La Tunisie commémore la fête des martyrs : « Qui sait mourir n’a plus de maître ! » *
A peine trois jours après la commémoration du 26e anniversaire du décès de Bourguiba, on célèbre, aujourd’hui, la Fête des martyrs tombés en 1938, il y a maintenant 88 ans.
Avec la même fierté et l’intense charge émotionnelle qu’entraîne l’immense mémoire d’un passé glorieux marquant l’histoire de la Tunisie contemporaine.
La Presse — Certes, on ne garde en mémoire que les majeurs immortels de l’Histoire. Et ce, voilà, combien d’hommes, si vaillants et valeureux qui se sont ainsi sacrifiés pour donner vie à la mère patrie et rendre la souveraineté à son peuple. Ceux qui se sont sacrifiés en martyrs sur l’autel de la liberté et de l’indépendance pour qu’un pays, durant 75 ans, puisse s’affranchir du joug de l’occupant, ne meurent jamais.
Pour un Etat républicain et souverain
Souvenons-nous encore des manifestations imposantes qui furent sauvagement réprimées par une machine coloniale aux convoitises démesurées. Ce jour-là, le 9 avril 1938, aussi bien marqué dans les annales, on avait tristement compté nos morts et blessés, parce qu’ils avaient, sans crainte, haussé le ton et revendiqué un Parlement tunisien, comme tremplin pour un Etat républicain souverain, maître de ses choix et décisions.
A tous nos martyrs, la nation est, aujourd’hui, reconnaissante. Devoir de mémoire, en signe d’hommage et de considération. Aussi ce 9 avril est-il une belle leçon de morale riche en valeurs et enseignements sur le vrai sens du sacrifice et de la citoyenneté. Afin que leurs successeurs leur emboîtent le pas et continuent le combat, sans courber l’échine ou se vendre à l’ennemi. Qui sait mourir n’a plus de maître, dit Sully Prudhomme.
Commémorer ainsi la gloire de l’histoire n’est guère un retour en arrière. C’est plutôt une source de fierté et d’inspiration censée nous aider à regarder dans le rétroviseur pour aller de l’avant, avec plus d’engagement et de détermination. Cette Fête des martyrs aurait dû être un mode de vie et de pensée pour mieux comprendre le passé, car mourir pour une cause est une chance de ne pas perdre la vie. D’autant plus que l’histoire de la nation est une continuité dans le temps qui passe, voire un héritage commun appartenant à toutes les générations du pays. Cela dit, celui qui n’a pas de passé n’a pas de présent et encore moins d’avenir radieux.
Rien ne vient du néant !
En terrain conquis, on peut vaincre l’ennemi et aller au-delà de nos capacités et envies. Rien ne vient du néant ! Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’a jamais été un vœu pieux ni un cadeau sur un plateau d’argent. La liberté s’arrache au prix du sang. Et nos vaillants martyrs sont aussi dignes de ce nom. Et à eux tous, nous devons éternellement une fière chandelle.
Mais une telle célébration annuelle ne semble guère aussi exceptionnelle. Au fil du temps, la fête n’est jamais sortie de l’ordinaire. De toutes les manières, il n’y a plus de raison pour céder à l’oubli et au déni. 88 ans déjà, a-t-on su tirer la leçon? On doit reconnaître, aujourd’hui, que défendre le pays n’est pas un simple défi et que préserver son intégrité est un devoir national éternellement renouvelé. Tout comme le bien-être social de ses citoyens et leur confort de vie est un droit absolu dont la responsabilité incombe, tout d’abord, au pays.
(*) Citation de Sully Prudhomme



