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Société

Mouton et viandes rouges : Assez de mesures ponctuelles

  • 11 avril 19:30
  • 7 min de lecture
Mouton et viandes rouges : Assez de mesures ponctuelles

«Les prix des moutons pour l’Aïd 2025/2026 varieront entre 1.000 et 1.500 dinars. C’est une question d’offre et de demande. Cette hausse est attribuée à la sécheresse, au manque de cheptel, et au coût élevé des aliments pour bétail. Des initiatives, comme à El Ouardia, proposent des moutons au poids pour réguler le prix de vente»

Cette annonce s’est répandue comme une traînée de poudre. Et alors que l’on cherche le moyen de s’en sortir en prenant l’initiative d’importer de la viande congelée et des bêtes vivantes, que près de trois mille moutons seront vendus au poids du côté d’El Ouardia, on vient donner un sérieux coup de main à ceux qui n’attendaient que cela. Faire flamber les cours, pour mettre  la barre si haut, que trouver un mouton moins cher, serait l’affaire du siècle.

La Presse — Comment peut-on se permettre d’agir de cette manière alors que la situation est déjà inextricable. ? Une situation que certains responsables, pourtant censés agir pour développer la filière, encourager l’élevage et reconstituer un cheptel mis à mal par la sécheresse qui avait prévalu dans le pays il y a deux ou trois ans, ont négligée. Ou agir pour que la situation empire. Le dossier de la société «Ellouhoum» est un parfait résumé de ces agissements.

De toutes les manières, ce ne sont pas les quelques milliers de moutons qui viendront de Roumanie qui régleront la question. Ni les trois mille bêtes à mettre en vente au kilo. Ni même l’importation de viande congelée qui réglera ce dossier. Ces interventions ponctuelles ne servent à rien. Nous demeurons  loin de la véritable solution et nous risquons bien de revenir au même point dans une année, étant donné qu’il n’y a aucun projet en vue. Des idées, des promesses et surtout une grave léthargie qui plane, alors que la question est importante.

En effet, le manque de viandes rouge bovine et ovine risque de mettre en danger les viandes blanches qui sont devenues le pilier de la consommation des ménages. Ce secteur tiendra-t-il la route ? Possible, mais des précautions sont à prendre. En effet, les dernières intempéries ont laissé des traces et les producteurs du côté de Nabeul, entre autres, ont subi des pertes sérieuses.

C’est dire que, dans le secteur de l’élevage, rien n’est écrit d’avance et de sérieuses précautions s’imposent.

Les autorités compétentes ont sans doute pris des mesures d’urgence. Les routes sont surveillées et la chaîne de distribution est l’objet d’un renforcement par les services de contrôle  économique et sécuritaire pour protéger les consommateurs.

Cela signifie tout simplement que l’on s’achemine vers une «année blanche». Le mouton risque bien d’être hors de prix, alors que ces bêtes  sont souvent vendues à des prix raisonnables par les éleveurs.  Mais une fois qu’elles sont entre les mains des intermédiaires qui les achètent, toute une chaîne bien organisée déclenche une forte poussée spéculative, préparée en amont par une hausse des prix au niveau des boucheries.

Cette flambée, nous l’avions signalée en son temps, mais ce véritable cartel qui sait ce qu’il fait, qui connaît les limites des dispositions prises, maintient la pression et cela débouche sur la situation que le consommateur vit actuellement.

Une inquiétude lancinante  taraude bien les familles qui ne savent plus comment s’en tirer. Il y a celles qui n’ont pas célébré la fête du sacrifice depuis des années.

Les responsables se contentent de répéter que le manque de viandes rouges dans le pays est principalement dû à une baisse de la production nationale, victime de  la sécheresse persistante  qui réduit les pâturages et augmente les coûts des fourrages. Il faut certes du temps pour reconstituer les pâturages, mais il nous semble à ce propos que cette affaire de fourrage a été résolue en mettant en place un organisme qui s’en charge. Où en est-il ?

Ce secteur  demeure dépendant des importations de céréales et de soja pour l’alimentation animale, dont les prix sont élevés. Il rend l’élevage peu rentable.

Plus grave, même les jeunes  qui se tournent vers l’agriculture ne sont pas attirés par un domaine qui baigne dans un flou artistique et dont la rentabilité est  mise en doute, faute d’action et de moyens incitatifs.

Le cheptel, subi les coups de boutoir de cette sécheresse, des vols, l’acheminement en catimini d’une bonne partie de l’autre côté des frontières, tout cela a complètement bouleversé sa structure.

Cette situation s’est aggravée faute de reconstituer le corps des éleveurs. La hausse du coût de la main-d’œuvre et des problèmes structurels, n’encouragent plus la prise en charge de ce secteur.

En tout état de cause, tant qu’il n’y aura pas de responsabilisation, il n’y aura pas de résultats et l’année prochaine, nous en serons au même point. En effet, l’élevage est un ensemble de choix : choix de l’espèce qui doit absolument s’acclimater et s’intégrer à celle du pays. D’après les spécialistes du secteur, il faudrait importer autour d’un million  de brebis et les placer là où il y a des parcours appropriés, pour ne pas subir de front des dépenses supplémentaires. Faute de quoi, nous serions dans l’obligation de les dévorer avant que les bêtes ne trépassent.

Choix des points et régions les plus appropriés pour garantir la réussite de ce repeuplement. Choix de la politique à appliquer le jour où le décollage du projet mis en place sera opérationnel. Qui pilotera la pérennité du futur cheptel ? Seraient-ce les bouchers, source de spéculation, et qui ont été à l’origine de tous les déboires ? Ou la société «Ellouhoum» qui a été créée pour cela et qui a failli à sa tâche originelle ?

Un cheptel ovin remis sur pied ne se limite pas à mettre à la disposition des consommateurs leur mouton de l’Aïd, ou de la viande pour le mois de Ramadan.

Reconstituer le cheptel bovin pour la viande et le lait, n’est pas une mince affaire. Il faut des fonds, une volonté politique et des hommes capables d’imposer la politique choisie, pour reprendre sérieusement en main ce secteur vital.

L’élevage est une véritable activité agricole et industrielle, ayant une ouverture vers l’exportation de produits finis annexes, mettant en exergue les articles de bouche du pays.

Nous sommes bien loin de tout cela et on ne pourra en reparler que lorsqu’on se décidera à prendre réellement en main ce créneau qui revêt une importance capitale.

Cela confirme que les mesures ponctuelles ne résolvent rien. Nous n’avons pas besoin qu’on nous donne un poisson, mais que l’on nous apprenne à pêcher.

Auteur

Kamel GHATTAS

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