« It will happen yesterday » de Marwa Manai et du collectif Harakay : Entre mémoire, dissonance et perception
Ce dispositif relève du théâtre in situ (immersif). Les lieux ont d’abord été investis lors d’une résidence de trois jours, durant laquelle l’équipe a mené un travail d’exploration spatio-physique. L’écriture s’est ensuite construite à partir des contraintes et des potentialités propres à ces espaces, comme nous l’explique la metteuse en scène.
La Presse — La dramaturge et metteuse en scène tunisienne Marwa Manai revient avec une nouvelle création intitulée « Sa yahdouthou al bariha – It will happen yesterday » (Cela se Produira Hier). Pensée comme une performance in situ, l’œuvre s’inscrit dans le cadre de Harakat, un espace d’expérimentation théâtrale qu’elle a fondé.
Conçu comme un laboratoire de recherche, Harakat se consacre à l’exploration des méthodes de jeu, au travail du mouvement et à l’innovation dramaturgique. Il réunit un collectif d’artistes engagés dans un processus continu d’expérimentation, de réflexion et de documentation. Fidèle à une éthique collaborative, chaque cycle du Lab s’articule autour d’une problématique centrale, développée à travers une série d’ateliers intensifs qui aboutissent à des présentations publiques.
C’est dans cette dynamique qu’a émergé cette nouvelle création, programmée les 10, 11 et 12 avril 2026 dans deux appartements, mis à disposition par leurs propriétaires comme espaces de création. Ce dispositif relève du théâtre in situ (immersif). Les lieux ont d’abord été investis lors d’une résidence de trois jours, durant laquelle l’équipe a mené un travail d’exploration spatiophysique.
L’écriture s’est ensuite construite à partir des contraintes et des potentialités propres à ces espaces, comme nous l’explique la metteuse en scène.
Présentée en dialecte tunisien, la performance (120 minutes avec entracte) se déploie en deux parties. Le public, témoin sans être acteur, est invité à circuler entre deux appartements, recomposant une histoire instable, qui se dérobe à toute linéarité.
Les événements, loin de se compléter, entrent en dissonance: ce qui est observé dans l’appartement A est réinterprété (voire déformé) dans l’appartement B.
Ce qui traverse les murs
Dans le premier espace, une famille vit sous tension, traquée par une présence indéfinie. Leur réalité vacille, fragile, au bord de l’effondrement. Dans le second, un artiste solitaire travaille à partir d’archives faites de photographies, diapositives, fragments laissés par d’anciens occupants. Peu à peu, des correspondances troublantes émergent, fissurant la perception du réel.
A mesure que les deux espaces se répondent et se déforment, le spectateur devient le seul point d’ancrage, jusqu’à ce que sa propre compréhension se fragilise à son tour.
La pièce interroge la coïncidence, la mémoire et l’instabilité du récit à travers une structure circulaire, où le temps se replie sur lui-même et où l’acte d’observer devient constitutif de l’expérience.
Ce travail prend racine dans une question simple : et si l’espace lui-même pouvait raconter une histoire ? La prise de conscience qu’un mur in situ n’est pas un simple élément scénographique, mais une frontière réelle et infranchissable, a donné naissance à une réflexion sur le voisinage, l’adjacence, la synchronicité et le décalage.
Ce que l’on perçoit à travers un mur correspond-il vraiment à ce qui s’est produit ? La pièce met en tension cette incertitude, jusqu’à rendre la coïncidence presque insoutenable. L’esprit du spectateur est poussé à tisser des liens, même en l’absence de toute certitude. A découvrir!



