D’après un texte signé Fawzia Dhaifallah, Hafedh Khelifa nous emmène dans le désert auquel il attache une grande importance et, en tant que natif de Kébili, il en fait un espace d’inspiration et de réflexion.
La Presse — Hafedh Khelifa est un artiste prolifique et dispose de plusieurs casquettes : metteur en scène de théâtre, directeur de deux festivals, l’un destiné au théâtre et l’autre au cinéma, et d’un Centre culturel à Kébili.
Entre les deux festivals, il ne chôme pas et s’attache à produire ses pièces. La dernière en date « Sarab » (Mirage), dont l’avant-première s’est tenue samedi dernier au 4e Art.
D’après un texte signé Fawzia Dhaifallah, Hafedh Khelifa nous emmène dans le désert auquel il attache une grande importance et, en tant que natif de Kébili, il en fait un espace d’inspiration et de réflexion.
Dans l’immensité de ce désert, le destin de trois femmes se croise.
Chacune d’elles traîne un passé douloureux et le poids d’une existence pénible.
L’exil, l’errance et la rébellion sont les thèmes abordés dans cette nouvelle création. Fuyant leur quotidien morose et sans espoir, elles se retrouvent perdues dans le désert à la recherche d’une issue qui les conduira vers une destination plus clémente.
Cet espace désertique, symbole de liberté, devient hostile à leur égard lorsqu’une tempête éclate et la traversée se transforme en une quête de survie. L’épreuve difficile de chacune de ces protagonistes devient le miroir de leurs inquiétudes et de leur frustration.
Les événements prennent une autre tournure lorsqu’intervient un homme, ancien soldat rompu aux dures épreuves pour se mêler à leur quête et faire basculer l’histoire. « Sarab » interroge l’homme vulnérable face à des situations extrêmes qui, souvent ou parfois, sont indépendantes de sa volonté à l’instar des guerres, du chômage, des rapports sociaux complexes et compliqués qui le privent de ses choix de vie les plus élémentaires.
Ici, le mirage devient la métaphore d’une liberté usurpée qui contraint la personne à l’abandon et à l’exil. Une thématique universelle est au cœur même de l’actualité qui ouvre la voie à une réflexion sur l’espoir, la dignité et le droit à une existence moins contraignante.
Le mérite de Hafedh Khelifa est d’avoir choisi de traiter artistiquement les préoccupations de l’heure et d’envoyer un message fort en ces temps de guerre qui poussent l’individu à se repositionner sur le théâtre de la vie et à se libérer de son attachement viscéral aux valeurs archaïques.
Les costumes, la lumière, la scénographie et la musique sahraouie, signée Karim Khlibi, correspondent parfaitement au thème de cette tragédie. Il y a une recherche esthétique et visuelle dans la mise en scène.
« Sarab » nous embarque dans un univers théâtral où se chevauchent la réalité et l’onirisme symbolisé par le désert, lieu d’incertitude et de remise en question sur notre rapport à nous-mêmes face à l’autre et au monde incertain qui nécessite vigilance et obstination incessante à poursuivre la lutte pour la survie.
La pièce révèle un système qui broie l’individu et fait ressortir les violences intrinsèques d’un monde répétant sans cesse les mêmes ressentiments qui ne peuvent déboucher fatalement que sur une issue tragique.
Portée par des comédiens bluffants : Jaleleddine Saâdi, Jamila Camara, Nozha Hosni, Khouloud El Mouna et Kamel Zhiou et des effets visuels et scénographiques étudiés, accentués par une écriture musicale appropriée, « Sarab » est un spectacle convaincant aussi visuel qu’auditif concluant qui nous met face à notre intériorité.





