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Economie

Situation hydrique : Une nette embellie, des perspectives agricoles prometteuses

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  • 11 avril 18:00
  • 5 min de lecture
Situation hydrique : Une nette embellie, des perspectives agricoles prometteuses

Grâce à des apports pluviométriques favorables, la Tunisie aborde les prochains mois avec des indicateurs hydriques au vert.

Pour l’expert en ressources hydriques, Abdallah Rabhi, cette amélioration ouvre des perspectives encourageantes pour la saison estivale et la prochaine campagne agricole, tout en rappelant l’importance d’une gestion rationnelle de la ressource.

La Presse — En nette amélioration par rapport à l’année précédente, la situation hydrique observée jusqu’au début du mois d’avril augure d’une saison agricole prometteuse et offre une marge de manœuvre appréciable pour sécuriser la période estivale. Mais au-delà de cette conjoncture favorable, la rationalisation de la consommation d’eau demeure plus que jamais de mise afin de prévenir tout éventuel épisode de sécheresse à l’avenir.

C’est, en substance, ce qu’a souligné l’expert en ressources hydriques et ancien secrétaire d’Etat, Abdallah Rabhi, dans une déclaration à La Presse. En effet, le taux de remplissage des barrages aurait dépassé les 60 % après les récentes pluies, soit une hausse significative par rapport à la même période de l’année dernière, où ce taux n’avait pas dépassé 35,5 %.

Selon Rabhi, l’année 2025-2026 est considérée comme une année pluvieuse. Il affirme que ces chiffres pourraient encore progresser au cours de la période à venir, d’autant que le mois d’avril est traditionnellement pluvieux et que les apports en eau y atteignent, en moyenne, 300 millions de m³. « Nous espérons que la situation s’améliorera davantage, ce qui nous permettra de garantir notre stock et de mobiliser les eaux disponibles », a-t-il précisé.

Selon l’expert, cette situation qualifiée de « confortable » présente plusieurs points positifs. Tout d’abord, les quantités d’eau collectées dans le barrage de Sidi El Barrak, l’un des principaux ouvrages hydrauliques constituant le château d’eau de la Tunisie, ont atteint 287 millions de m³, contre 171 millions de m³ l’année dernière.

Même constat pour le barrage de Sidi Salem, le plus grand ouvrage à l’échelle nationale et un axe structurant du système hydraulique tunisien, avec un taux de remplissage de 50 %, contre 17 % l’année dernière. Les barrages de la région du Cap Bon, quant à eux, affichent des taux de remplissage de 100 %. Néanmoins, les ouvrages du Centre n’ont pas reçu de grandes quantités d’eau, avec un taux de remplissage limité à 13 %, notamment le barrage de Nebhana, qui, selon l’expert, contribue significativement à l’approvisionnement en eau des régions du Sahel. « Nous espérons que, durant ce mois d’avril, les apports en eau pour ce barrage s’amélioreront », a-t-il ajouté.

Une saison prometteuse 

Evoquant l’impact de cette saison pluvieuse sur le secteur agricole, Rabhi a affirmé que les pluies enregistrées au cours des derniers mois sont bénéfiques, non seulement pour les cultures céréalières (la Tunisie dispose d’un million d’hectares de céréales), mais également pour les cultures fourragères, les pâturages et le secteur oléicole, secteur clé de l’économie tunisienne.

« Certes, ces quantités accumulées nous permettent de bien nous préparer pour la saison estivale. Mais rappelons que nous sommes à un taux de remplissage de 60 %. Il s’agit d’une situation confortable, mais nous restons encore loin des niveaux de 80 %. C’est pourquoi il est nécessaire de bien gérer ces stocks, en sécurisant la saison estivale, mais aussi en prévoyant le lancement de la prochaine saison agricole avec une programmation d’irrigation d’appoint en cas de manque de précipitations », a-t-il prévenu.

Rabhi a, par ailleurs, souligné la nécessité de mieux valoriser ces eaux disponibles, notamment à travers la rationalisation de leur consommation, en particulier dans le secteur agricole, mais aussi à travers la maintenance des réseaux de distribution afin d’éviter les fuites. Cette gestion rationnelle de l’eau s’explique également, selon notre interlocuteur, par une situation hydrique tunisienne structurellement tendue : tous les dix ans, le pays enregistre en moyenne une période de sécheresse pouvant s’étendre sur six ans.

À cela s’ajoutent les épisodes de chaleur extrême en été, qui se traduisent souvent par une hausse de la demande en eau. Soulignant l’importance de l’exécution des projets programmés, notamment la station de dessalement d’eau de mer de Sousse et l’extension de celle de Sfax, Rabhi a indiqué que la Tunisie dispose d’une politique de l’eau robuste. « La preuve, nous n’avons jamais été confrontés à une pénurie totale d’eau, malgré les crises », a-t-il affirmé. Il a ajouté, dans ce contexte, que la gestion de l’eau demeure coûteuse et que chaque mètre cube non consommé permet de réduire les coûts d’investissement budgétaire.

« Les investissements nécessaires à l’exécution de la stratégie 2050 s’élèvent à 75 millions de dinars. Il s’agit de dépenses budgétaires importantes. C’est pourquoi la rationalisation de l’eau est aujourd’hui nécessaire. Chaque mètre cube d’eau collecté dans les barrages coûte 1,6 dinar. La rationalisation constitue donc un enjeu primordial, car elle permet de minimiser les dépenses », a-t-il conclu.

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Auteur

Marwa Saidi

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