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Culture

15e FIFEJ de Sousse : Des films sur une jeunesse en détresse

  • 11 avril 18:45
  • 5 min de lecture
15e FIFEJ de Sousse : Des films sur une jeunesse  en détresse

Le grand handicap reste l’absence du public qui ne répond pas à l’appel. L’affluence est jusque-là timide. Est-ce parce que la manifestation se déroule durant la reprise scolaire ? Ou alors pour d’autres raisons comme l’absence du festival durant cinq ans ce qui a causé sans doute une coupure avec le public.

La Presse —La 15e édition du Fifej bat son plein. Samedi 11 avril sera donné le clap de fin. Les films programmés dans les différentes sections sont bons dans l’ensemble. Mais le grand handicap reste l’absence du public qui ne répond pas à l’appel. L’affluence est jusque-là timide. Est-ce parce que la manifestation se déroule durant la reprise scolaire ?

Ou alors pour d’autres raisons comme l’absence du festival durant cinq ans ce qui a causé sans doute une coupure avec le public. Toujours est-il que cette 15e édition se tient dans de bonnes conditions et le comité directeur, avec à sa tête Aymen Jellili, veille au grain pour que tout se passe dans les règles de l’art.

Les films de la compétition des longs métrages traitent de sujets liés à l’enfance et à l’adolescence. En somme une jeunesse sans repères et sans perspectives d’avenir dans des sociétés qui ne font pas grand cas de l’enfance. Une enfance maltraité, perdue, en rupture avec la famille et la société, ayant quitté tôt les bancs de l’école et se retrouve donc dans la rue, livrée à tous les aléas.

C’est le cas du film irakien «Irkalla : Gilgamesh’s Dream» de Mohamed Al-Daradji qui réanime le mythe antique de Gilgamesh en le situant dans le contexte brutal de l’Irak, un pays en ruine brisé par tant d’années de guerre. C’est l’histoire de Chum-Chum, orphelin diabétique de 9 ans qui est convaincu que dans le fleuve Tigre existe une porte qui mène vers Irkalla (monde souterrain mythique où il espère retrouver ses parents morts). Dans Bagdad complètement dévasté et dans lequel règnent la violence et la corruption, le film explore le deuil des enfants et leur combat de survie dans une ville dominée par des milices qui ont une influence néfaste sur la jeunesse.

«Gharaq» (Sink), premier long métrage de la Jordanienne Zain Duraie, est un drame sur le trouble psychologique d’un adolescent exclu du lycée suite à son comportement inquiétant et violent. Son état vulnérable suscite l’attention de ses parents et particulièrement sa mère qui cherche à tout prix à le sauver. Malgré leur relation fusionnelle et l’attention  soutenue que lui accorde sa mère, le jeune n’arrive pas à s’en sortir et se noie dans la maladie jusqu’à la détérioration de son état.

Tandis que sa mère s’accroche avec la conviction qu’il peut s’en sortir et qu’il a besoin seulement d’être guidé. Mais ses crises se répètent et sont de plus en plus violentes et représentent un danger pour son entourage. La réalisatrice s’emploie à créer une tension constante et ascendante tout au long du film.

La compétition des longs métrages documentaires donne à voir des œuvres puisées dans la réalité à l’instar de «Notre semence» du réalisateur tunisien Anis Lassoued. Le film aborde la question des jeunes nés après la Révolution du 17/14 janvier dans une Tunisie marquée par les crises politiques et sociales, et ce, à la veille d’une élection présidentielle. S’attardant sur deux familles tunisiennes, l’une de condition modeste et l’autre un peu plus aisée, qui se soucient de l’avenir de leurs progénitures.

Les deux fils de la famille modeste veulent fuir le pays vers l’Europe avant d’atteindre la majorité dans la perspective d’être pris en charge par le pays d’accueil. Leur sœur a dû interrompre sa scolarité pour aller travailler à cause des conditions matérielles difficiles de ses parents. Tandis que le fils de l’autre famille, élève de l’enseignement français évoluant dans un univers culturel ouvert, conscient des enjeux politiques du pays, est prêt à reprendre l’exploitation agricole de son père ingénieur agronome si les conditions le permettent.

A travers ces figures représentatives d’une jeunesse déboussolée qui rêvent de fuir le pays qu’ils disent aimer mais qui ne leur offre aucune opportunité de vie décente à cause de la corruption répandue dans toutes les sphères de la société, Anis Lassoued a choisi une caméra frontale à hauteur des protagonistes leur permettant de se confier directement sur leur présent et leur avenir. Il alterne également les espaces intérieurs et les lieux ouverts pour révéler le tiraillement de cette jeunesse hésitante entre son appartenance au pays et son désir d’exil.

Le tableau est noir et la visibilité reste floue dans les films de cette 15e édition, reflet d’une époque où la jeunesse manque d’encadrement et de soutien, et ce, en dépit du cadre juridique de protection de l’enfance visant à garantir sa sécurité, sa santé physique et morale contre les dangers de toutes sortes.

Auteur

Neila GHARBI

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