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A la une Société

Transport en commun : Un tournant décisif qui se fait attendre 

  • 11 avril 18:30
  • 8 min de lecture
Transport en commun : Un tournant décisif  qui se fait attendre 

Il serait difficile de parler des difficultés d’une entreprise publique sans prendre en ligne de compte le volet financier. Certes, beaucoup de ces entreprises peinent à surmonter ou à gérer des obstacles dus, principalement, à une mauvaise gouvernance aggravée, parfois, par une conjoncture internationale. Comme c’est le cas, d’ailleurs, aujourd’hui.

La Presse —Des fleurons de notre économie à l’instar de la Steg, la Sonede, la CPG (Compagnie des phosphates de Gafsa), la Sncft, le secteur de la sidérurgie avec El Fouladh et d’autres traversent une zone de turbulences sans précédent.

Chacune de ces entreprises est un cas à part et demande des mesures de restructuration appropriées. Si nous prenons l’exemple de la Transtu (principal opérateur de transport dans le Grand Tunis), on notera, facilement, qu’elle souffre d’un mal endémique découlant de l’accumulation des problèmes et l’inertie durant au moins une bonne décennie (entre 2011 et 2020). Cette période reste la plus critique dans l’histoire de cette importante entreprise. Tout s’est alors bouleversé.

Une décennie dévastatrice 

Le parc s’est réduit comme peau de chagrin, le matériel est devenu de plus en plus vétuste, l’entretien et la maintenance ne constituaient plus une priorité, etc.

Les autorités de l’époque avaient essayé de colmater les brèches en recourant à l’importation de bus usagés sans, pour autant, réussir à sortir de l’impasse.

De ce fait, les pertes sont devenues insupportables et grèvent le budget. Entre 2010 et 2020, les recettes auraient été divisées par deux pour de multiples raisons.

Heureusement que l’on commence  à constater que la Transtu est en train d’amorcer un véritable virage avec la commande de plusieurs centaines de nouveaux bus.

En parallèle, un ambitieux programme de réhabilitation et de réparation d’anciens bus et de rames de métro avait été annoncé. Malheureusement, il semble qu’il n’a pas tenu ses promesses. En outre, une feuille de route tout aussi ambitieuse avait été adoptée selon laquelle des améliorations substantielles allaient être introduites dans le secteur pour améliorer la qualité des services.

Là, non plus, rien de particulier n’a été constaté. L’attente des usagers a, tout simplement, été déçue.

Malgré tout, les clients ne désespèrent pas et attendent le tournant décisif. Même s’il n’a enregistré aucune opération radicale de nature à changer la donne, il garde encore l’espoir que des décisions de grande importance ne manqueront pas d’être prises.

Car, actuellement, la Transtu dispose d’un parc de bus assez conséquent qui doit lui permettre d’accomplir son rôle mieux qu’elle n’est en train de le faire.

De la bouche même de ses employés, il y aurait plus de bus que de personnels pour les prendre en charge ! Et dire qu’il y a quelques années, c’était l’inverse: il y avait un sureffectif.

Parvenir à un équilibre relatif

En d’autres termes, il y a lieu de trouver la solution pour une meilleure exploitation du parc.

Le parc de bus actuel n’est pas exploité à fond ou du moins comme l’exige la demande. C’est, à tout le moins, l’avis du plus grand nombre d’utilisateurs. Certes, on n’attend rien du côté des métros, car l’offre est trop limitée.

À titre d’exemple, un conducteur sur les lignes 1 (Tunis-Marine-Ben Arous)  et 6 (Tunis-Marine-Mourouj) affirmait que sur les 6 métros qui sortent du dépôt, le matin, seule la moitié ou presque restait en service toute la journée à cause des actes de sabotage et de vandalisme ! 

Aussi, est-il important de se focaliser davantage sur le réseau de bus en raison de sa flexibilité et de son adaptabilité. 

Les promesses faites doivent être tenues. Le renforcement des lignes existantes, le rétablissement des lignes supprimées ou réduites, la création de nouvelles lignes sur de nouveaux axes vitaux sont jusqu’à présent restés lettre morte. 

