernement à Gafsa pour constater directement l’état du parc de transport, et a suggéré une visite du Président de la République dans la région afin de prendre la mesure de la situation réelle de la compagnie.

Au-delà du sauvetage immédiat de la CPG, le député a plaidé pour l’élaboration d’un modèle de développement régional qui ne se limite pas à la filière phosphatière, mais intègre l’industrie des matériaux de construction, les nouvelles industries et, en priorité, le secteur agricole, qu’il a qualifié de secteur stratégique capable d’atténuer les tensions sur les prix à la consommation et de diversifier durablement l’économie de Gafsa.

Néjib Akremi a replacé le débat dans son contexte historique, rendant hommage aux ouvriers mineurs qui ont bâti et défendu la CPG depuis les années 1930 et 1940.

Il a rappelé que l’institution compte plus de 125 ans d’existence, arrachée par des générations de militants à travers le travail et le combat syndical. Le député a cité Lazhar Charaïti, fondateur de l’armée de libération nationale, lui-même ancien mineur, engagé dans la lutte pour l’indépendance dès les années 1950 et pour la cause palestinienne depuis 1948.

Akremi a affirmé que les gouvernements successifs post-2011 ont activement cherché à affaiblir la compagnie en vue de la privatiser, via la corruption, le blocage organisé de la production et des nominations partisanes à tous les échelons, engendrant une culture bureaucratique de désorganisation structurelle qui a conduit à un quasi-arrêt total de l’activité.

Il a néanmoins noté qu’une dynamique de redressement a été engagée à partir du 25 juillet 2021, avec une reprise progressive de la production, aujourd’hui établie aux alentours de 3,5 millions de tonnes par an, alors que l’objectif est de 8 à 9 millions de tonnes.

 

Auteur

S. M.

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