Lorsque le sport perd son éthique : Un business implacable !
Partant du principe que le sport est le reflet de la culture d’une nation, le sacre de Jaouadi comme champion du monde des épreuves de natation du 800 m et du 1.500 m témoigne clairement de la domination tunisienne dans cette discipline sportive.
La Presse —Cette domination ne surgit pas ex nihilo, à partir de rien, mais s’inscrit dans la continuité d’une longue histoire forgée par des champions continentaux tunisiens, qui ont largement dominé les scènes africaine et arabe. Elle aurait pu intervenir plus tôt, lorsque feu Abdelaziz Lasram avait pris l’initiative d’envoyer Samir Bouchlaghem en sport études en France.
Il l’avait inscrit à l’INS de Paris. Malheureusement, ce nageur, plein de talents, n’a pu s’adapter et est revenu au bout d’un court séjour, en Tunisie. Il n’a pu quitter son milieu familial et est revenu au pays où il fit une bonne carrière certes, mais il aurait pu faire beaucoup mieux. Mais pour la natation tunisienne, ce n’était que partie remise. D’autres jeunes ont percé. Ce fut l’arrivée de Mellouli qui a immédiatement occupé la scène et a réussi grâce à ses qualités, bien entendu, mais aussi à sa mère qui l’avait défendu bec et ongles, pour qu’on lui assure le minimum pour s’extérioriser. Sans elle, il n’aurait pu rien faire et aurait peut-être connu les déboires que vivent actuellement bon nombre de notre élite.
Comme quoi, il ne faut jamais compter sur la tutelle tant que l’organisation de l’élite est conçue ainsi, conformément à des rouages habituels, incapables d’anticiper et de s’organiser conformément aux exigences du sport moderne. La carrière de Mellouli, pour le moins qu’on puisse dire exceptionnelle, a déclenché une vague de fond qui a débouché sur l’arrivée de nouveaux super champions du monde et olympiques, tels que Jaouadi et Hafnaoui, et qui se perpétue aujourd’hui grâce à des centaines, voire des milliers, de jeunes Tunisiens qui pratiquent la natation, amateurs et professionnels, à travers tout le pays. Les derniers championnats organisés par la FTN ont été une réussite.
D’autres jeunes Tunisiens réalisent de très bonnes performances au niveau d’un certain nombre de meetings. Il faudrait se rapprocher d’eux et les aider à tracer leur voie. Pour l’histoire, il faudrait souligner que Mellouli, au temps de sa splendeur, a été approché pour se naturaliser. Il a refusé et sa mère a envoyé promener l’intermédiaire, lui assurant que tout ce qu’ils faisaient c’était «pour la Tunisie».
Comme quoi, il y a parents et parents. Et c’est la raison pour laquelle le cas Rahmouni n’est pas perdu. Ses parents peuvent tout faire. Mais il y a un minimum à assurer. De ce fait, la même question se pose. Ces pays qui paient à prix d’or des athlètes arrachés à leurs racines, qui tournent le dos à l’éthique du sport, pour s’enrichir à bon compte, à qui on offre une «nationalité» sportive-éphémère, qu’on leur retirera à la fin de leur carrière, sont-ils des victimes ou des opportunistes sans scrupules qui méritent tout ce qu’on leur fera subir le jour venu ? On fera valoir que pour nombre d’entre eux, ce changement est dû aux conditions sociales et financières qu’ils vivent dans leurs familles et au sein de pays qui éprouvent des difficultés pour les entretenir.
Le ver est dans le fruit…
Les chasseurs de têtes, qui sont souvent bien introduits, connaissent le fond de ces difficultés, foncent en direction de ceux qui n’attendent que ces occasions «pour assurer l’avenir » de leurs protégés. Un coup dur pour cette appartenance à un pays, qui, en principe, ne s’acquiert pas mais qui est dans les gènes de ses habitants.
Le sport devenu un business implacable, parfois sans foi ni loi, où l’argent coule à flots, s’est en fin de compte fourvoyé dans une voie qui dénature l’éthique pour laquelle on l’a créé et codifié. Le sport tunisien est, depuis quelques années déjà, victime de ces détournements. Un certain nombre de fédérations internationales commencent à poser des conditions pour accepter d’enrôler ces fugueurs qui faussent compagnie aux délégations qui se déplacent pour participer aux différentes compétions à l’étranger.
Sans oublier les pays qui acceptent de s’affubler de ces médailles qu’ils ne méritent pas, sportivement parlant. Wahib Hatiouch et Yassine Kouraichi ont dernièrement quitté le lieu d’hébergement de l’équipe tunisienne de judo en Hongrie et ont fui vers une destination inconnue. On ne va pas mettre un policier derrière chaque athlète qui se déplace.
Le ver est dans le fruit. Il faut curer et sauver ce qui reste avant qu’il ne soit trop tard. On retrouvera nos deux judokas dans quelques mois sous la houlette d’un club qui préparera leur affiliation et ils finiront par concourir sous d’autres couleurs. Ainsi vont les choses, lorsqu’on ne vit pas son monde.



