Pacte pour la compétitivité des Industries Électroniques à l’horizon 2030 : La Tunisie mise sur son avenir technologique
À travers un pacte de compétitivité ambitieux, le secteur des industries électroniques se fixe une feuille de route claire à l’horizon 2030 : 7 milliards de dinars d’exportations, 30 mille nouveaux emplois, jusqu’à 350 millions d’euros d’IDE et plusieurs projets structurants dans les semi-conducteurs, la recherche et développement et les systèmes embarqués.
La Presse — Après avoir dépassé les objectifs fixés pour le secteur automobile, c’est désormais au tour de l’industrie électronique de sceller son pacte de compétitivité sectoriel.
Ce modèle de partenariat public-privé, qui a déjà démontré son efficacité par le passé, s’impose aujourd’hui comme un levier stratégique pour l’un des secteurs économiques les plus porteurs en Tunisie. Objectif : monter en gamme, drainer des IDE de qualité, valoriser le potentiel tunisien dans cette filière et renforcer davantage sa compétitivité. Pour la Tunisie, il s’agit bien d’un pari sur son avenir technologique.
Avec son vivier de talents reconnus à l’échelle internationale, ses champions locaux qui ont brillé au-delà des frontières, mais aussi les leaders internationaux installés depuis des années, la Tunisie s’est déjà taillé une solide réputation dans la compétition mondiale de l’industrie électronique. L’enjeu, aujourd’hui, est de mieux se positionner dans un contexte mondial en pleine mutation, offrant au pays de nouvelles perspectives et opportunités dans cette filière.
Mieux s’intégrer aux chaînes de valeur internationales
Le pacte en question a été signé hier par la ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Fatma Thabet Chiboub, le président de l’Utica, Samir Majoul, et le président du cluster électronique Elentica, Walid Ben Amor, lors d’une cérémonie ayant rassemblé des représentants des différentes structures publiques et privées concernées, ainsi que des partenaires internationaux, notamment l’ambassade d’Allemagne et l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ), qui ont apporté leur appui technique et financier.
«Notre secteur électronique est vivant et dynamique. Il rassemble près de 70 mille emplois directs, 150 entreprises et s’intègre avec succès aux chaînes de valeur internationales. Notre capital humain est reconnu, notre proximité avec les grands marchés constitue un avantage stratégique réel et notre agilité industrielle nous distingue.
Néanmoins, la compétition mondiale nous impose de monter en gamme sur tous les fronts technologiques, humains et organisationnels. Ce n’est pas une option, mais une nécessité», a déclaré la ministre de l’Industrie dans son allocution d’ouverture. Soulignant qu’il s’agit d’une étape décisive pour l’industrie électronique tunisienne, Mme Thabet Chiboub a affirmé que l’ambition de ce pacte est de faire de la Tunisie un pays de référence dans l’électronique, ancré dans la compétitivité, l’innovation et la durabilité.
«Le pacte que nous signons aujourd’hui est l’instrument concret de cette ambition. Élaboré en étroite concertation avec les structures publiques et le groupement Elentica, mandaté par l’Utica, il formalise des engagements mutuels et structurants afin d’accélérer la montée en gamme technologique, renforcer l’intégration locale, stimuler l’investissement et les exportations, et faire de l’innovation ainsi que des critères ESG de véritables moteurs de notre transition industrielle», a-t-elle ajouté.
Un levier de transformation du tissu productif
En termes d’objectifs chiffrés, le pacte vise, à l’horizon 2030, à porter les exportations du secteur à 7 milliards de dinars, à mobiliser entre 300 et 350 millions d’euros d’investissements directs étrangers, soit 20% du PIB industriel, à créer 30 mille nouveaux emplois et à atteindre un taux d’intégration nationale de 55%. La recherche et développement étant un enjeu central, les parties signataires se sont également engagées à y consacrer 3% du chiffre d’affaires sectoriel.
«L’enjeu, au fond, est stratégique : renforcer notre souveraineté industrielle, capter davantage de valeur sur notre territoire national et confirmer sur la scène internationale l’image d’une Tunisie résolument tournée vers l’avenir technologique», a indiqué la ministre.
Pour le président de l’Utica, Samir Majoul, ce pacte, qui s’inscrit pleinement dans le cadre de la stratégie nationale industrielle et de l’innovation à l’horizon 2035, «constitue le référentiel stratégique de long terme pour la transformation du tissu productif national». La filière électronique est identifiée comme un secteur prioritaire et transversal, dans la mesure où elle est essentielle à la souveraineté technologique, à la transition numérique et à l’intégration de la Tunisie dans les chaînes de valeur internationales. Soulignant que le marché des composantes électroniques est estimé à plus de 1.000 milliards de dollars à l’horizon 2034, avec un taux de croissance annuel moyen de l’ordre de 10%, tiré par la demande en semi-conducteurs et en électronique embarquée, Majoul a affirmé que l’ambition de ce pacte est de permettre à la Tunisie de jouer un rôle central dans ces chaînes de valeur mondiales.
Des engagements à concrétiser
S’articulant autour de six axes structurants (le renforcement de la visibilité et de l’image du secteur; l’innovation et la recherche et développement; la création d’emplois et le développement des compétences; la simplification et l’adaptation du cadre réglementaire; l’optimisation logistique et le développement des infrastructures, ainsi que la RSE et les critères ESG), ce pacte comporte plus de 30 mesures concrètes, avec une gouvernance claire à deux niveaux (un comité de pilotage et des comités techniques).
«Le secteur privé investira en recherche et développement, formera des milliers de jeunes et adoptera des standards internationaux afin de renforcer la sous-traitance locale, qui constitue un levier majeur capable de porter l’industrie électronique encore plus loin», a noté, de son côté, le président d’Elentica, Walid Ben Amor. Et d’ajouter : «Nous comptons sur l’État pour soutenir ces engagements en matière de simplification réglementaire, de soutien à l’innovation et de promotion internationale».
Outre les objectifs chiffrés en matière de croissance, d’exportations et de création d’emplois, le pacte prévoit la mise en place de projets structurants à forte valeur technologique, notamment l’implantation de deux unités de production de composants électroniques avancés, la création de quatre centres de recherche et développement spécialisés, ainsi que le déploiement d’un centre national de conception de systèmes embarqués.
Ces projets, qui incluent une unité de production de semi-conducteurs, un centre de recherche en électronique automobile et une plateforme de prototypage pour l’IoT, constitueront les piliers d’un écosystème d’excellence visant à hisser l’industrie électronique tunisienne au rang des acteurs technologiques incontournables sur les marchés régionaux et internationaux.



