« La boxe est un sport maudit », c’est une phrase que les anciens boxeurs chuchotent entre eux pour ne pas faire peur aux jeunes. On dit anciens boxeurs parce que ce n’est qu’en fin de carrière qu’on se rend compte à quel point ce sport est ingrat… et c’est justement l’histoire d’un boxeur dont la carrière est finie que nous raconte Dali Nahdi et qui va devoir mener un autre combat. Après son avant-première à Paris et à Tunis, le film qui a raflé des prix internationaux est sur nos écrans. Notre avis.

Peu d’acteurs et beaucoup d’émotion, sommes-nous tentés de dire: en tête d’affiche Helmi Dridi, Afef Ben Mahmoud, le très jeune Hédi Ben Jabouria et Lamine Nahdi.
Là où tant de cinéastes s’égarent dans le fétichisme de la sueur ou le pathos larmoyant, Dali Nahdi choisit une voie plus périlleuse, celle de l’équilibre des forces. « 13e Round » ne se contente pas de filmer la boxe ; il filme la boxe comme une extension de la vie, et la maladie comme un ultime combat de ring.
Le film réussit ce tour de force de tenir ensemble deux versants que tout semble opposer. D’un côté, la rigueur physique du pugilat, sa géométrie brutale et ses silences ; de l’autre, le versant dramatique, celui d’une tragédie domestique qui s’infiltre dans les interstices des gants. L’arène devient le miroir de la chambre d’hôpital : dans les deux cas, il s’agit de ne pas tomber, de tenir une seconde de plus, de chercher dans l’épuisement une raison de rester debout.
Ce qui frappe ici, c’est cette économie des acteurs. Helmi Dridi n’interprète pas un boxeur, il l’incarne par une soustraction du jeu, une sobriété qui rend chaque explosion de colère ou de tendresse d’autant plus dévastatrice. Face à lui, Afef Ben Mahmoud et le jeune Hédi Ben Jabouria habitent l’écran avec une vérité presque documentaire. Le film nous arrache des situations poignantes non par l’artifice du montage, mais par la justesse de ses cadres. On ne nous force pas à pleurer ; on nous confronte à l’évidence d’un déchirement.
Au-delà du récit de rédemption, « 13e Round » se fait le porte-voix d’une cause impérieuse.
Le film devient une allégorie poignante pour ces enfants qui mènent, chaque jour, leur propre combat sur le ring du cancer. Ici, le cancer n’est pas une fatalité passive, c’est l’adversaire invisible, celui qui ne respecte aucune règle.
En reliant le passé de champion du père à l’épreuve du fils, Nahdi nous dit une chose essentielle : le courage n’est pas une question de muscles, mais de transmission. Le «13e Round» n’est pas celui qui est écrit dans le règlement, c’est celui qu’on invente par amour, celui qu’on dispute quand le corps demande grâce. C’est un film de combat, au sens le plus pur du terme, qui transforme la douleur en une forme de dignité souveraine.


