Tribune : La Tunisie n’est pas pauvre… elle est étouffée par ses propres lois
Par Halim BOUSSEMA*
Et si le véritable obstacle au développement tunisien n’était ni le manque de ressources ni l’absence de compétences mais un cadre juridique devenu lui-même un frein ?
La Tunisie accuse, aujourd’hui, un retard manifeste, non pas par déficit de potentiel, mais parce qu’elle reste enfermée dans des règles dépassées, en décalage avec les dynamiques économiques mondiales.
Une refonte en profondeur s’impose, à commencer par le Code de l’investissement et la réglementation des changes, qui fonctionnent davantage comme des verrous que comme des moteurs.
Le constat est sans appel : une administration financière qui bride l’initiative, une Banque centrale perçue comme restrictive plutôt qu’accompagnatrice, et un environnement marqué par une prudence excessive.
Dans ce climat, la décision publique se replie sur elle-même, au détriment de l’élan économique.
Le secteur des hydrocarbures cristallise ces dysfonctionnements. Opacité, textes obsolètes, manque de visibilité : autant d’éléments qui nourrissent le doute.
La Tunisie dispose-t-elle réellement des ressources que l’on évoque? Si oui, pourquoi restent-elles si peu valorisées ? Lorsqu’un secteur stratégique tousse, c’est la crédibilité même de l’État qui tombe malade.
Le système fiscal, quant à lui, est devenu contre-productif. En pénalisant l’effort et en dissuadant l’investissement, il fragilise la base économique qu’il est censé soutenir. Résultat : des entreprises en difficulté, des fermetures, des capitaux en fuite ou relégués à l’informel.
Face à ce diagnostic, une question s’impose : où se situe la responsabilité politique ?
Si le Parlement conserve un rôle essentiel, la fragmentation actuelle limite fortement sa capacité d’action. L’absence de cohésion entrave l’émergence de réformes structurantes.
Dans ce contexte, l’impulsion ne peut venir que de l’Exécutif, seul à même d’apporter des transformations cohérentes et applicables.
Encore faut-il restaurer la confiance. Une économie ne se construit ni dans la suspicion ni dans la stigmatisation. La mise en cause systématique des entrepreneurs, en dehors de tout cadre judiciaire, affaiblit un tissu économique déjà fragilisé.
Or, sans confiance, il n’y a ni investissement ni croissance.
Ailleurs, les choix ont été différents. Plusieurs pays ont simplifié leurs procédures, modernisé leurs cadres juridiques et instauré un climat propice à l’investissement. Les résultats sont là : attractivité accrue, flux d’investissements renforcés, dynamique relancée.
En Tunisie, le contraste est frappant. Alors que le monde accélère, nous continuons d’avancer sous contrainte, freinés par nos propres règles.
À défaut de décisions courageuses, le risque est connu : une érosion progressive des ressources publiques, conséquence directe d’un tissu économique affaibli. Car une économie étouffée ne crée ni richesse durable ni stabilité budgétaire.
Dans un environnement international de plus en plus tendu, la stabilité régionale devient un impératif stratégique. La Tunisie doit réaffirmer son attachement à la souveraineté des États, au dialogue et à la coopération.
Car l’économie ne prospère jamais dans l’instabilité.
La paix ne se décrète pas par la force, mais se construit par la responsabilité. Et c’est aussi à ce niveau que se joue l’avenir économique des nations.
H.B.
*Député indépendant



