Question de la semaine : Une stratégie de croissance peut-elle encore se passer de l’innovation?
La Presse — Loin de toute logique de maximisation du profit, la croissance demeure un enjeu central pour l’entreprise. Elle constitue à la fois un indicateur de bonne santé financière et de solidité du positionnement concurrentiel. Dans un environnement économique en mutation permanente, où les marchés évoluent rapidement en volume, en frontières et en intensité concurrentielle, une entreprise qui stagne finit inévitablement par s’exposer au déclin.
La quête de la croissance revêt également une dimension vertueuse, dans la mesure où elle pousse les entreprises à innover, à ajuster leur offre et à mieux répondre aux attentes du marché. Elle représente ainsi un objectif stratégique autour duquel s’organisent des décisions majeures en matière d’investissement, de management et de développement commercial. Mais une croissance n’est créatrice de valeur que si elle renforce l’avantage concurrentiel.
Lorsqu’elle est mal orientée, elle peut, au contraire, devenir destructrice. Une entreprise qui croît moins vite que son marché perd mécaniquement des parts de marché, ce qui fragilise sa position et réduit sa capacité à se différencier. Pourtant, la croissance ne constitue pas toujours une trajectoire évidente. Plusieurs freins, souvent internes, peuvent empêcher l’entreprise de changer d’échelle.
Ces obstacles relèvent parfois de la culture d’entreprise, manifestée par la peur du risque ou la résistance au changement, mais aussi du management, lorsqu’un déficit de compétences, des insuffisances organisationnelles ou une vision excessivement court-termiste freinent les initiatives nécessaires. Identifier ces barrières devient alors une étape essentielle avant de définir une stratégie de croissance pertinente.
Celle-ci peut emprunter plusieurs voies : amélioration de l’offre, développement des marchés ou renforcement de l’avantage concurrentiel. Mais aujourd’hui, dans un contexte marqué par une concurrence intense et de fortes incertitudes sur les marchés, l’innovation apparaît comme le levier le plus puissant pour impulser la croissance de l’entreprise. Elle transforme les marchés, redistribue les cartes concurrentielles et ouvre de nouveaux espaces de valeur.
Cette dynamique a été théorisée par Joseph Schumpeter à travers le concept de « destruction créatrice », selon lequel l’innovation renouvelle en permanence les structures économiques. À l’échelle de l’entreprise, elle permet de développer des produits plus performants, de réduire les coûts et d’améliorer les processus. Elle crée ainsi un avantage concurrentiel décisif, même si celui-ci reste souvent temporaire.
Cette voie demeure toutefois risquée et semée d’embûches. Innover est un processus complexe, coûteux et incertain, dans lequel l’échec fait partie intégrante de l’apprentissage : on estime que près de 80 % des lancements de nouveaux produits n’atteignent pas les résultats attendus. Malgré ces risques, les entreprises à travers le monde continuent d’investir massivement dans l’innovation, car elle demeure fortement créatrice de valeur et bénéficie souvent d’une meilleure valorisation sur les marchés financiers.
Et parmi les modèles les plus performants dans ce domaine figure l’innovation ouverte. Elle permet aux entreprises de renforcer leur capacité à faire émerger de nouvelles solutions grâce à des collaborations avec des startups, des universités, etc. Déjà éprouvé à l’international, ce modèle s’installe progressivement en Tunisie à travers des initiatives encore peu nombreuses, mais appelées à devenir un puissant moteur de compétitivité durable.



