Kaïs Saïed : « Zéro concession sur les fonds spoliés du peuple »
Le Président Kaïs Saïed martèle qu’aucune concession ne sera tolérée sur les fonds spoliés, promettant de dévoiler au peuple les vérités cachées derrière ces détournements.
La Presse — S’il y a un dossier qui constitue une priorité nationale pour le Chef de l’État, c’est bien celui des fonds spoliés durant l’ère de Zine El Abidine Ben Ali. Dans cette optique, rappelons qu’un comité spécial rattaché à la Présidence de la République a été institué par le décret présidentiel n°112 du 22 octobre 2020. Cette structure est chargée d’évaluer les démarches engagées pour la récupération des avoirs détournés à l’étranger et de proposer les mécanismes susceptibles d’en accélérer le rapatriement.
Exclusion de toute forme de concession
Kaïs Saïed ne manque, d’ailleurs, aucune occasion pour rappeler l’urgence de récupérer ces «biens appartenant au peuple». Lors du 26e anniversaire de la disparition du leader Habib Bourguiba, il a affirmé que «de nombreuses vérités» seront prochainement dévoilées aux Tunisiens, avec des détails précis sur les fonds détournés appartenant au peuple.
Le Chef de l’État a également souligné que la récupération de ces avoirs demeure un objectif incontournable, malgré ce qu’il a qualifié de «manœuvres perfides» et l’existence d’acteurs qui «brouillent les lignes entre alliés et adversaires». Réitérant sa ferme volonté, Kaïs Saïed a martelé qu’aucun compromis ne sera toléré sur ce dossier. Il a insisté sur le fait que «ces fonds constituent des biens du peuple» et que «toute tentative de règlement doit reposer sur une démarche sincère, excluant toute forme de concession».
Le discours du locataire de Carthage sur les fonds spoliés s’inscrit ainsi dans une ligne constante, marquée par une insistance régulière sur leur récupération et par un refus catégorique de toute concession. En qualifiant ces avoirs de «biens appartenant au peuple», le Chef de l’État adopte une position qui dépasse le seul cadre judiciaire pour relever d’une logique de réparation morale et politique.
Quand l’extradition se heurte au concept du deux poids, deux mesures
Cependant, ce positionnement s’inscrit dans un contexte diplomatique et juridique complexe. Si le Parlement européen considère la Tunisie comme un partenaire important, notamment sur les questions migratoires, en l’incluant dans sa liste commune des «pays d’origine sûrs», la logique change lorsqu’il s’agit de coopération judiciaire et d’extradition. Les demandes de remise de personnes impliquées dans des affaires de blanchiment d’argent ou de détournement de fonds publics rencontrent des obstacles, alors que des extraditions formulées dans des dossiers de sécurité, se font sans difficulté.
Le cas le plus récent est celui de Halima Ben Ali, dont l’extradition a été rejetée par la justice française, alors qu’elle est poursuivie pour des infractions financières. Les juridictions françaises ont notamment évoqué «l’absence de garanties suffisantes» concernant l’indépendance de la justice, les conditions de détention et les voies de recours en cas de mauvais traitements.
Auparavant déjà, Belhassen Trabelsi avait échappé à une remise aux autorités tunisiennes, malgré des poursuites pour enrichissement illicite, détournement de fonds publics et blanchiment d’argent.
Et pourtant, le terroriste Mohamed Fahem n’a pas eu ce «privilège». Son cas illustre bel et bien ce deux poids, deux mesures. Condamné en France pour association terroriste et soumis à une obligation de quitter le territoire français, il a été expulsé vers la Tunisie dès sa sortie de prison en juillet 2025 malgré un avis de la cour d’appel de Paris qui estimait qu’il courait un «un déni de justice flagrant».
Intensification des démarches à l’international
Ce contraste ne peut que mettre en lumière une approche différenciée selon les dossiers. D’un côté, la Tunisie est reconnue comme partenaire sûr sur le plan migratoire ou sécuritaire, de l’autre, la coopération judiciaire pour récupérer des fonds spoliés ou extrader des responsables du régime de Ben Ali est beaucoup plus restrictive. Cette situation renforce la détermination affichée par Kaïs Saïed à maintenir la pression sur ces dossiers de restitution, qu’il considère comme des questions de souveraineté et de justice pour le peuple tunisien.
Pour rappel, en septembre 2020, le Chef de l’Etat tunisien a annoncé la création d’un Comité spécial auprès de la Présidence de la République pour la récupération des fonds spoliés détournés à l’étranger en vertu d’un décret présidentiel, paru dans le Journal officiel de la République tunisienne en octobre de la même année.
A la fin du mois de janvier dernier, la Tunisie a intensifié ses démarches à l’international, notamment en France, où le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, a rencontré la ministre française déléguée chargée de la francophonie pour discuter de la restitution des fonds détournés et renforcer la coopération judiciaire. Le Président Kaïs Saïed a réaffirmé à son tour qu’aucune concession ne serait faite sur ces biens, soulignant leur appartenance au peuple tunisien et appelant à la responsabilité morale des États détenteurs de ces fonds.



