La Tunisie s’impose comme le pays africain affichant la plus forte proportion de femmes développeuses entre 2015 et 2024, avec environ 24% de femmes dans sa communauté de développeurs, selon un rapport du Boston Consulting Group (BCG) publié en 2026 et fondé sur l’analyse des données GitHub.
Cette performance place le pays en tête du continent sur cet indicateur spécifique, devant plusieurs économies africaines majeures comme le Maroc et l’Égypte, où la part des femmes dans les communautés de développeurs reste inférieure à 12% pour le Maroc, selon la même étude.
Le rapport souligne aussi que la Tunisie a connu la trajectoire de croissance la plus marquée en matière de participation féminine dans le développement logiciel sur la période 2015–2024, confirmant un positionnement durable dans l’écosystème technologique africain.
Un classement fondé sur des données numériques et non administratives
L’étude du BCG repose principalement sur les données de la plateforme GitHub, complétées par des sources publiques et des techniques de modélisation statistique. Elle ne se base donc pas sur des recensements nationaux officiels, mais sur l’activité numérique réelle des développeurs.
Dans ce cadre, le terme “développeur” est défini de manière large et inclut non seulement les ingénieurs logiciels professionnels, mais également les étudiants, chercheurs et autodidactes actifs sur les plateformes de code collaboratif.
Ce choix méthodologique permet de mesurer l’intensité réelle de l’activité de programmation dans chaque pays, mais implique également des limites, notamment en matière de représentativité du marché de l’emploi formel.
Tunisie, Maroc et Kenya : les leaders régionaux du développement logiciel
Au-delà de la question du genre, le rapport identifie la Tunisie, le Kenya et le Maroc comme les principaux leaders africains en matière de développement logiciel, à la fois en termes de taille et de dynamique de croissance des communautés de développeurs.
La Tunisie se distingue particulièrement par sa forte spécialisation dans les technologies liées à l’intelligence artificielle, aux données et au machine learning, aux côtés d’autres pays d’Afrique du Nord et du Kenya. Selon le rapport, entre 15% et 20% des développeurs dans ces pays travaillent sur des thématiques liées à l’IA.
À l’échelle continentale, l’Afrique reste en retard en termes de volume total de développeurs, avec environ 4,7 millions de développeurs en 2024, contre plus de 70 millions en Asie. Toutefois, le continent enregistre le taux de croissance le plus élevé au monde, estimé à environ 21% par an entre 2019 et 2024.
Le rapport met en évidence de fortes disparités entre pays africains, expliquant ces écarts par des facteurs structurels tels que les systèmes éducatifs, les politiques numériques, les infrastructures technologiques ou encore la pénétration d’Internet.
Une dynamique portée par les politiques publiques et l’éducation
Selon le BCG, la taille et la qualité des communautés de développeurs deviennent un indicateur clé de compétitivité économique à long terme. Dans un contexte où l’intelligence artificielle s’impose dans tous les secteurs productifs, les pays capables de former et de retenir des talents numériques disposent d’un avantage stratégique majeur.
Les auteurs du rapport estiment ainsi que le développement des compétences numériques constitue un levier essentiel pour permettre à l’Afrique de passer du statut de simple consommatrice de technologies à celui de productrice d’innovations.
Le rapport souligne enfin que les écarts entre pays ne dépendent pas uniquement de la population, mais surtout des choix politiques et éducatifs. Les pays les plus performants combinent généralement investissements dans l’enseignement supérieur, développement des pôles technologiques et stratégies nationales orientées vers l’innovation.
Dans ce contexte, la Tunisie est citée comme un exemple de pays ayant su développer un écosystème numérique dynamique, notamment grâce à une forte présence dans les compétences STEM et une montée en puissance progressive dans les métiers de la tech.



