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Impact du conflit au Moyen-Orient sur l’Afrique : De la gestion des chocs au renforcement de la résilience

  • 10 avril 19:45
  • 6 min de lecture
Impact du conflit au Moyen-Orient sur l’Afrique : De la gestion des chocs au renforcement de la résilience

La poursuite et l’escalade du conflit au Moyen Orient aggravent l’instabilité mondiale, avec de sérieuses répercussions sur les marchés de l’énergie, la sécurité alimentaire et la résilience économique, en particulier en Afrique, où les pressions économiques restent aiguës.

Dans ce contexte, la Banque africaine de développement (BAD), la Commission de l’Union africaine (CUA), le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) ont élaboré une feuille de route avec des recommandations pratiques pour répondre à la crise et renforcer la résilience des pays africains.

La Presse — Les chocs actuels se propagent plus rapidement laissant aux économies africaines peu de temps pour s’ajuster. Leurs effets se font déjà sentir sur les économies et les ménages africains, nécessitant des mesures politiques rapides et efficaces.  Les prix mondiaux du pétrole ont déjà augmenté de plus de 50 % à la fin du mois de mars.

Vingt-neuf monnaies africaines se sont dépréciées, augmentant le coût du service de la dette extérieure ainsi que des importations de denrées alimentaires, de carburants et d’engrais.  Les perturbations liées aux approvisionnements énergétiques dans le Golfe limitent l’accès à l’ammoniac et à l’urée pendant la saison cruciale des semis de mars à mai, mettant en péril la production agricole et aggravant les risques d’insécurité alimentaire, en particulier pour les ménages à faible revenu et les économies dépendantes des importations.

Une épreuve, un tournant

« L’Afrique a subi trop de chocs externes dont elle n’est pas responsable », a déclaré Claver Gatete, Secrétaire général adjoint des Nations unies et Secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. « Ce moment appelle à une action décisive, pour protéger les populations dès maintenant, mais aussi pour accélérer la transition à long terme de l’Afrique vers la sécurité énergétique, la souveraineté alimentaire et l’autonomie financière.

Des crises comme celle-ci rappellent pourquoi l’Afrique doit financer davantage son propre avenir et trouver des solutions régionales capables de bâtir la résilience avant le prochain choc. »

Les trois institutions africaines appellent à un engagement fort et à une action commune et coordonnée qui s’articule autour de trois axes fondamentaux. Le premier consiste en la mise en œuvre, par les gouvernements africains, avec l’appui des partenaires de développement et du secteur privé, de mesures immédiates de réponse à la crise pour protéger les ménages et stabiliser l’approvisionnement en carburant, en denrées alimentaires et en engrais.

Le second axe vise l’attribution de réformes à moyen terme pour renforcer la sécurité énergétique, la protection sociale ciblée et le commerce régional dans le cadre de la Zlecaf. De même, des réformes structurelles à long terme doivent être engagées visant à renforcer la mobilisation des ressources intérieures et les mécanismes africains de sécurité financière.

« À mesure que les crises mondiales se multiplient, la réponse de l’Afrique doit évoluer, passant de la gestion des chocs à la construction de la résilience », précise Sidi Ould Tah, Président du Groupe de la Banque africaine de développement.  Et d’ajouter : «Les institutions africaines et les partenaires de développement doivent agir rapidement et de manière concertée, en tirant parti de leurs avantages comparatifs pour atténuer les chocs à court terme, tout en jetant les bases d’une résilience durable ».

Effets visibles

Plus d’un mois que le conflit a démarré, les effets sont très importants, tant au niveau mondial qu’au niveau de l’économie africaine. Des perturbations des chaînes d’approvisionnement en produits pétroliers, touchant presque tous les pays africains. Les ménages subissent une augmentation marquée des prix de l’essence, du diesel et du gasoil dans certains pays, ce qui accentue les pressions inflationnistes déjà présentes.

De plus, de nombreux pays ont subi des pressions sur leur monnaie locale. D’après Daouda Sembène, économiste et PDG d’Africatalyst, « lorsque les prix de l’énergie augmentent, la facture des importations augmente également, ce qui entraîne une baisse des réserves et affecte les monnaies locales ». Par ailleurs, certains pays importateurs d’engrais, notamment en Afrique de l’Est, sont confrontés à une réduction significative de l’offre, ce qui crée un choc supplémentaire pour l’agriculture.

L’économiste estime que ce conflit pourrait profiter au continent africain. À court terme, « certains pays exportateurs, comme l’Algérie, le Nigeria ou l’Angola, peuvent bénéficier de la hausse des prix du pétrole et du gaz. Cependant, ils importent également des produits raffinés, ce qui les expose à l’augmentation des prix ».

Renforcer le commerce intra-africain

La crise met en évidence l’urgence de renforcer le commerce intra-africain, notamment en énergie. Les pays africains producteurs de pétrole et de gaz exportent majoritairement hors du continent, pour cela augmenter les échanges régionaux serait bénéfique. « Mais  les obstacles restent les mêmes : infrastructures insuffisantes, barrières tarifaires et non tarifaires. La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) vise à surmonter ces défis, mais des efforts supplémentaires sont nécessaires. Une volonté politique forte est indispensable ».

Par ailleurs, il faudrait développer les chaînes de valeur locales, notamment dans l’énergie et les engrais. « Des pays comme le Maroc, le Sénégal et le Togo disposent de phosphates qui pourraient être transformés localement pour répondre à la demande africaine, réduisant ainsi la dépendance aux importations ».

La transition énergétique n’est pas des moindres, elle représente une opportunité majeure. L’Afrique possède un potentiel important en énergies solaire, éolienne et hydraulique. « Développer ces sources accroît la résilience du continent face aux chocs énergétiques », souligne l’économiste.

Auteur

Najoua Hizaoui

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