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Editorial

L’impératif de la rigueur face à la banalisation des braquages

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  • 10 avril 16:56
  • 3 min de lecture
L’impératif de la rigueur face à la banalisation des braquages

LA rue ne peut plus être le théâtre d’une impunité qui ne dit pas son nom. Alors que la Commission de la législation générale se penche sur la refonte des articles 261, 262 et 264 du Code pénal, le débat s’exacerbe. D’un côté, une volonté politique de nommer le mal pour mieux le combattre; de l’autre, les réserves d’un syndicat de magistrats (SMT) drapé dans une lecture abstraite de la proportionnalité. Pour nous, le choix est fait : la sacralisation de l’intégrité physique doit l’emporter sur l’arithmétique frileuse des peines.

La première victoire de cette proposition de loi est sémantique avant d’être répressive. En érigeant le braquage en article autonome et explicite, le législateur sort enfin de la grisaille juridique du « vol qualifié ». On ne dérobe pas un bien ; on viole l’intimité d’un passant, on brise la sécurité d’un étudiant, on attente à la paix publique. Cette autonomie juridique met fin à la dilution de la responsabilité et signale aux prédateurs urbains que leur acte n’est plus une statistique, mais un crime d’exception.

Le Syndicat des magistrats tunisiens invoque le «principe de proportionnalité» pour rejeter le relèvement des peines à vingt ans. C’est là une posture qui oublie que la justice n’est pas une balance de laboratoire, mais un rempart social. Prétendre qu’une peine de vingt ans pour un braquage violent « nivellerait » ce crime avec d’autres atteintes à la personne est une illusion. Le braquage est une atteinte à la personne. La lame sous la gorge est une agression de l’âme avant d’être une menace sur le portefeuille. Quand la sanction devient aléatoire, le crime devient routinier.

Le durcissement proposé ne relève pas de la vengeance, mais de la « fonction expressive de la peine ». Selon le jargon consacré, le braquage transforme l’espace public en zone de non-droit. Si l’État ne garantit plus la sécurité de l’étudiant sur son campus ou du citoyen sur son trottoir, il perd sa légitimité. Une peine plancher de quinze ans est le prix de la reconquête de notre souveraineté dans la rue. La recrudescence des actes entraînant la mort prouve que la mansuétude actuelle est perçue comme une faiblesse. Le passage à l’acte est facilité par la certitude d’une libération rapide. Brisons ce calcul cynique. La proportionnalité doit s’évaluer à l’aune du traumatisme de la victime, et non de la trajectoire du délinquant. Entre le confort conceptuel des traités internationaux et la vie d’un passant innocent, le législateur a le devoir moral de choisir la vie.

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Auteur

Salem Trabelsi

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