Les usagers des différentes destinations n’ont constaté aucun progrès. Les gens continuent de subir les mêmes souffrances et les mêmes désagréments (les bus surchargés, les attentes qui durent plus d’une heure, voire deux heures, pour l’arrivée d’un bus, des conducteurs qui ne respectent pas les arrêts ou l’itinéraire officiel, etc.) sont monnaie courante.

Devant une telle situation, le citoyen tunisien est en droit d’exiger de meilleurs services et une attention particulière à ses attentes.

Les retards sur le calendrier s’accumulent

Il ne comprend pas pourquoi les changements décisifs  tardent encore alors qu’en apparence, tout est là pour un nouveau départ. 

Il ne comprend pas, non plus, tous ces retards sur les agendas qu’on n’avait pas cessé de dresser depuis plus d’une décennie. 

Parmi ceux-là, on pense au retard de la mise en œuvre de la stratégie de la billetterie électronique. 

Un tel dispositif devait être enclenché depuis 2015. Il avait, ensuite, été reporté pour 2018 pour des questions techniques et d’organisation (études du projet, cahier des charges, préparation de l’infrastructure, formation des agents et cadres, etc.).

Mais on ne constate, pour l’heure, aucune avancée majeure sur cette voie.

Du côté de la Société, il n’y a pas de réelle communication sur le sujet. Probablement, parce qu’il n’y a aucune nouveauté en vue.

À cet effet, il serait bon de souligner l’importance d’un tel volet. La billetterie et, en général, le système des titres de transport constituent le talon d’Achille de l’opérateur de transport. Les recettes sont une des composantes essentielles de la pérennité de ce service public.

Les subventions de l’État ne peuvent pas continuer indéfiniment. Cette société doit compter sur ses propres moyens et trouver de nouvelles sources de financement.

Au vu des quelques chiffres disponibles, on apprend que le phénomène de la fraude fait perdre près de 40% des recettes. D’aucuns pensent que ce taux est sous-estimé. 

En tout cas, la question qui se pose est la suivante: comment redresser la situation ?

L’une des solutions les plus logiques est d’assurer une meilleure gestion. A commencer par la systématisation du contrôle des titres de transport. C’est ce à quoi nous assistons effectivement. Depuis peu, les services de la Transtu ont intensifié de telles opérations en engageant plus de personnels. Il n’y a aucun doute que les recettes vont s’améliorer. Le travail doit se poursuivre. Les retombées sont immédiates, notamment à bord des bus et au sol.

Moderniser le système de billetterie

Toutefois, on ne peut que s’étonner devant une certaine inertie en lien avec la modernisation des méthodes de paiement. On en est encore aux pratiques traditionnelles. En matière de billetterie, aucune innovation n’est en vue. L’opérateur n’offre aucun avantage ou souplesse au niveau des divers titres de transport. 

C’est toujours les mêmes pratiques. Même les soi-disant avantages ne sont pas connus par les usagers ni même par les agents de la société eux-mêmes !

C’est, surtout le cas des titres qui permettent les correspondances ou les carnets de 10 tickets. Le client est souvent en butte à l’ignorance des guichetiers ou des contrôleurs. Ces derniers restent bouche bée lorsqu’un client leur présente un ticket de son carnet. Pour comprendre cette situation étrange, il est bon de savoir que beaucoup d’usagers achètent ces carnets à l’avance et utilisent les tickets chaque fois que c’est nécessaire. Le plus important c’est que ces titres ne comportent pas de dates d’expiration. Aussi, ont-ils une durée indéterminée. 

C’est ce que ne comprennent pas certains agents.

En plus des recettes provenant des tickets et de l’intensification (bénéfique) du contrôle, la Transtu a intérêt à écouter ses clients et répondre le plus rapidement possible à leurs doléances qui sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus pressantes. Ce qui n’est nullement le cas aujourd’hui.

En outre, l’idée de sonder d’autres sources de financement doit faire son chemin.

Pourquoi ne pas instituer une taxe dans le secteur de la concession automobile au profit de l’opérateur de transport comme cela a été le cas pour le secteur de la location des voitures ? Cette dernière, introduite par la loi de finances 2026, vise à renforcer le secteur de la sécurité sociale. Comme on le sait, les concessionnaires automobiles réalisent de grandes marges bénéficiaires. Il n’y aurait aucun mal à ce qu’une partie de ces bénéfices profitent un peu aux transports en commun. 

Auteur

Amor CHRAIET

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