Après la journée de grève en présentiel dans l’enseignement secondaire tunisien : Le statu quo…
Avec des taux de participation inférieurs à ceux enregistrés lors des années précédentes et contrastés entre les régions étant moins importants à Gafsa ou à Sfax, la grève du mardi 7 avril 2026 laisse la place au statu quo, à moins que les doléances matérielles des enseignants qui arrivent en tête des revendications soient entendues à force de pression…
La Presse — La grève générale observée mardi 7 avril 2026 dans l’enseignement secondaire tunisien s’inscrit dans un climat de tension persistante entre la Fédération générale de l’enseignement secondaire (relevant de l’Ugtt) et le ministère de l’Éducation, marqué par une accumulation de revendications non satisfaites et un dialogue jugé inexistant.
Ce mouvement, largement suivi à l’échelle nationale selon les responsables syndicaux, constitue une nouvelle étape dans une mobilisation progressive entamée depuis plusieurs mois, notamment avec les grèves régionales de février 2026 qui avaient déjà paralysé les cours dans plusieurs régions du pays. Malgré tout, comme on l’a souligné dans nos colonnes, la grève n’est pas la meilleure solution quelles que soient la situation et la nature du blocage, puisqu’on lui préfère le dialogue avec des arguments solides et des convictions fortes au lieu du bras de fer interminable.
Au cœur de la crise figure principalement la non-application de l’accord signé en 2023, prévoyant notamment une augmentation des indemnités liées aux charges pédagogiques, estimée à environ 100 dinars mensuels à partir de janvier 2026, ainsi que le règlement des promotions avec effet rétroactif. Les enseignants dénoncent un recul sur ces engagements, entraînant des pertes financières et un sentiment d’injustice, tout en pointant l’absence d’explications claires de la part du ministère.
Il faut souligner que la situation est devenue de plus en plus tendue au sein du corps enseignant qui a vu comme de nombreux autres métiers sa situation matérielle se dégrader au fil des ans, exacerbés par la période de la pandémie de Covid-19. Alors, le risque d’escalade est envisageable.
Les menaces d’actions plus dures de la part des enseignants récalcitrants, comme la rétention des notes ou le boycott des examens, risquent d’aggraver encore plus la situation. Les revendications des enseignants sont anciennes et reviennent régulièrement, sans réelle avancée. Le conflit reflète un blocage persistant entre le syndicat et le ministère, avec des tensions qui durent depuis longtemps.
A noter que les lycées pilotes comme le lycée pilote Bourguiba-Tunis à la rue Carnot, les cours se sont poursuivis normalement, loin du tumulte qui marque l’enseignement secondaire. Il faut savoir que les lycées pilotes ne sont quasiment jamais concernés par les grèves dans l’enseignement. La grève dans les établissements publics agit alors plus comme un moyen de pression, qu’une porte de dialogue vers une issue favorable. Surtout au vu du statu quo observé. A moins que la donne change dans les jours qui viennent.
Un moyen de pression
Face à ce blocage, le recours à la grève est présenté par les syndicats comme un moyen de pression devenu «nécessaire» après l’échec des tentatives de négociation, les canaux de dialogue étant quasiment inexistants depuis des mois. La mobilisation du 7 avril, organisée en présentiel dans les établissements avec des rassemblements devant les commissariats régionaux de l’éducation, vise ainsi à maintenir la pression tout en réaffirmant l’attachement du secteur à une solution négociée.
Face à cette situation embarrassante, Olfa E., quarantenaire, mère de deux élèves inscrits dans un Collège aux Jardins de Carthage a fait part de son désarroi : «Mes enfants vont bientôt passer l’examen blanc du Diplôme national du Brevet et cette perturbation des cours met des bâtons dans les roues dans la préparation de cette échéance importante. Je suis obligée de trouver la parade en organisant des séances de rattrapage à la maison».
Pendant ce temps, des échos parvenus de Gafsa et de Sfax notamment ont fait part d’une réussite mitigée de la grève, avec des taux de participation en-deçà de ce qui a été connu au cours des années précédentes.
Echos régionaux
Sur le terrain, les échos régionaux traduisent une mobilisation contrastée, avec des taux de participation variables selon les zones, tandis que des manifestations ont accompagné le mouvement dans certaines grandes villes. Parallèlement, des voix au sein du corps enseignant expriment des positions nuancées : si beaucoup soutiennent la grève comme un outil légitime de défense des droits de la corporation, d’autres appellent à éviter les dérives et à maintenir le cadre légal et l’unité syndicale.
Les témoignages d’enseignants mettent en lumière un profond malaise socio-professionnel, alimenté par la dégradation du pouvoir d’achat, la crainte de perdre des acquis historiques et le sentiment d’un manque de considération de la part des autorités. Au-delà des revendications salariales, le mouvement porte également sur des revendications plus larges liées à la réforme du système éducatif, aux conditions de travail, aux infrastructures scolaires et à la qualité de l’enseignement.
Dans ce contexte, la grève du 7 avril apparaît non seulement comme une manifestation ponctuelle, mais aussi comme le prélude à une escalade possible, certains enseignants évoquant déjà de nouvelles formes de mobilisation si aucune avancée concrète n’est obtenue. Malgré cela, le syndicat affirme tendre encore la main au dialogue, soulignant que l’issue de la crise dépend désormais de la capacité du ministère à honorer ses engagements et à rouvrir des négociations sérieuses.
Ainsi, cette mobilisation met en évidence une crise structurelle du secteur éducatif tunisien, où la question des droits des enseignants se conjugue avec celle, plus globale, de l’avenir de l’école publique, considérée par tous comme un enjeu national majeur.



