Le dogme de l’indépendance absolue de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) vacille sous l’impulsion d’une nouvelle initiative parlementaire. Youssef Tarchoun, vice-président du bloc de la Ligne Nationale Souveraine, a dévoilé ce jeudi les contours d’une réforme ambitieuse visant à autoriser l’État à emprunter directement auprès de l’institut d’émission.
S’exprimant sur les ondes de Jawhara FM, l’élu a défendu une révision de la loi de 2016 qui romprait avec l’isolement monétaire actuel.
Pour rassurer les marchés et éviter de transformer la BCT en simple machine à billets, le projet de loi impose des verrous de sécurité d’une précision chirurgicale.
L’emprunt direct serait ainsi strictement encadré par une durée maximale d’une année, interdisant de fait toute transformation de ces avances en dettes à long terme qui pèseraient sur le bilan de la Banque.
De plus, les montants sollicités par le gouvernement ne seraient plus discrétionnaires mais plafonnés par un pourcentage rigoureux des recettes fiscales réelles de l’État, garantissant ainsi une capacité de remboursement adossée à des ressources concrètes.
Cette offensive législative porte également une charge politique et idéologique assumée. Youssef Tarchoun fustige une approche néolibérale qu’il juge dépassée, où la mission de la Banque Centrale se limiterait au contrôle de l’inflation et des taux d’intérêt, au mépris des impératifs de développement.
Selon le député, l’indépendance de l’institution ne saurait signifier la création d’un « État dans l’État » déconnecté des orientations de l’exécutif. L’objectif est clair : réconcilier les politiques monétaire et budgétaire pour que la Banque Centrale devienne un levier de l’investissement public et un soutien direct à la souveraineté économique.
Le dossier est désormais entre les mains de la commission des finances qui a lancé un cycle d’auditions cruciales.
Entre les impératifs de stabilité monétaire prônés par la BCT et la nécessité d’alléger le coût de la dette intérieure pour le Trésor, les débats s’annoncent d’ores et déjà électriques au Palais du Bardo.



