Retour sur la 2e édition de « Jazz’it Festival » : Au rythme du métissage et de l’esprit d’Oscar Peterson
Ensemble, ils ont proposé des relectures jazzy élégantes du répertoire tunisien, de « Ritek ma naaref win » de Lotfi Bouchnak à « Sabbeba walou bandia » de Chab Bechir, entre autres, jusqu’à une adaptation inspirée de Cheikh El Afrit.
La Presse — Quatre jours durant lesquels on a célébré le jazz autrement, dans ses formes classiques, certes, mais traversé d’influences multiples, ouvert aux hybridations et aux dialogues.
Quatre jours à faire émerger les talents de demain, à provoquer les rencontres et à nourrir les échanges. C’était du 2 au 5 avril, à l’occasion de la 2e édition du « Jazz’it Festival ».
Lancé en 2025 par le label Jazzit Records, ce rendez-vous singulier s’impose déjà comme un espace dédié à la création originale. « Il valorise des projets où le métissage sonore se déploie à travers des écritures sensibles et audacieuses », ont souligné les organisateurs.
Placée sous le thème « Le métissage en héritage », cette édition rendait hommage au légendaire pianiste canadien Oscar Peterson (1925-2007). Surnommé « le Maharaja du clavier » par Duke Ellington, Peterson surgit dans les années 40 comme un phénomène.
Révélé au monde après un coup d’éclat à Carnegie Hall en 1949, il enchaîne ensuite plus de six décennies au sommet, plus de 200 albums et une pluie de Grammy.
Nourri par Art Tatum et Nat King Cole, il joue à la vitesse de l’éclair sans jamais perdre le sens du groove. En trio, il impose un jazz à la fois sophistiqué et immédiatement accessible, une mécanique du swing qui a redéfini le piano jazz.
Pendant quatre jours, le festival a célébré cet héritage à travers concerts et créations originales, réunissant artistes tunisiens et internationaux.
Le coup d’envoi a été donné à CinéMadart à Carthage avec une rencontre inédite, celle du pianiste espagnol Ignasi Terraza, figure reconnue de la scène jazz avec la chanteuse lituanienne Viktorija Gecyté.
En compagnie de son compatriote contrebasssite Manuel Alvarez et du batteur Mourad Benhammou, ils ont ouvert avec cinq morceaux, dont « Wheatland » de Peterson et un calypso lumineux, « Under the Sun ».
Rejointe ensuite par la chanteuse, la formation a exploré des standards moins connus, avant une reprise habitée de « You Are My Sunshine » et un medley blues aux accents d’amour perdu (Lost Mind), jusqu’à une envolée finale influencée par des rythmes africains.
Les 3 et 4 avril, le pianiste californien Kyle Schafer présentait, à l’Institut français de Sousse puis à CinéMad’Art Carthage, le deuxième volume de « Tunisian Vibes », accompagné de son trio et du saxophoniste soprano Pietro Vaiana.
Ensemble, ils ont proposé des relectures jazzy élégantes du répertoire tunisien, de « Ritek ma naaref win » de Lotfi Bouchnak à « Sabbeba walou bandia » de Chab Bechir, entre autres, jusqu’à une adaptation inspirée de Cheikh El Afrit.
Installé en Tunisie depuis quelques années, Kyle Schafer s’inscrit dans la lignée d’artistes séduits par la lumière et les nuances culturelles du pays. À l’image de Paul Klee, Karol Szymanowski ou Gustave Flaubert, il puise dans cette terre d’accueil une source d’inspiration fertile, mêlant ses racines classiques, gospel et spiritual à de nouvelles explorations jazz.
La soirée de clôture, le 5 avril à la salle le 4e Art, a été assurée par le groupe bruxellois Aleph Quintet, précédé du Tunisien Aziz Essaied (Tremplin Jazz’it). À la croisée des traditions nord-africaines et du jazz contemporain, le groupe a présenté « Hiwar », une œuvre pensée comme un dialogue entre cultures et sensibilités
En parallèle, le saxophoniste Pietro Vaiana a animé une master-class à Mad’Art Carthage, offrant aux jeunes musiciens une immersion dans son univers.
Pendant quatre jours, le Jazz’it Festival a fait vibrer Tunis au rythme d’un jazz ouvert, vivant, en mouvement, une musique qui relie, rassemble et ne cesse de se réinventer.




