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Pain tunisien : la farine subventionnée passe à 85 % d’extraction

  • 9 avril 16:11
  • 3 min de lecture
Pain tunisien : la farine subventionnée passe à 85 % d’extraction

Le décret conjoint des ministres de l’Agriculture et des Ressources en eau et de la Pêche, et du Commerce et du Développement des exportations, publié au Journal officiel le 3 avril 2026, fixant les nouvelles proportions d’extraction de la farine et de la semoule à partir du blé, constitue une étape majeure dans la réforme du système céréales en Tunisie, selon Lotfi Riahi, président de l’Organisation tunisienne de l’information du consommateur (Otic).

Ce décret met fin à un système vieux de plusieurs décennies, héritage de lois pré-indépendance, qui avait généré des déséquilibres structurels dans la production, la transformation et la distribution des céréales, affectant la qualité du pain subventionné et l’efficacité globale du système d’aide alimentaire.

Une réforme quantitative et qualitative

Le nouveau dispositif réduit le nombre de farines à deux types : une farine destinée au pain courant et une autre pour le pain raffiné et les pâtisseries, avec un maintien d’un type unique de semoule. Le taux d’extraction de la farine subventionnée passe de 78 % à 85 %, soit un gain de 7 kg pour 100 kg de blé, représentant un progrès significatif compte tenu d’une consommation nationale de plus de 6,5 millions de quintaux de farine par an.

Au-delà de l’augmentation quantitative, cette réforme a un impact nutritionnel : la farine à 85 % d’extraction est plus riche en fibres et en éléments nutritifs, améliorant la qualité du pain et sa valeur alimentaire. Les consommateurs tunisiens constateront un changement de couleur du pain, plus brun, indicateur d’un meilleur apport en fibres et d’un mode de consommation plus équilibré.

Un premier pas vers une réforme plus globale

Lotfi Riahi souligne que ce décret reste partiel et qu’une réforme complète du système de subvention est nécessaire. La loi de finances 2026 a alloué 4,079 milliards de dinars au soutien alimentaire, contre 3,801 milliards en 2025, mais le coût du soutien aux céréales dépasse 1,4 milliard de dinars, dans un contexte international marqué par la hausse des prix et la fragilité de l’approvisionnement.

La dépendance alimentaire reste élevée : 85,3 % pour le blé tendre, 33 % pour le blé dur, 71,3 % pour l’orge, soit 63,33 % en moyenne, ce qui fait de tout ajustement des taux d’extraction un levier stratégique pour l’économie nationale.

L’Otic avait proposé depuis plus de quatre ans une réforme visant à promouvoir un pain plus riche en fibres, en augmentant le taux d’extraction et la qualité de la farine, tout en réorientant le soutien vers des produits à forte valeur nutritive. Des campagnes de sensibilisation ont accompagné cette initiative pour changer le comportement des consommateurs et renforcer leur conscience nutritionnelle.

Le président de l’Otic insiste sur le fait que la mise en œuvre du décret doit être rigoureuse : formation des professionnels, respect des nouvelles normes, contrôle économique pour limiter la fraude et campagnes d’information pour expliquer les avantages du nouveau pain.

Cette approche s’inscrit dans une révision globale du système de soutien alimentaire, avec une orientation vers une aide plus équitable et ciblée, applicable également à d’autres filières comme le lait ou les huiles végétales, garantissant ainsi justice, efficacité et durabilité.

Auteur

R. I

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